Quel est le meilleur chiffre du chômage ?

Le taux de chômage est calculé de plusieurs façons en France. Suivez le guide pour vous y retrouver entre les chiffres de l’Insee, de pôle emploi ou d’Eurostat.

François Hollande a conditionné sa candidature à l’élection présidentielle à « l’inversion de la courbe du chômage ». Ainsi, chaque publication de nouveaux chiffres sur cet indicateur a une dimension éminemment politique, au-delà des réalités économiques et sociales auxquelles il renvoie.

Fin septembre, les ambitions du président en exercice ont par exemple pris un sérieux coup. Le ministère du travail a révélé une hausse de 50.000 demandeurs d’emplois inscrits à Pôle emploi en catégorie A pour le mois d’août par rapport à juillet.

Pourtant, quelques semaines plus tôt, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) indiquait que le taux de chômage avait baissé de 0,3 point au deuxième trimestre, à 9,9%. Des informations contradictoires qui tiennent à la méthodologie et aux périodicités retenues par Pôle emploi d’un coté et l’Insee de l’autre.

Des données multiples

Le ministère du travail publie mensuellement les chiffres du chômage pour le mois précédant tel que communiqués par Pôle emploi. Ses données sont de nature administrative puisqu’elles comptabilisent les personnes effectivement inscrites à Pôle emploi. Elles sont aussi multiples. Plusieurs chiffres sont publiés selon différents « types » de chômeurs. Il s’agit des fameuses catégories A, B, C, D et même E.

En pratique, les trois premières catégories sont les plus reprises, la catégorie A étant souvent considérée comme la catégorie de référence. Elle concerne les demandeurs n’ayant exercé aucun emplois au cours du mois écoulé. La catégorie B concerne les personnes recherchant un emploi tout en ayant une activité réduite (78 heures ou moins travaillées au cours du mois).

La catégorie C regroupe les demandeurs d’emploi ayant une activité réduite mais supérieur à 78 heures par mois. Les catégories D et E concernent des demandeurs qui ne sont pas tenus de chercher un emploi.

L'insee reprend la définition du BIT

De son coté, l’Insee reprend la définition du Bureau international du travail qui se rapproche de celle des chômeurs de catégorie A de pôle emploi.

Elle concerne en effet les personnes n’exerçant aucun emploi et en recherchant activement un. La différence tient à la méthode de récolte des données.

Elle est administrative chez pôle emploi alors que l’Insee réalise un «sondage».

Chaque trimestre, l’institut interroge environ 100.000 personnes dans le cadre de son «enquête emploi». La périodicité est donc également différente (mensuelle pour pôle emploi et trimestrielle pour l’Insee).

Des chiffre sensiblement différents

Les chiffres de l’Insee sont toutefois sensiblement différents de ceux de la catégorie A de pôle emploi. Au deuxième trimestre 2016, l’Institut recensait 2,8 millions de chômeurs contre 3,5 millions en moyenne pour Pôle emploi.

Un écart que l’Insee explique par les «conditions de gestion administratives (…) [qui] influent parfois sur l’évolution du nombre de demandeurs inscrits [à pôle emploi], sans lien direct avec l’évolution du nombre de chômeurs».

Par ailleurs, les données publiées par l’institut européen de la statistique, Eurostat, sont basées sur celles de l’Insee. Elles permettent de comparer les pays européens entre eux. Toutefois, Eurostat communique ses chiffres tous les mois, ce qui n’est pas le cas de son homologue français.

L’institut est alors obligé de procéder par extrapolation à partir des données de l’INSEE. Hors cet effet, des écarts peuvent en outre subsister du fait de l’inclusion ou non des départements d’Outre-Mer ou en raison de différences de méthode dans la correction des variations saisonnières.

En conclusion, les chiffres de l’Insee permettent une comparaison internationale et ne dépendent pas de questions de gestion administrative.

En revanche, ils ne rendent pas compte du problème du chômage dans sa globalité. Les données de pôle emploi sont plus complètes, plus réactives mais aussi plus volatiles.

Dans tous les cas, ces chiffres doivent être analysés en tendance.

Et pour que l’inversion de la courbe du chômage soit indiscutable, elle devra être observable qu’on se place du point de vue de pôle emploi ou de celui de l’Insee.


Johann Corric






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