Chômeurs : le plan 500.000 formations supplémentaires monte en puissance

En mettant 1 milliard d'euros sur la table, l'Etat consent un effort important.
Toutes les régions, sauf Auvergne-Rhône-Alpes, se sont engagées.

Huit mois après son annonce par le président, le plan 500.000 formations supplémentaires pour les demandeurs d'emploi s'apprête à décoller. Toutes les régions, sauf l'Auvergne-Rhône-Alpes, ont signé des conventions avec l'Etat précisant les formations, s'engageant sur des objectifs , et se sont accordées avec Pôle emploi pour la mise en musique concrète sur le terrain. Les appels d'offres auprès des organismes ont été quasiment tous passés. La mise en oeuvre du plan atteint globalement 60 %, selon l'Association des régions de France, le meilleur élève étant le Grand Est (97 %). Les pouvoirs publics, qui ont déjà versé quelques avances cet été, vont ouvrir en grand les vannes du milliard d'euros promis.

« Il faut remonter à Lionel Jospin pour retrouver un tel niveau d'investissement », souligne Jean-Charles Steyger, délégué central SNU-FSU à Pôle emploi. Yves Barou, le président de l'Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa), reconnaît aussi l'importance de l'effort consenti tout en alertant sur la nécessité pour celui-ci de s'inscrire dans la durée (lire ci-contre). « Le plan a redonné de l'oxygène », se félicite également Jean Wemaëre, le président de la Fédération de la formation professionnelle, avec un regret - que les procédures de prescription n'aient pas été revues - et une crainte, à savoir qu'une partie de l'argent ne débouche sur des stages « parkings », tout étant allé très vite.

Jeunes et seniors

Tel que conçu, le plan cible les personnes qui ont le plus de mal à retrouver un emploi : jeunes sans qualification, chômeur de longue durée ou seniors. Le besoin en formation n'est donc pas le même selon le profil : quand un jeune sans qualification aura besoin de plusieurs modules de formation avec une bonne dose d'orientation pour devenir employable, un parcours plus court pourra suffire pour le senior qui manque plus de confiance que d'expérience.

Un demi-million de formations en plus ne signifie donc pas linéairement un demi-million de chômeurs qui en profiteront. Au-delà du nombre, c'est aussi le contenu qui fera, ou non, la différence. « La qualité des formations et le niveau de qualification seront clefs », met en garde Jean-Charles Steyger, qui pointe les durées relativement courtes des modules retenus. « Travailler par à-coups ne permet pas de définir le projet d'un demandeur d'emploi. Quid de l'année prochaine ? » se demande Jean-Manuel Gomes, secrétaire CFDT du CCE de Pôle emploi.

Alors que la courbe du chômage s'inverse, même modestement, l'exécutif place de grands espoirs dans ce plan qui va aboutir, peu ou prou, à un doublement du nombre de formations délivrées cette année. Quitte à alimenter la polémique, les chômeurs en formation étant sortis des chiffres du chômage, certains soupçonnent une volonté cachée d'embellir le tableau. Quitte, surtout, à saturer la machine : pour éviter les effets d'aubaine, le ministère du Travail a « imposé » que les régions, qui ont la main sur la formation professionnelle depuis la loi de 2014, bouclent toutes celles qui étaient prévues avant d'engager les nouvelles financées par le milliard d'euros du plan.

Cet effet de saturation se traduit dans les chiffres puisqu'à fin juin, on comptait environ 100.000 entrées en formation de plus que l'année dernière à pareille époque. « Il faut faire en neuf mois ce qui a été planifié sur douze, et conduire une deuxième année scolaire sur les quatre mois restants », résume-t-on dans l'entourage de Clotilde Valter, la secrétaire d'Etat chargée de la Formation professionnelle. « La surcharge de travail est assez importante et intervient sans effectifs supplémentaires », regrette Jean-Manuel Gomes, tout en assurant que les agents feront face.


Alain Ruello



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