Emplois non pourvus : pourquoi Gattaz exagère les chiffres

Le président du Medef estime à 350.000 les offres d'emplois non pourvues et pointe une inadéquation entre la formation des candidats et les besoins des recruteurs.

De la baisse des impôts au non-plafonnement des indemnités prud'hommales, les combats de Pierre Gattaz sont loin d'être un secret. Pourtant, il en est un qui ne tombe pas sous l'évidence. Invité des matins de France culture mardi, le président du Medef a martelé que l'un des problèmes majeurs des petits patrons français est qu'ils "ne trouvent pas des gens à embaucher" (12'12'' sur le replay).

Le patron des patrons reporte la faute sur le système scolaire français, pointant "un décalage entre l'enseignement de certains métiers et ce qu'on cherche dans l'industrie notamment et dans les services". Pierre Gattaz va même jusqu'à affirmer que 350.000 postes restent non pourvus en France aujourd'hui. Ce qui n'est pas le cas si l'on se réfère aux statistiques de Pôle emploi.

191.000 offres non pourvues en France

Dans le paysage politique, jamais les voix ne se sont accordées sur le sujet. Au sein même de l'exécutif, les informations divergent. François Hollande parlait l'année passée de 150.000 emplois non pourvus, quand Manuel Valls avançait le chiffre de 300.000.

Publiée en avril dernier, l'étude de Pôle emploi sur "les offres difficiles à satisfaire" devrait mettre fin à ces querelles mathématiques. L'agence évalue à 191.000 le nombre d'offres d'emplois non pourvues, soit presque deux fois moins que le montant annoncé par Pierre Gattaz. L'estimation n'est pas uniquement basée sur les offres déposées à l'agence publique, mais bien dans la France entière.

Emplois non pourvus ne signifient pas emplois vacants

Ces approximations viennent souvent d'un problème de lexique. Les emplois non pourvus sont confondus avec les emplois vacants et mélangés avec les difficultés de recrutement estimées chaque année par Pôle emploi.

♦ Emplois non pourvus :

Il s'agit des offres d'emplois clôturées sans qu'il n'y ait eu de recrutement. Autrement dit, après avoir déposé une offre et reçu ou non des candidats, une employeur décide de la retirer. Les raisons sont diverses. Le besoin de recrutement peut avoir disparu ou le profil recherché n'a pas été trouvé. La clôture de l'offre ne signifie pas que l'employeur cesse ses recherches.

♦ Emplois vacants :

La définition est établie par Eurostat. Il s'agit des postes libres (nouvellement créés ou inoccupés) ou occupés mais sur le point de se libérer, pour lesquels l'employeur a engagé des démarches actives de recrutement. Ces données sont très volatiles, les études correspondent plus à une photographie qu'à une analyse de long terme.

En France on comptait au moins 180.000 emplois vacants en 2012, selon l'enquête de la Dares. Celle-ci exclut plusieurs secteurs de son calcul, notamment les emplois dans les administrations publiques et dans certaines associations.

♦ Difficultés de recrutement :

En France, on estime qu'un recrutement prend autour d'un mois en moyenne. Parfois, le processus s'étale sur une période beaucoup plus longue à cause de difficultés de recrutement. Cela ne signifie pas qu'aucun contrat n'a été signé, simplement que l'employeur a mis du temps pour trouver le profil recherché.

Pôle emploi comme le Medef, via son observatoire TEC (tendance, emploi, recrutement), évaluent à près d'un tiers la part des projets difficiles à concrétiser. Selon les employeurs, ces difficultés sont le plus souvent liées à la pénurie de candidats, à l'inadéquation des profils, ou aux conditions de travail. Dans tous les cas, la formation est la solution la plus souvent envisagée pour y répondre.

La formation mais pas que

Afin que les employeurs trouvent candidat à leur offre, la solution pour Pierre Gattaz se trouve dans la formation. Le patron des patrons est prêt à mettre les moyens pour inciter les chômeurs à se former à des métiers en demande. En 2014, la campagne de publicité "Beau travail" du Medef a coûté quatre millions d'euros, financée grâce au Preciput formation, un fonds de financement dont bénéficie chaque partenaire social au titre de la formation professionnelle.

D'après l'estimation de Pôle emploi, près de 43.000 offres non pourvues sont définitivement annulées par les recruteurs. Ces annulations sont dues pour moitié à une pénurie de candidats, ce qui justifie de mettre l'accent sur la formation. Il ne faut pas occulter d'autres éléments comme le savoir-être, la motivation et l'expérience.

Enfin, la faute ne vient pas nécessairement des candidats mais aussi des entreprises. En effet, un tiers des offres sont définitivement annulées parce que le besoin de recrutement a disparu. Des problématiques financières entrent également en jeu, 16% des abandons résultent de budgets insuffisants. Enfin, les conditions des offres, notamment en termes de temps de travail, de rémunérations et de mobilité géographique, ne sont pas toujours en adéquation avec les aspirations des candidats.


Jean-Christophe Catalon



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