Le taux de chômage sous les 10% : une bonne et une mauvaise nouvelle

Le taux de chômage en France atteint ce trimestre son niveau le plus bas depuis quatre ans. François Hollande peut-il enfin se frotter les mains ? Le point avec Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE.

Le taux de chômage passe ce trimestre sous la barre des 10% et s’établit en France métropolitaine à 9,6% (9,9% avec l'outre-mer), selon l'Insee. C’est un événement ?

Nous avions anticipé cette baisse à l’OFCE. Elle va même au delà de nos prévisions. Nous imaginions une baisse de 0,1 point par trimestre. Là, nous sommes à 0,3.

Mais la mauvaise nouvelle de cette bonne nouvelle c’est qu’une partie -environ la moitié - est liée à une baisse du taux d’activité. C’est-à-dire que certains chômeurs sont découragés. En gros, les chômeurs, soit ils vont dans l’emploi, soit ils sortent de l’activité. Un homme ou une femme au foyer n’est pas dans l’activité, selon l’Insee. C'est ce que cet institut appelle le "halo autour du chômage". La "bonne" baisse du chômage, elle intervient lorsque le chômeur retrouve de l’emploi. La "mauvaise", c’est lorsque le chômeur est découragé. Là, c’est moitié-moitié. Sans le découragement des chômeurs il y aurait moitié moins de baisse.

L'autre bémol vient du temps partiel subi: beaucoup de personnes sont à temps partiel mais aimeraient travailler davantage. Ce temps partiel subi a augmenté de façon significative ce trimestre.

Fin juillet, Pôle emploi annonçait, lui, une hausse du nombre de demandeurs d’emploi (+0,2%) pour le deuxième mois d’affilée. A qui se fier ?

Le chômeur tel que défini par le BIT (Bureau international du travail), doit réunir 3 conditions :

 ne pas avoir du tout travaillé pendant la période de référence,

 être immédiatement disponible,

 rechercher un emploi activement.

Outre le fait qu’il s’agit d’une enquête, la méthodologie du BIT est un peu différente de Pôle emploi, qui ne prend pas en compte la notion de "recherche active". Les chiffres du BIT sont plus intéressants à mon sens car ils permettent les comparaisons internationales puisqu’ils sont établis sur la base de critères semblables. Donc oui, au regard du BIT, et contrairement à ce que l'on peut entendre ici ou là, le chômage baisse aussi en France. Quand on dit que la France est le pays où le chômage est le plus élevé, c’est faux, même s’il reste élevé. Avec 9,6%, on fait bien mieux que l’Espagne (au-dessus de 20%), l’Italie (environ 11%) ou le Portugal, mais moins bien que le Royaume-Uni ou l’Allemagne (entre 5 et 6%).

L’autre bonne nouvelle, c’est la baisse conséquente du chômage des jeunes (-23,7% chez les 15-24 ans) ?

Oui, le chômage des jeunes baisse. Mais ce n’est pas nouveau. Il faut savoir déjà de quoi l'on parle. Quand on dit : 25% des jeunes français sont au chômage, c’est faux. Ce sont 25% des jeunes qui sont sortis de la scolarité et qui sont à la recherche d’un emploi. Or seul un tiers des jeunes sont à la recherche d’un emploi. En gros, ils sont 500.000. Cela reste important, mais sur ce nombre, il est aisé, avec une politique adaptée, de faire basculer un nombre conséquent de jeunes hors du chômage. Et donc de baisser leur taux de chômage.

Les jeunes peuvent donc dire merci à Hollande ?

Il y a eu une politique ciblée sur la jeunesse, c’est indéniable. Et le chômage des jeunes baisse depuis plus d’un an maintenant. Grâce aux emplois aidés puis aux efforts sur la formation commencés en mai. Cette deuxième tranche d’aide produit ses effets depuis deux mois et apparaît donc aujourd’hui dans les chiffres du BIT. Un jeune en formation sort mathématiquement du chômage !

Plus généralement, la politique du gouvernement en faveur de l’emploi porterait donc ses fruits ?

Le CICE et le pacte de responsabilité ont joué en faveur de l’emploi. Quand on baisse le coût du travail de manière conséquente, on a une croissance riche en création d’emploi.

Et puis il y a aussi la croissance économique. Même si elle n’est pas extrêmement dynamique, elle est là. Le secteur marchand a créé sur un an entre 140.000 et 145.000 emplois. La population active augmente d'un niveau comparable. Donc au minimum, on stabilise. Si l’on ajoute à cela les emplois aidés, on baisse le taux de chômage.

Tous les commentateurs politiques scrutent la courbe de l’emploi pour savoir si la baisse du chômage est durable et si François Hollande se représentera à l’élection présidentielle. Il est sur le bon chemin ?

Les effets de la politique de l’emploi engagée par François Hollande vont être durables.

La petite interrogation concerne la croissance économique. Les attentats, le Brexit… ne jouent pas en faveur de la croissance. Il est possible que l’on passe d’un taux de croissance de 1,5% à 1,4%. Mais ce ne devrait pas être catastrophique : on estime que dès qu’on dépasse 1,2% de croissance, le chômage baisse. Il devrait donc continuer à baisser. A l’OFCE, nous tablions sur un taux de chômage à 9,5% pour la fin de l’année. Nous sommes en avance sur nos prévisions. Il est possible que le prochain trimestre soit stable.

Le hic, pour François Hollande, c’est qu’il a mis comme curseur à l’inversion de la courbe de chômage, les chiffres de Pôle emploi, et non deux du BIT. Et les chiffres de Pôle emploi, communiqués tous les mois, mais moins fiables à mes yeux, sont beaucoup plus commentés !


Propos recueillis par Corinne Bouchouchi






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