Malgré un chômage record, l'emploi saisonnier manque de bras cet été

Le secteur de l'hôtellerie-restauration, principalement touché par cette pénurie, met en cause le manque de qualification des candidats et la mauvaise image qui colle à ce type de postes.

«Il y a plus de 3 millions de chômeurs et nous, nous manquons de main-d'œuvre.» Ce cri d'alarme lancé par la Confédération des professionnels indépendants de l'hôtellerie (CPIH) de Loire-Atlantique jette un froid sur le début de la saison touristique estivale. À quelques jours des premiers départs en grandes vacances, il restait encore 10.000 postes à pourvoir dans les Pays de la Loire, dont les deux tiers de saisonniers. Les destinations de villégiature en bord de mer, en Loire-Atlantique et en Vendée, sont particulièrement touchées par cette pénurie. «La situation est certes récurrente chaque été mais elle s'est nettement aggravée cette année, avec des besoins en recrutement en augmentation de 20 %», constate François Effling, délégué en charge des saisonniers à la CPIH 44.

Une tension également palpable dans le Sud-Est, en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Rien que dans le Var, environ 1250 offres d'emplois saisonniers dans l'hôtellerie-restauration, sur un total de 8900, ne sont pas satisfaites chaque année, qu'elles soient finalement retirées par l'employeur ou non pourvues faute de candidats. «Les recruteurs déplorent un manque de qualification des candidats, notamment linguistique ou pour les métiers plus techniques comme la cuisine», explique Jean-Charles Blanc, directeur territorial de Pôle emploi Var. «D'autant plus que pour séduire les touristes étrangers, les stations balnéaires montent en gamme et proposent des prestations plus sophistiquées.» Au final, aucun métier du secteur n'est épargné: 3900 serveurs manquent à l'appel en Loire-Atlantique et en Vendée, par exemple, tandis que 1300 postes de cuisiniers n'ont pas trouvé preneurs.

Mauvaise image

«Notre activité souffre aussi de la mauvaise image qui lui colle à la peau et ce, malgré les améliorations notoires des conditions de travail», avance Claude Daumas, président de la Fédération autonome générale de l'industrie hôtelière touristique (FAGIHT). Il rappelle notamment que le salaire de base est de 10% supérieur au Smic, la mutuelle est intégrée, les horaires légaux sont fixés à 35 heures, ou tolérés à 39 heures, avec les repas fournis. Outre les horaires décalés, l'hôtellerie-restauration souffre d'un autre handicap: le logement des recrues. «Conscientes de ce point noir, certaines communes ont créé un service dont la mission est de rechercher, avant l'été, des solutions d'hébergement abordables, par exemple chez l'habitant», rapporte Jean-Charles Blanc. Las, les professionnels en appellent aux pouvoirs publics pour qu'ils les aident à attirer les jeunes vers leurs métiers, pourquoi pas dès les bancs de l'école.

Selon les syndicats, on compte entre 1,2 et 2 millions de saisonniers, dont 800.000 dans l'agriculture et 265.000 dans l'hôtellerie, la restauration, les grandes surfaces ou le bâtiment. Si le BTP a également souffert d'un manque de saisonniers récurrent entre 2000 et 2010, la crise a changé les préoccupations du secteur. «Avec le ralentissement de l'activité, nous nous battons aujourd'hui pour garder nos employés en poste», explique-t-on à la Fédération française du bâtiment (FFB). De son côté, la distribution fait le plein d'étudiants dans ses supermarchés. «Nos métiers ne nécessitent pas une qualification particulière, tout au plus quelques heures de formation et un encadrement pendant quelques jours. Nous n'avons donc pas de difficulté particulière à pourvoir nos postes saisonniers dans les régions touristiques», assure-t-on chez Système U. Une facilité qui n'est pas la même, en revanche, lorsqu'il s'agit de pourvoir des offres en CDI...

Isabelle de Foucaud





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