Quatre pistes pour lutter contre le chômage des jeunes

LE CERCLE/POINT DE VUE - En France, un jeune sur quatre recherche un emploi. La mauvaise articulation entre formation et monde professionnel est l'une des principales causes du chômage chez les moins de 25 ans.

Le problème du chômage chez les jeunes n’est pas récent. En 2012, lors de sa campagne présidentielle, François Hollande en avait déclaré l'enjeu : « c'est l'avenir d'une génération, celle touchée par le chômage depuis des années » et qui vit « dans une situation de doute, voire de désespérance ».

Le chômage des jeunes a surpassé de plus de deux fois le taux de chômage général en France sur les 20 dernières années et la crise de 2008 a considérablement aggravé la situation. 23,7 % des moins de 25 ans sont au chômage dans notre pays, au sens du BIT, selon l'Insee. Paradoxalement, les entreprises assurent peiner à trouver des jeunes rassemblant les compétences qu’elles requièrent.

Transition délicate

Un manque de congruence entre formation et monde professionnel combiné à un marché du travail compétitif et rigide entraînent une longue période de précarité entre fin des études et premier CDI. Moins de la moitié des employeurs demeurent satisfaits avec le niveau de compétences de leurs employés. 27 % des employeurs affirment avoir laissé un poste à pourvoir sur la dernière année, car ils n’étaient pas parvenus à recruter une personne avec les compétences requises. En particulier, les employeurs relatent une pénurie de compétences « soft skills » telles que la communication orale et l'éthique dans leur travail.

A Lire aussi :

>> France : Le chômage de catégorie A repart à la baisse en juillet

>> Chômeurs : le plan 500.000 formations supplémentaires monte en puissance


La réglementation rigide du marché du travail décourage les licenciements, mais aussi les embauches, ce qui accentue encore plus la difficulté des jeunes pour trouver un premier emploi. La transition entre étude et travail est délicate. Une fois leurs diplômes en poche, un tiers des jeunes obtiennent des contrats d’intérim et beaucoup d'autres luttent pour trouver un emploi. L’âge moyen aujourd’hui du premier CDI est de 28 ans alors qu’il était seulement de 22 ans en 1992. Des améliorations sont possibles sur quatre fronts.

1. Les entreprises doivent assumer leur rôle de transition professionnelle

La solution la plus simple serait que les entreprises partent du postulat que les étudiants ne peuvent avoir des compétences en parfaite adéquation avec ce qu’elles recherchent et qu’elles acceptent de les former. Par exemple, au Royaume-Uni, il n’est pas rare de voir un étudiant avec une licence de latin et grec ancien obtenir un premier emploi en comptabilité.

Certaines entreprises, principalement de grosses multinationales organisent même, après une rigoureuse sélection des Graduate Programs, avec des séminaires d’intégration, une formation pouvant aller jusqu’à trois mois, du coaching, des rendez-vous réguliers avec les ressources humaines et des rotations dans différents services de l’entreprise pour intégrer les nouveaux venus.

2. Les universités devraient publier les statistiques d'insertion professionnelle de chaque formation

À l’heure actuelle, on observe un mauvais alignement des intérêts entre universités dont l’objectif est souvent de s’agrandir et d’ouvrir de nouveaux programmes, souvent au détriment du placement professionnel de leurs étudiants. Le ministère de l’Éducation nationale pourrait mettre en place une transparence systématique comprenant éventuellement la durée de la recherche du premier emploi, le pourcentage des anciens élèves ayant trouvé un premier emploi en moins de trois mois à la sortie de l’école, le classement des salaires à la sortie de la formation…

Demander la publication automatique des statistiques de placement de chaque formation permettrait aux étudiants de choisir en toute connaissance de cause. Et ceci favoriserait ainsi les formations en adéquation avec le monde professionnel.

De plus, les directeurs d’universités devraient être incités à encourager la réussite et l’insertion de leurs élèves dans le monde professionnel. Il est important de créer des liens entre formations et entreprises. Ce modèle est déjà présent dans bon nombre de grandes écoles et il serait nécessaire de l’étendre à l’ensemble des formations.

3. Les universités doivent promouvoir des études plus modulaires, en aller-retour avec le monde professionnel

Il n’est pas rare de voir certains étudiants réaliser, après un bac+5, que leurs formations sont finalement peu adaptées à ce qu’ils souhaitaient faire ou qu’il y a peu de débouchés dans leur secteur d’activité. Afin d’éviter cela, il y aurait un avantage à arrêter sa formation une année ou deux entre la licence et le master pour travailler, comme le font par exemple beaucoup d’Anglais ou d’Américains.

De plus, on pourrait imaginer une formation universitaire plus souple sous forme de modules permettant d’insérer plus facilement des stages quand les étudiants en ont financièrement besoin et de reprendre aisément leurs études par la suite. Certaines écoles de commerce dispensent déjà leurs cours sous forme de module et il faudrait l’élargir à l’ensemble des formations universitaires. Ces modules s’articuleraient autour de compétences, tout en validant un diplôme à la fin du cursus.

Chacun de ces modules serait de courte durée (quelques semaines ou mois) et autonome, ce qui permettrait aux jeunes de personnaliser eux-mêmes leurs formations dans l'ordre qu’ils souhaitent et selon leurs aspirations professionnelles.

4. Le ministère de l’Éducation nationale devrait promouvoir davantage l’apprentissage

Les employeurs peuvent aussi jouer un rôle en promettant des emplois aux jeunes (à la suite d'un rigoureux processus de recrutement) et assumer la responsabilité de payer l’intégralité ou du moins une partie des coûts de certains diplômes. Par exemple, le contrat d’engagement de service public (CESP), créé en 2009, prévoit que les étudiants en médecine peuvent se voir accorder une allocation mensuelle à partir de la deuxième année des études médicales.

En échange, les bénéficiaires s’engagent – pendant un nombre d’années égal à celui durant lequel ils auront perçu l’allocation et pour 2 ans minimum – à choisir une spécialité moins représentée ou à s’installer dans une zone où la continuité des soins est menacée. D’autres alternatives permettant aux jeunes de rembourser leurs prêts existent sous forme de services tels que le tutorat des élèves plus jeunes par exemple et doivent être davantage renforcées.

Marion Laboure est économiste à l’université d’Harvard


MARION LABOURE



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir