La France ne compte plus que 5,4 millions de demandeurs d'emploi

Pôle Emploi a annoncé une baisse du nombre de demandeurs d'emploi. Pour Éric Verhaeghe, ces chiffres sont vides de sens face à la réalité : pour un Français en emploi dans une entreprise, on trouve un Français qui ne travaille pas.


Éric Verhaeghe est fondateur de Tripalio, une start-up sur la vie syndicale. Cet ancien élève de l'ENA a occupé des fonctions dans le monde patronal et assumé divers mandats paritaires. Il fut notamment administrateur de la sécurité sociale. Son dernier livre, Ne t'aide pas et l'État t'aidera, est paru le 25 janvier dernier aux éditions du Rocher. Retrouvez ses chroniques sur son site.


Tiens! Les chiffres du chômage n'en finissent pas de faire le buzz. La semaine dernière, c'était ceux de l'INSEE qui montraient que le chômage avait plus baissé que Pôle Emploi ne le disait. Cette fois, c'est Pôle Emploi qui confirme que le chômage continue à baisser. Il paraît qu'en juillet, on a perdu 19.000 demandeurs d'emploi sans activité par rapport à juin. Que demander de plus?

Des chiffres toujours aussi vides de sens

Comme chaque mois, et avec une acuité accrue depuis que François Hollande a sottement conditionné sa candidature de 2017 à «l'inversion de la courbe», les experts se jettent à la figure des chiffres colossaux dont plus personne ne connaît le sens.

D'un côté, 19.000 chômeurs de catégorie A en moins, ce qui porte le volume global de cette catégorie à environ 3,5 millions de personnes: bravo! La France compte désormais presque autant de demandeurs d'emploi que de fonctionnaires d'État. Que demander de plus pour tracer les lignes d'un avenir radieux?


La France compte désormais presque autant de demandeurs d'emploi que de fonctionnaires d'État.


D'un autre côté, 5,4 millions de demandeurs d'emploi, sans activité ou avec activité réduite, restent dans l'écosystème de Pôle Emploi. Soit autant que tous les fonctionnaires de France. Soit un demandeur d'emploi pour trois salariés dans une entreprise. Rappelons en effet que les entreprises privées comptent moins de 16 millions de salariés, soit un chiffre équivalent aux retraités et aux demandeurs d'emploi.

Autrement dit, pour un Français en situation d'emploi dans une entreprise, on trouve un Français qui ne travaille pas. Le mal français est assez bien résumé ici.

La tendance, quoi qu'il arrive, doit se poursuivre

Toutes ces considérations statistiques, au demeurant répétées chaque mois, montrent bien toute la vacuité de l'homélie mensuelle que le Président de la République ou l'un de ses ministres tiennent à propos du chômage. Dans la pratique, personne ne peut se satisfaire du chômage de masse que nous connaissons. Il est le signe d'un malaise profond et durable, car il faut être terriblement populiste pour faire croire que tous ces gens sortis depuis longtemps du marché de l'emploi ont la moindre chance de la réintégrer de façon solide.

Dans tous les cas, nous savons que François Hollande brûle de se représenter en 2017 et que les statistiques du chômage ne sont plus qu'un rouage parmi d'autres de sa stratégie. À moyen terme, donc, l'État mettra les moyens qu'il faut pour assurer une baisse faciale de ces chiffres.

Et qu'importe si tout cela n'a aucun sens. L'enjeu ne consiste plus à assurer la prospérité du pays, mais seulement à donner l'illusion - encore un instant, Monsieur le bourreau - que cela va mieux et que nul n'est besoin d'entamer des réformes profondes.

Eric Verhaeghe



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