Chômage : une embellie... jusqu'à la présidentielle ?

SOCIAL. Le nombre de demandeurs d'emploi pour août sera connu aujourd'hui. Si l'Unédic parie sur un léger mieux cette année, elle prévoit, en revanche, une dégradation l'an prochain.

A huit mois de l'élection présidentielle, voilà des chiffres qui seront assurément passés au crible du gouvernement... comme de l'opposition : c'est ce soir que sera connu le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en août 2016. En hausse ? En baisse ? A vrai dire, au-delà de cette donnée ponctuelle qui ne peut -- à elle seule -- faire sens, le véritable enjeu est celui de la tendance des mois à venir, cruciaux. Première certitude : depuis le début 2016, la tendance, justement, est plutôt bonne. Reprise de la croissance oblige, le seuil nécessaire pour créer des emplois -- entre 1, 2 % et 1,5 % selon les experts -- a été atteint. Le BTP, les emplois de service repartent. Du coup, le nombre de demandeurs d'emploi a baissé de 75 000 depuis janvier. Mieux : dans ses prévisions publiées mardi dernier, l'Unédic (régime d'assurance chômage) prévoit une baisse de 124 000 chômeurs en métropole en 2016.

« L'action très volontariste du gouvernement, qui a annoncé en début d'année un plan inédit de 500 000 formations supplémentaires, jouera aussi un rôle », précise l'économiste Marc Ferracci, professeur à l'université Panthéon-Assas. Contrats aidés et autres apprentissages... Rappelons que les personnes formées passent de la catégorie A (chômeurs officiels) à D (chômeurs en formation, et donc sortis des statistiques).

La montée en charge de ces emplois aidés, jusqu'à fin 2016, devrait prémunir le gouvernement contre toute mauvaise surprise. Autant dire que ce scénario sied à François Hollande, qui a conditionné sa candidature à une inversion de la courbe du chômage. L'embellie se poursuivra-t-elle jusqu'à la présidentielle ? Pas sûr, car les incertitudes qui pèsent sur la croissance mondiale et notamment chinoise impacteront la vieille Europe.

Après l'éclaircie de 2016, l'Unédic prédit un nouveau trou d'air en 2017. Et le taux de chômage, raboté à 9,4 % en fin d'année (contre 9,6 % mi-2016), remonterait jusqu'à fin 2019 (9,6 % fin 2019). « Surtout, ne perdons pas de vue l'essentiel : la baisse du chômage de ces derniers mois, avec encore 3,5 millions de chômeurs de catégorie A, n'atténue qu'à peine l'aggravation régulière depuis 2012, et même depuis le début de la crise en 2008 », souligne Marc Ferracci, qui propose de lier une plus grande flexibilité du marché du travail contre un renforcement des droits des chômeurs, que ce soit d'un point de vue financier (aujourd'hui, un sur deux n'est pas indemnisé) ou en matière de formation.

Utopie, en cette période préprésidentielle ? Peut-être. En attendant, l'explosion mal gérée des contrats courts (qu'un demandeur d'emploi peut cumuler avec une indemnisation) grève les finances de l'Unédic : en 2015, ces CDD à répétition ont coûté 6,2 Mds€ au régime, sans que les personnes concernées aient retrouvé un emploi durable.





Odile PLICHON



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