Chômage : le jour des chiffres

Une sorte de cérémonie nationale a pris racine au fil des années. Une fois par mois, les grands médias parlent du chômage. L'occasion leur est fournie par Pôle emploi et le ministère du Travail qui publient à date fixe les "chiffres du chômage". Entendez par là des séries statistiques recensant le nombre de "demandeurs d'emploi" inscrits le mois précédent à Pôle emploi. Par comparaison avec le mois d'avant cela permet de dire : le "chômage augmente" ou "le chômage n'a pas augmenté".

Parfois il y a des variantes dans les commentaires, du genre : la "hausse est stabilisée" ou "la hausse augmente moins vite". On lit même exceptionnellement : « le chômage baisse ». Mais il faut bien remarquer que, sur le long terme, soit depuis quarante ans, la hausse ne s'est jamais ralentie plus que quelques mois, avant de repartir de plus belle, de record en record. Quarante ans de chômage de masse, soit presque deux générations de chômeurs. De père en fils, de mère en fille, parce que ce sont souvent les mêmes catégories sociales qui sont touchées et qui ne s’en sortent pas.

Le même jour, un ou plusieurs ministres commentent les chiffres, les médias rapportent les commentaires, les "experts" commentent servilement les commentaires des ministres et des autres experts. Le lendemain, ouf, on peut passer à autre chose, jusqu'au mois suivant. Les mots des uns et des autres sont interchangeables, d'un mois sur l'autre, d'une année sur l'autre depuis quarante ans. "Fléau" a eu beaucoup de succès. "Priorité" (à la lutte contre le chômage) aussi. "Lutte" aussi bien sûr, mais il y a des variantes. Cela peut être par exemple "contre la fraude" (des chômeurs) ou "contre les emplois non pourvus", que, comme chacun sait, les chômeurs répugnent particulièrement à pourvoir. Il y a bien sûr les innovations, comme dernièrement "inverser" et "courbe". Cette satané "courbe" qui ne veut se laisser ni inverser ni infléchir ces derniers temps. C'est tout de même trop triste pour un gouvernement qui fait tout son possible.

Les personnes privées d'emploi dans tout ça ? Ah, ben là, vous en demandez trop. Les économistes, les ministres et les experts médiatiques n'ont pas prévu de parler des chômeurs. Encore moins de leur donner la parole. C'est vrai, quoi, ils en savent quoi de la courbe ? Déjà qu'ils sont au chômage, c'est qu'ils ne doivent pas être très compétents en matière de travail, alors, leur demander ce qu'ils en pensent, du chômage... Même s'il y a des mouvements, comme le MNCP par exemple, qui défendent les droits individuels et collectifs des chômeurs, qui mènent une action syndicale contre le chômage, franchement, peut-on les prendre au sérieux quand ils prétendent que parler du chômage c'est, en quelque sorte, pour ne pas parler des personnes en chair et en os ?

Ainsi on ne parlera pas dans les grands médias de ces chômeuses et chômeurs qui depuis une quinzaine de jours vont de ville en ville pour porter leurs propositions. Pour en débattre avec les syndicalistes dans les entreprises ; avec la population, le soir à l'étape, pour rencontrer les chômeurs et les agents dans les Pôle emploi ; bref, pour animer à l'échelle du pays le vrai débat qui leur est refusé. Ils sont certes, à ce jour, peu nombreux si on les rapporte aux "chiffres du chômage". Mais à rebours des idées reçues sur "l'assistanat" ils démontrent leur détermination, leur savoir-faire, leur capacité d'initiative. Depuis le départ de La Réunion, le 10 juin, de Montpellier et de Strasbourg le 15 juin, ils ont parcouru de nombreuses villes, débattu avec des milliers de personnes.

Ils ont encore beaucoup de chemin à faire pour que le débat sur la question du chômage, qui n'est pas qu'une question de chiffres, devienne un grand débat national à la hauteur des enjeux. Il y a encore des étapes à franchir, à Montluçon, au Mans, à Gennevilliers, à Villejuif, avant d'arriver à Paris. Ils ont besoin de votre soutien, de votre participation. Il reste encore une dizaine de jours avant Paris, place de Stalingrad, samedi 6 juillet. Prenez date, pour une étape, pour plusieurs ou pour Paris. Mais participez d'une façon ou d'une autre pour faire tomber le mur du silence que recouvre le fracas de chiffres : faites connaître le site de la Marche, signez la pétition de soutien, faites-nous parvenir votre soutien financier, et suivez les infos sur #marchechomeurs2013.


ROBERT CRÉMIEUX



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