Comment les chiffres peuvent être manipulés: l’exemple de la présidentielle

INFOGRAPHIE - De nombreux chiffres sont régulièrement utilisés par les politiques et les journalistes pour étayer leurs propos. Or, il est aisé de manipuler des chiffres d'origine sérieuse et officielle, pour conforter sa propre argumentation. Explications avec des exemples tirés de la présidentielle 2017.

Emmanuel Macron veut lutter contre la diffusion d’informations fausses, ou "fake news". Des chiffres présentés comme alarmants alimentent régulièrement ces contenus mensongers. Dans la plupart des cas, ces statistiques sont totalement inventées ou proviennent d’études à la méthodologie peu rigoureuse. Il est alors possible pour le lecteur de se rendre compte seul de la supercherie en regardant plus précisément les sources.

Dans d’autres cas, à l'inverse, la "fake news" est plus difficile à déceler. Les sites partisans, les partis politiques et les candidats ont la fâcheuse manie de prendre des chiffres de sources officielles et de les tordre à leur goût. Les statistiques qu’ils donnent ne sont pas factuellement fausses, mais donnent une vision biaisée ou exagérée de la réalité. L'année 2017 a ainsi été rythmée par des guerres de chiffres sur le chômage, la violence et l'immigration.

Nous allons voir ci-dessous quelques techniques utilisées durant l'année 2017, marquée par la campagne présidentielle, pour manipuler les chiffres.

Prendre la définition qui arrange son propos


"Il y a 7 millions de chômeurs en France", déclare Marine Le Pen pour étayer son programme lors du débat d’entre deux tours. Pour arriver à ce chiffre, la patronne du FN a pris la définition la plus large possible du chômage. En incluant absolument toutes les personnes inscrites à Pôle emploi, qu’elles soient sans emploi, en temps partiel, en stage, en arrêt maladie, tenues ou non de chercher un emploi (catégorie A, B, C, D et E), on arrive effectivement à 6,2 millions de chômeurs en mars 2017. En ajoutant l’Outre-Mer, l’addition gonfle jusqu’à 6,6 millions de chômeurs.

Cependant, si l’on prend la définition beaucoup plus restrictive du Bureau international du travail (BIT), un "chômeur" doit être strictement sans emploi, disponible immédiatement et en recherche active d'emploi.

Avec ces critères, l’Insee ne trouve "que" 2,7 millions de chômeurs en France métropolitaine au premier trimestre de 2017. En statistiques, tout n’est qu’une question de définition. Selon ce qu’on choisit d’appeler un "chômeur", un "immigré" ou encore un "produit exporté", il est possible d’arriver à des décomptes bien différents.

Parler en volume


"Il y avait plus de chômeurs dans les années 1990 qu’aujourd’hui": cet argument utilisé par Emmanuel Macron lors du débat télévisé avec Marine Le Pen est à la fois vrai et faux. En termes de volume, Emmanuel Macron a tort: les chômeurs étaient 2,622 millions à la fin du second trimestre de 1994 contre 2,783 millions en fin d’année 2016. Mais cette hausse s'explique surtout par l'augmentation de la population française, non prise en compte ici.

Au contraire, si l'on parle de taux de chômage, Emmanuel Macron a tout à fait raison. Il s’élevait à 10,4% au second trimestre de 1994 contre 9,7% fin 2016. Un chiffre, donné seul, manque de perspective: il a besoin d’être mis en relation avec d’autres, comme ici le nombre de chômeurs par rapport à la population active globale. Les évolutions données en taux ou en indice 100 sont donc plus fiables que celles transmises en volume.

Choisir la moyenne plutôt que la médiane

32.000 personnes ont permis à Emmanuel Macron de réunir 1,6 millions d’euros lors de la campagne présidentielle de 2017. Par simple division, on obtient un don moyen de 250 euros. Ce chiffre a servi aux détracteurs du candidat à souligner ses riches soutiens. Emmanuel Macron se défend par la suite en donnant le montant du don médian, soit 50 euros. C’est-à-dire que 50% de ses soutiens ont donné moins de 50 euros, quand 50% ont donné plus. Ce sont donc les très gros donateurs qui ont fait explosé la moyenne.

La médiane est beaucoup moins influencée par les extrêmes et retranscrit avec plus de justesse la réalité. Pourtant, la moyenne est très utilisée par les médias: elle donne des chiffres plus impressionnants.

Se fonder sur une évolution ponctuelle


Fin janvier 2017, Marisol Touraine vante les mérites de sa politique de lutte contre le tabagisme à partir d’un chiffre choc: les ventes de cigarettes ont baissé de 14,3% en décembre 2016 par rapport à décembre 2015. Or, il ne s’agit là que d’une évolution mensuelle, qui ne montre pas une tendance sur le long terme. Les ventes peuvent beaucoup fluctuer d’un mois à l’autre. D’ailleurs, dès le mois suivant, les ventes de cigarettes repartent à la hausse. Sur l’ensemble de l’année 2016, on observe effectivement une légère baisse de 1,6%, loin des 14,3% vantés par l’ancienne ministre de la Santé pour défendre le bilan du gouvernement.

Les évolutions ponctuelles sont très utilisées par les politiques et les médias. Les chiffres du chômage sont commentés mois après mois, ce qui permet de mettre en avant de fortes baisses ou hausses.






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