Zoom sur ces armes anti-chômage "non conventionnelles"

ÉDITO - On peut faire autrement pour lutter contre le chômage. Deux initiatives actuelles nous le prouvent.

À la veille de la publication des offres de Pôle Emploi du mois d'octobre, intéressons-nous aux armes anti-chômage "non conventionnelles". L'approche traditionnelle, on la connaît. C'est, par exemple, la politique de baisse des charges comme le pacte de responsabilité, qui permet de réduire le coût du travail, et donc de faciliter la création d'emplois. C'est encore la mise en place d'emplois aidés, c'est-à-dire des emplois lourdement subventionnés : il y en a quelque 450.000 en ce moment dans le pays, à la fois dans le secteur public, les associations et les entreprises.

Mais on peut aussi faire autrement pour lutter contre le chômage. Deux initiatives actuelles le prouvent. La première, ce sont les "territoires zéro chômage longue durée". Vous savez que les chômeurs de longue durée sont ceux qui n'ont pas d'emploi depuis plus d'un an. Dix villes viennent d'être retenues pour expérimenter ce nouveau dispositif, piloté par ATD Quart Monde et plusieurs fondations. Il s'agit non pas de former les sans-emploi - car la formation n'est pas très utile dans ces cas-là -, mais de leur créer des emplois qui correspondent à un besoin, qui ont une véritable utilité, mais que l'économie marchande a délaissés.

"Territoires zéro chômage longue durée"

De quel type d'emploi s'agit-il alors ? Des receveurs dans les transports en commun ou des gardiens dans les immeubles d'habitation. Autant de métiers qui existaient il y a quelques dizaines d'années, et qui étaient souvent occupés par des gens peu qualifiés. Ces métiers ont été peu à peu éliminés par le système économique, parce qu'on a voulu faire des économies, alors qu'ils avaient une utilité sociale évidente.

Côté financement, c'est l'État qui met au pot pour l'expérimentation, à hauteur de 18.000 euros par emploi de ce type. Les emplois sont créés par des entreprises de l'économie sociale et solidaire. Certains diront que ce sont encore des subventions. Mais à cela le promoteur de cette belle idée, Patrick Valentin, répond justement par un calcul économique. De toute façon, dit-il, un chômeur occasionne des dépenses directes, ses allocations, et indirectes, causées par exemple par la détérioration de sa santé, souvent constatée pour les chômeurs de longue durée. Pourquoi ne pas mobiliser ces sommes non plus pour réparer la perte d'emploi, mais avant, pour faire travailler les personnes concernées, et leur éviter l'inactivité ?

Peut-on imaginer que tout cela se fasse à grande échelle ? Pour l'instant, cela débute à Pipriac, en Île-et-Vilaine, à Thiers, dans le Puy-de-Dôme, Villeurbanne, dans le Rhône, et dans sept autres villes. L'objectif est de créer 2.000 emplois de ce type, et les premiers devraient l'être au tout début 2017.

Bob-emploi.fr , le site qui guide des chômeurs

L'autre initiative, c'est celle de Pôle Emploi et de Paul Duan, un spécialiste de ce qu'on appelle le big data, la gestion des données. Ils ont ouvert la semaine dernière un site qui fournit des informations très précises, par bassin d'emploi, sur les postes et les formations disponibles, et qui les met en relation avec le profil des utilisateurs qui se connectent. Cela s'appelle Bob-emploi.fr. C'est tout simple, mais cela comble une lacune : il n'y avait pas, jusqu'à aujourd'hui, de recensement exhaustif de toutes ces données essentielles.

Tout cela nous montre que la politique de l'emploi, ce n'est pas seulement de la macro-économie. Cela peut être aussi des bonnes idées qui mettent en relation, au plan le plus local, l'offre et la demande de travail, ou qui révèlent une demande cachée en la rendant solvable.


Emploi | FRANÇOIS LENGLET , LOÏC FARGE



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