Chômage : stop aux bidouillages

La nouvelle est venue doucher les espoirs du gouvernement. Le nombre de demandeurs d’emploi a bondi selon Pôle Emploi de 50 200 pour la catégorie A et la France métropolitaine. Et encore, cette mauvaise nouvelle apparaît en dépit de reclassement importants des demandeurs d’emploi dans des stages de formation et des contrats aidés. Notre machine à créer des emplois est donc en panne. Alors que le président de la République a lié son éventuelle candidature à l’inversion de la courbe du chômage, on ne peut pas continuer pour un nouveau mandat avec les bricolages qui ont perdurés jusqu’à présent. Et cela nécessite forcément d’aller voir ce qui marche à l’étranger.

Le nombre total de demandeurs d’emploi sans activité et tenus de chercher un emploi (catégorie A) s’établit donc à 3 556 800. Ce nombre augmente sur trois mois de 1,0 % (soit +36 500 personnes) ; il progresse de 1,4 % sur un mois (+50 200 personnes) et recule de 0,3 % sur un an (–10 900 personnes). Donc la tendance à moyen terme n’est clairement pas à la décrue. Sur trois mois, ce nombre augmente de 2,2 % pour les moins de 25 ans (+2,3 % sur un mois et –3,5 % sur un an), de 0,7 % pour ceux âgés de 25 à 49 ans (+1,3 % sur un mois et –0,8 % sur un an) et de 1,1 % pour ceux âgés de 50 ans ou plus (+1,2 % sur un mois et +2,8 % sur un an).

Le gouvernement a mis ces mauvais chiffres sur le compte de la conjoncture, parlant de « difficultés rencontrées dans certains secteurs d’activité particulièrement affectés par les attentats de juillet (tourisme, hôtellerie-restauration, commerce de loisir, notamment) ». Néanmoins, en août, on enregistre une hausse notable des déclarations d’embauche particulièrement des CDD qui concernent surtout le commerce et les administrations publiques, et au total les déclarations augmentent de 1% sur un an sur l’ensemble du secteur privé. Cela rend peu crédible l’effet des attentats sur le tourisme et l’hôtellerie en termes d’emploi. En revanche l’échec de la loi travail et les oppositions syndicales comptent peut-être dans le découragement des employeurs. Autre argument, un peu secondaire néanmoins, mis en avant par le ministère du travail : un nombre de jours ouvrés plus élevés en ce mois d’août donnant plus de possibilités aux chômeurs d’actualiser leur situation.

Ces chiffres viennent bien sûr contredire le récit gouvernemental qui table sur une croissance à 1,5 % pour 2016 et espère ainsi que les prévisions de l’Unedic, soit 124 000 chômeurs de moins sur l’année, se réaliseront.


Note sur les catégories.

catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi ;

catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois) ;

catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (i.e. de plus de 78 heures au cours du mois) ;

catégorie D : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…), sans emploi ;

catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).

C’est oublier un peu vite le dessous de l’iceberg, les autres catégories dont on ne parle pas : les catégories D et E. En France métropolitaine, le nombre de catégorie D s’établit en août 2016 à 325 200, un chiffre en progression de 5% sur un mois, 13,4% sur un an, et 35% depuis le début du quinquennat. Idem pour la catégorie E qui comprend les contrats aidés, soit 432 400 personnes, leur chiffre a bondi de 6,7% sur un an et +18,8% depuis le début du quinquennat. Des chiffres jamais atteints auparavant :


Au total, toutes catégories confondues, l’ensemble des inscrits s’établit à 6 275 800 pour la France métropolitaine. En août 2012, ils n’étaient si l’on peut dire que 5 millions dont 3 millions pour la catégorie A.

L’amélioration à laquelle veut croire le gouvernement est cependant sérieusement mise en doute par la courbe des reprises d’activité salarié, qui, sur la tendance actuelle, est loin de pouvoir résorber le chômage :


C’est que notre pays ne parvient toujours pas à recréer massivement de l’emploi marchand : les derniers chiffres de l’INSEE sur ce sujet indiquent que l’emploi reste atone. 16 042 500 emplois marchands au 2e trimestre 2016 contre 16 125 100 au 2e trimestre 2012. Pas de quoi pavoiser si on se compare à l’étranger. Par exemple, Eurostat nous indique qu'entre le 2e semestre 2013 et la fin 2015, la France a créé en net 57 000 emplois marchands (c’est-à-dire dans le secteur privé). Dans le même temps, l’Allemagne a créé 482 000 emplois, l’Italie 288 000 emplois, l’Espagne 610 000 emplois alors que ces deux pays étaient encore en récession.


Même si la tendance est là un peu meilleure, elle doit être mise en regard de l’évolution de la population active (plus d’un million de personnes supplémentaires, selon les projections de l’OCDE sur la période 2006-2016) et de la population totale qui ont augmenté. Et pendant ce temps, la fonction publique a augmenté de passant de 5,493 millions [1] en 2011 à 5,640 millions fin 2014.

[1] Effectif en milliers avec contrats aidés


Sandrine Gorreri



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