Les trois leçons de la baisse du chômage en 2016

La baisse du chômage observée en 2016, qu'elle soit mesurée par l'Insee (- 74.000 dans ses dernières prévisions) ou par le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A à Pôle emploi (- 133.000 à fin novembre) est a priori étonnante. Ce n'est pas qu'elle soit spectaculaire : nous avons connu par le passé des épisodes de baisse bien plus marquée. Et puis elle ne fait qu'amoindrir très partiellement la hausse catastrophique de « la courbe » intervenue durant la crise en 2008-2010, puis de nouveau depuis 2012.

Cette baisse est en revanche remarquable au regard de la faiblesse de la croissance : réduire sensiblement le chômage compte tenu du dynamisme de la population active (+ 120.000) et d'une croissance comprise entre 1 et 1,2 % semble assez miraculeux. Mais comme les économistes ne croient pas aux miracles, même au moment des fêtes de Noël, ils regardent de près les chiffres et les faits. Que nous disent ceux-ci ?

Une partie de cette baisse est évidemment imputable à l'envoi en formation de 200 à 300.000 chômeurs supplémentaires. Certes, ces formations sont assez courtes et ne concernent pas que des chômeurs inscrits à Pôle emploi. Pour autant, la forte croissance de la catégorie D de Pôle emploi (personnes inscrites mais dispensées de recherche d'emploi, notamment pour cause d'entrée en formation), soit 64.000, donne une idée de l'impact de cette mesure. La hausse des contrats aidés non marchands (+ 30.000) est un autre facteur allant dans ce sens.

Mais c'est surtout le dynamisme des créations d'emplois salariés marchands qui est le plus surprenant. En effet, l'économie n'aurait dû créer que très peu d'emplois marchands, voire en détruire aux deuxième et troisième trimestres 2016, trimestres de croissance nulle. Or elle en aurait créé près de 160.000 selon les prévisions de l'Insee.

C'est ici qu'entre en jeu la seule politique d'ampleur menée en faveur de l'emploi durant le quinquennat qui s'achève : les baisses de charges sur le coût du travail. Selon l'Insee, celles-ci auraient soutenu l'emploi à hauteur d'environ 100.000 postes en 2016. Parmi les trois mesures (CICE, pacte de responsabilité, prime à l'embauche dans les PME qui revient à annuler les charges patronales au niveau du SMIC ), c'est cette dernière qui remporterait la palme de l'efficacité avec probablement entre 40.000 et 60.000 emplois nets créés. Son ciblage sur les bas salaires (entre 1 et 1,3 SMIC), là où l'emploi est de loin le plus sensible à son coût, lui garantirait une efficacité maximale, très supérieure à celle du CICE.

On peut tirer de cet épisode trois leçons pour l'avenir. La première est que l'impact positif des baisses de charges sur les bas salaires est une nouvelle fois amplement confirmé dans un pays où le niveau du salaire minimum reste un obstacle majeur à l'emploi.

La deuxième est que cette politique ne peut être poursuivie que si l'on accepte enfin de sortir des mesures de type « rustine » (la prime à l'embauche n'est malheureusement que temporaire) et de l'assumer pleinement, donc de transférer davantage de charges sociales de l'assiette travail vers des assiettes plus larges comme la TVA.

La troisième, enfin, est que cette politique ne peut, à elle seule, résorber le chômage de masse. Elle permet surtout (et ce n'est déjà pas si mal) d'éviter que le chômage ne s'envole à des sommets encore inexplorés en France. C'est pourquoi il est urgent de la compléter par des réformes agissant sur les autres causes du surchômage français, des réformes qui pourraient même doper notre potentiel de croissance : droit du travail, fiscalité, éducation, formation. Bref, tout un programme... !


Bertrand Martinot

Bertrand Martinot est économiste et essayiste, coauteur, avec Franck Morel, de « Un autre droit du travail est possible », Fayard, mai 2016). 







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