Les chômeurs français sont-ils trop indemnisés ? Et les cadres ?

La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les chômeurs français sont-ils trop indemnisés ?

Le chômage est-il trop et trop longtemps indemnisé en France ? Oui pour la Cour des comptes. En France, la durée des indemnisations est calculée sur le principe "un jour cotisé = un jour indemnisé", dans une limite de deux ans maximum. Et même de 3 ans pour les plus de 50 ans. Seuls les Pays-Bas indemnisent plus longtemps que la France (38 mois), tandis que l'Espagne et le Danemark offrent une durée d'indemnisation similaire à la nôtre.

Est-il trop généreux ? Oui encore pour la Cour des comptes. Le système n'est pas dégressif en France, comme dans la plupart des pays. Et les taux de remplacements initiaux sont plutôt élevés.



Néanmoins, les systèmes d'indemnisation du chômage ne sont pas aisés à comparer. Le degré de générosité des systèmes combine au moins trois dimensions : le taux de remplacement, souvent dégressif avec le temps, la durée d'indemnisation et l'éligibilité qui conditionne le taux de couverture du système. Par ailleurs, une partie du coût du système relève des caractéristiques du chômage et notamment du poids du chômage de longue durée qui peut influencer fortement le taux de remplacement apparent.

Ainsi, même si le système français est sans dégressivité, et indemnise longtemps, lorsque l'on rapporte le poids des allocations chômage au taux de chômage, en corrigeant ainsi les effets d'échelle liés aux différences de taux de chômage entre pays, la France est plutôt en position haute, mais loin d'être en position extrême. Par ailleurs, l'indemnisation du chômage ne relève pas exclusivement du régime d'assurance chômage ou de solidarité, mais engage aussi la fiscalité, et d'autres aides sociales, notamment les aides au logement, etc. Les pays diffèrent très fortement sur l'ensemble de ces dimensions et critères. Lorsque l'on tient compte de tous ces éléments, la générosité du système français ni pas si manifeste.

Un système en déséquilibre

Prenons le taux de remplacement la première année, moyenne de diverses situations familiales (célibataire ou non, avec ou sans enfants) et de revenus (67, 100 et 150% du salaire médian). La France est bien en position haute parmi les pays de l'OCDE. Si l'on tient compte maintenant de la diversité des aides sociales (aide au logement, fiscalité) notamment. La France demeure en position haute, mais régresse et de rapproche de la médiane. Reprenons le même calcul pour les chômeurs de longue durée, en tenant compte toujours du cumul des aides sociales.... Et là, la France figure plutôt en bas de l'échelle.

Reste que le système est en déséquilibre et que lorsque l'on recherche des zones d'économie, il faut tenir compte de deux constats : la durée d'indemnisation influence la durée du chômage. Il existe

♦ 1/ bien une pointe de retour à l'emploi au voisinage du basculement vers un revenu d'assistance.
♦ 2/ Ces comportements sont particulièrement affirmés chez les plus qualifiés. Ce sont eux qui sont les moins enclins à accepter une décote de leur salaire ou de leur qualification pour retourner en emploi.
Dit autrement, le chômage est beaucoup plus involontaire chez les moins qualifiés, et le SMIC les protège d'une décote significative.

Tout cela incite à remettre en cause la spécificité la plus manifeste du système français. Le très haut niveau de son plafonnement. Un chômeur en France peut touche jusqu'à 7.300 euros brut (6.300 net) par mois, alors que dans de nombreux pays, comme l'Espagne ou l'Italie, le montant maximum de l'allocation chômage est inférieur à 1.700 euros et qu'en Allemagne ou en Suède il est inférieur à 2.500 euros par mois. Conséquence, 30% des dépenses d'indemnisation du chômage sont versés aux 10% des chômeurs les mieux indemnisés.

Les cadres, vrais passagers clandestins du système

Dit autrement, plus enclins à différer leur retour à l'emploi, et absorbant une part importante des ressources, les cadres seraient les vrais passagers clandestins du système. C'est oublier trois choses cependant :

♦ 1/ plafonner l'allocation des cadres, c'est admettre qu'ils s'auto-assurent et que leur patrimoine, notamment leur résidence principale est menacée en cas de chômage, comme dans tant d'autres pays.
♦ 2/ c'est oublier aussi qu'ils contribuent plus que les autres, et que loin de pomper les ressources, ils participent à une redistribution des plus qualifiés vers les plus précaires.
♦ 3/ c'est oublier enfin que le système d'indemnisation est précisément là pour éviter la décote des qualifications, et la destruction du capital humain.
Baisser le plafond est certes la mesure d'ajustement la moins inéquitable. Mais c'est rester à la surface des choses si l'on ne traite pas en priorité l'efficacité des services de l'emploi et la qualité des emplois créés, pour que la France soit là où elle devrait être. C'est-à-dire en pénurie de cadres.


Olivier Passet, Xerfi



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