Adieu, "Monsieur Chômage"

François Hollande voulait en inverser la courbe. C'est le contraire qui s'est produit : le chômage a augmenté de plus de 25 % pendant son quinquennat.

On a rarement vu, dans l'histoire économique et sociale française, une déroute aussi brutale. Pendant la période mai 2012-mars 2017, le chômage dans la France entière, selon Pôle emploi, a augmenté de 19 % dans la seule catégorie A, de 25,6 % dans les trois catégories A, B et C et de 26,7 % dans la totalité des catégories A, B, C, D et E. Pour ceux que les chiffres intéressent, ils sont féroces : la catégorie A est passée en cinq ans de 3,164 millions à 3,765 millions, soit exactement 601 000 chômeurs de plus. Pour les A, B et C, on est passé de 4,621 à 5,805 millions, soit une augmentation de 1,184 million de bénéficiaires. Enfin, dans la totalité des catégories A, B, C, D et E, l'addition monte de 5,183 à 6,567 millions, soit 1,384 million de plus d'inscrits au chômage. Les deux chiffres à retenir pour le quinquennat Hollande : 600 000 chômeurs de plus dans les A et près de 1,4 million dans l'ensemble des catégories.

C'est ce qu'on pourrait appeler une inversion à l'envers et c'est une triste fin pour celui qui avait joué sa candidature quasiment à pile ou face sur une inversion de cette courbe du chômage et qui n'avait pas hésité à dépenser des milliards d'euros, augmentant la dette d'autant, afin de subventionner des « emplois d'avenir », des « contrats de génération » et autres contrats assistés ou « emplois aidés », dans le simple but d'améliorer des statistiques officielles.

Faire reculer l'État et son omnipotence

Plus de 6 millions et demi d'inscrits au chômage à fin mars 2017 ! Cela résonne non seulement comme un échec cuisant pour le président sortant, mais aussi comme une épouvantable tragédie touchant des millions de familles. Le pire est que François Hollande et son équipe quittent le pouvoir sans jamais avoir compris, ni même essayé de comprendre que, pour faire reculer le chômage, les solutions, en définitive, sont assez simples.

Il faut d'abord faire reculer l'État et son omnipotence – ce qui est d'évidence très difficile à faire pour des étatistes –, réduire sévèrement le poids anormal de la fiscalité sur les entreprises et rétablir un équilibre harmonieux entre le public, qu'il faut dégraisser, et le privé, qu'il faut soutenir. Au lieu de cela, on a continué à augmenter les inégalités criantes entre les deux régimes au profit du public, protégé, choyé, sécurisé et privilégié, dans lequel on travaille moins que dans le privé et moins longtemps, où l'on est mieux payé et où les retraites sont injustement plus élevées.

Il faut ensuite aider, écouter et comprendre les seuls qui sont à même, par définition, de créer des emplois marchands, les entrepreneurs et les dirigeants d'entreprises privées, alors qu'on n'a cherché qu'à les matraquer de contraintes administratives, sociales et fiscales, les empêchant ainsi de faire tourner normalement leurs entreprises et d'être compétitifs dans les stades européens et dans l'arène mondiale. Et tout cela, sans compter le célèbre « modèle social français » avec, par exemple, son Éducation nationale pervertie jusqu'à l'os par une idéologie égalitariste mortifère qui nous conduit à distribuer à l'encan un baccalauréat qui, dès lors, ne signifie plus grand-chose, et à encombrer nos universités d'étudiants qui s'y conduisent comme des intermittents du spectacle. Les employeurs ont plus besoin de vrais diplômés que de quasi-illettrés vasouillards à qui l'on a donné le bac et auxquels on raconte qu'ils peuvent réussir des études supérieures, la plupart sans débouchés.

"Sécuriser la transition professionnelle des indépendants"

L'Association pour l'emploi des cadres (Apec) a publié le mois dernier à ce sujet une enquête trimestrielle réellement instructive. On y apprend que six entreprises sur dix ont embauché au moins un cadre lors du premier trimestre 2017. « C'est un niveau historiquement haut », en a dit Jean-Marie Marx, le directeur général de l'Apec. Du jamais-vu depuis dix ans ! « 92 % des jeunes diplômés à bac + 5 de la promotion 2015 ont occupé un emploi, selon cette enquête, et plus de huit sur dix sont toujours en poste, la grande majorité en CDI avec le statut de cadre. »

Il n'est évidemment pas donné à tout le monde de pouvoir monter si haut dans les études, mais il est clair que l'avenir sourit plutôt aux vrais diplômés des filières technologiques qu'aux similis bacheliers qui s'entassent dans nos amphis de sciences sociales. C'est encore plus vrai avec la nouvelle économie qui aura toujours plus besoin de cerveaux affûtés que d'étudiants frustrés.

Le nouveau président élu, Emmanuel Macron, semble avoir compris la situation mais, pour passer le premier tour et être élu ensuite, il a été amené à faire de nombreuses promesses peu ou mal financées, comme la nationalisation de l'Unédic et ses 30 milliards de déficit cumulé à ce jour – près de 35 milliards prévus à fin 2017 –, ou la généralisation de l'assurance chômage aux indépendants. Pour ce dernier projet, son équipe en a mesuré le coût à 1,44 milliard d'euros par an, tandis que l'Institut Montaigne en a donné une estimation à 2,7 milliards : c'est pratiquement du simple au double !

Dans une interview à Investir, Emmanuel Macron a parlé de « sécuriser la transition professionnelle des indépendants », de « donner aux salariés une porte de sortie lorsqu'ils sont en situation de mal-être au travail », de « rendre crédibles les sanctions en cas de recherche d'emploi insuffisante, tout en ciblant les contrôles », de « limiter le phénomène de la permittence, c'est-à-dire les allers et retours entre les contrats très courts et le chômage », autant de belles paroles creuses et de promesses électorales, mais très peu d'objectifs datés et chiffrés.

Quand on voit les dégâts occasionnés par nos syndicats d'extrême gauche irresponsables et sclérosés, à l'occasion du vote d'une loi à l'eau de rose comme la loi El Khomri, on peut facilement imaginer les réactions violentes des « partenaires sociaux » si le nouveau président s'avisait de vouloir vraiment réformer le droit du travail et donc de s'attaquer de front au chômage. L'énarque-inspecteur des finances Alain Juppé est tombé de son fauteuil de Premier ministre en 1995 pour moins que cela, il voulait seulement réformer les retraites et les régimes spéciaux. L'énarque-inspecteur des finances Emmanuel Macron aura-t-il, lui, le courage d'aller jusqu'au bout ? Le dernier mot à Shakespeare : « That is the question »…


JEAN NOUAILHAC



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