Chômage : quand la mesure du fléau rend l’Elysée marteau

Chômage à la hausse de 0,1% sur le dernier trimestre pour l’Insee, à la baisse pour Pôle Emploi sur les trois derniers mois. On n'y comprend plus rien ! Ces deux outils de calcul différents convergent, au final, pour indiquer une baisse globale du taux de chômage.

La nouvelle est venue de l'Insee ce 17 novembre au matin : en moyenne sur le troisième trimestre 2016, le taux de chômage au sens du BIT, calculé sur sondage de 110 000 personnes, s’est établi à 10 % de la population active en France (plus 31 000 en métropole, 2,8 millions), après 9,9 % au deuxième trimestre 2016. Soit une hausse inattendue de 0,1% qui pénalise particulièrement les jeunes et les personnes âgées de 50 ans ou plus. Or fin septembre, Pôle Emploi nous avait annoncé exactement le contraire : soit qu’en France métropolitaine, le nombre d’inscrits dans ses registres n’ayant exercé aucune activité venait de baisser, sur trois mois, de 0,1% (moins 35 200) ! La Dares précisant même dans une note de bas de page, que lorsque sur un trimestre le nombre d’inscrits en catégorie A fléchit en moyenne de 35 000 ou plus, la probabilité pour que la tendance soit effectivement baissière était…supérieure à 95% !

A quel organisme de statistiques faut-il donc se vouer ?

Première remarque, l’augmentation de 0,1% de l’Insee peut ne pas être significative. Car elle se situe dans sa marge d’erreur de… 0,3%. En effet, l’Institut national de la statistique procède uniquement par sondage téléphonique, auprès de 110 000 personnes, pour recenser les actifs de 15 ans ou plus qui doivent pour être qualifiés de chômeurs remplir simultanément trois conditions : être complètement sans emploi - c’est à dire ne pas avoir travaillé, ne serait-ce qu’une heure durant la semaine de référence -, être disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours et, last but not least, avoir cherché activement un job le mois précédent. De sorte que, deuxième remarque, une embellie annoncée sur le front du chômage peut paradoxalement motiver nos concitoyens à se mettre en chasse d’un job…et donc booster le taux de chômage de l’Insee. Or de fait, sur le dernier trimestre, l’Insee a bel et bien détecté une hausse du taux d’emploi, soit le rapport population active sur la population âgée de 15-64 ans - de... 0,1%.

De leur côté, les services de Pôle Emploi recensent en catégorie A les personnes privées d’emploi tenues d’accomplir des actes positifs de recherche de job (quel que soit le type de contrat CDI, CDD, à temps partiel, temporaire ou saisonnier). Ce qui exclut de son recensement, à la différence de l’Insee, ces inscrits dispensés de recherche parce qu’ils attendent une formation, un stage qui va commencer dans plus de trois mois.

Heureusement cependant, à l’échelle de l’année, les tendances détectées par l’Insee comme par Pôle Emploi, convergent pour indiquer une baisse du taux de chômage : - 0,4% pour le premier, - 1,2% d’inscrits en catégorie A pour le second. Et tous deux, sur le dernier trimestre, voient aussi le halo du chômage - c’est-à-dire nos concitoyens à temps partiel qui aimeraient travailler plus, s’estomper légèrement: - 26 000 personnes selon l’Insee quand Pôle Emploi enregistre un bond de plus de 61 100 d’inscrits ayant travaillé plus de 78 heures. Une évolution cohérente avec la hausse soutenue des créations nettes d’emplois dans le secteur privé - plus 52 200 sur la période - détectée … par l’Insee. Mais en 2017, il faudra une croissance plus vigoureuse pour sortir franchement de la caverne des statisticiens…


Laurence Dequay



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