Présidentielle : comment créer des emplois ?

Ils en font tous une priorité. Mais les solutions dépendent du diagnostic de chaque candidat, candidate sur les raisons du chômage. Manque de demande ? Manque d'offre ? Rigidité du marché du travail ? Les économistes peuvent-ils nous éclairer sur le meilleur projet ? Non... Il y a trop d'inconnues.

Le précédent quinquennat a échoué à faire réduire le chômage• Crédits : Marie Viennot

Il y a 500 000 chômeurs de plus qu'en 2012 (pour la catégorie A). Un million 200 000 si on prend toutes les catégories. Tous les candidats et candidates s'engagent à inverser la tendance, mais leur méthode bien sûr divergent, et dépendent du diagnostic qu'ils portent sur les raisons du chômage.

François Fillon la méthode classique en plus fort

Il y a d’abord la méthode classique, celle qu’a voulu adopter François Hollande, et qui sera poursuivie par François Fillon mais en moins timoré, jusqu'au point assumé de la rupture. Le diagnostic, c’est qu’il y a du chômage en France parce que les entreprises françaises ne sont pas assez compétitives, donc si on baisse leurs charges, leurs impôts, et les contraintes qui pèsent sur elles, notamment les seuils sociaux ou les indemnités prud’homales, tout ira mieux. Avec son programme choc, le candidat des Républicains ambitionne de faire revenir le taux de chômage à 7%.

Jean-Luc Mélenchon, le choc de relance

Diamétralement opposé à ce programme, celui de Jean Luc Mélenchon, qui lui aussi veut jouer sur l'offre d'emploi, mais en passant par une relance budgétaire de 273 milliards d'euros sur le quinquennat. Un plan d'investissement de 100 milliards d'euros, notamment dans la transition énergétique, et 173 milliards de dépenses publiques qui financeront 200 000 postes de fonctionnaires en plus, et des contrats aidés pour les jeunes et les chômeurs de longue durée. Jacques Cheminade compte aussi sur les emplois publics pour réduire le chômage. En tout, Jean Luc Mélenchon promet 3 millions d’emplois en plus pendant son quinquennat.

Emmanuel Macron "Agir à deux mains", Benoît Hamon, partager le travail

Pour accroître l'offre d'emploi marchand, le candidat d'En Marche favorise aussi les entreprises, mais moins que François Fillon. Il lance comme Jean-Luc Mélenchon un plan d'investissement. Le sien est de 50 milliards d'euros sur le quinquennat, notamment dans la transition énergétique, la modernisation de l'agriculture, et la rénovation thermique des bâtiments publics. Jean Pisani-Ferry, l'économiste qui a participé à l'élaboration de son programme parle "d'action à deux mains". La deuxième main, c'est la formation.


"Sur les 10% de chômeurs en France Jean Pisani-Ferry, un tiers est sans diplôme, même pas un CAP, et presque un tiers n'a pas le niveau Bac. Emmanuel Macron propose donc de réorganiser le système de formation, notamment pour les moins qualifiés".


Benoit Hamon évoque de son côté, le partage du travail comme solution, mais sans imposer la durée légale du travail à 32h. Il y a aussi une dose de keynésianisme dans son programme: le revenu universel étant une façon de créer des emplois en faisant une relance par la demande.

Les solutions qu'on n'a jamais essayé

L’interdiction des licenciements que prônent de concert le NPA et Lutte Ouvrière pour qui "avant de créer des emplois, arrêtons d’en détruire".

Et il y a aussi les projets nationalistes, qui veulent recréer des filières de production françaises, protéger les emplois français par un protectionnisme dit intelligent, et promettent la fin de la directive sur les travailleurs détachés.

On trouve dans ce camp Nicolas Dupont Aignan, François Asselineau et Marine Le Pen qui promet, comme les candidats de gauche aussi plus d'emploi publics.

La palme de la proposition la plus nouvelle revient à Jean Lassalle, qui propose la mise en place de formations rapides, dans des camps nommés "Boot Camp". L'idée, c'est de créer des camps d'été de quelques semaines pendant lesquels jeunes, chômeurs ou salariés souhaitant se reconvertir pourraient acquérir les bases d'un nouveau métier; notamment dans les secteurs où il y a pénurie de main d’œuvre.


"Dans le domaine informatique, de la big Data, qui est le mien, explique Frédéric Lefebvre, l'un des coordinateurs de campagne de Jean Lassalle, on apprend un nouveau langage informatique en six semaines. Pourquoi ne pourrait-on pas apprendre la plomberie en quelques semaines ? Pourquoi un salarié qui voudrait changer de métier ne pourrait pas utiliser ses congés pour l'apprendre ?"


La meilleure des solutions est attribuée à ....

Cela dépend des centres de réflexion (think tank) ou des économistes qui font les calculs. Selon les chapelles, les économistes sont divisés sur les résultats.

Cela se comprend, car ils sont obligés de faire tourner des modèles, qui ne sont pas toujours les mêmes. Vous vous souvenez peut-être qu'à la rentrée, un livre intitulé "Le négationnisme économique" a montré la division profonde des sciences économiques. Voir ici un précédent billet à ce propos (toujours d'actualité) : Les sciences économiques à feu et à sang.

De plus, les résultats dépendent des données qu'on y entre, et pour cela il faut faire des hypothèses sur deux données inconnues :

1 - Première inconnue, ce qu'on appelle le multiplicateur, c'est à dire l'indice qui relie l'évolution des dépenses publiques au taux de croissance de l'économie. Le programme choc de François Fillon peut avoir un effet récessif et être contreproductif sur l'emploi. La relance forte de Jean Luc Mélenchon peut entrainer de nouveaux déséquilibres. Le tournant de la rigueur qu'avait du prendre François Mitterrand deux ans après son programme de forte relance de 1981 est dans toutes les têtes. Ce multiplicateur, on le connaitra après. L'expérience grecque montre qu'il a souvent été mal prédit, comme le FMI l'a reconnu ensuite.

2 - Deuxième inconnue, la contrainte extérieure.
Comment vont réagir nos partenaires commerciaux et les marchés financiers à un dérapage de la dépense publique, une sortie de l'euro, des mesures protectionnistes? On devine, mais on ne peut prédire

Dernière inconnue que j'ajoute et qui vaut pour tous les billets de cette semaine. Entre ces promesses de campagnes et leur réalisation, il y aura, c'est sûr, des ajustements et des renoncements. Des mots aux actes, il peut y avoir un gouffre.

On peut déjà le constater, en s'intéressant aux lieux de productions des produits dérivés de cette campagne. Chaque parti était libre de faire produire en France ou pas, et tous n'ont pas utilisé leur marge de manœuvre en la matière, notamment ceux qui prônent le plus "la production française" ou dénoncent les conditions de travail en dehors de nos frontières. Voir ici un billet éclairant sur le sujet : Des candidats pas toujours pro-made in France.

Bref, entre les promesses, les réalisations, les hypothèses et les facteurs exogènes, chaque programme est un saut dans l'inconnu.

Rendez vous dans 5 ans pour faire les comptes...






Commentaires   

 
0 #3 Lestendances.Com 13-09-2017 23:15
Félicitations pour ce site vraiment bien rédigé
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0 #2 Courtier assurance 29-08-2017 18:50
Bravo pour cet article vraiment bien rédigé
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0 #1 Plombier Parisien 28-08-2017 18:23
Bravo pour cet article vraiment bien écrit
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