Dix territoires « zéro chômage longue durée » seront expérimentés fin 2016

Le décret officialisant le dispositif a été publié jeudi.
Pendant cinq ans, 2.000 CDI au SMIC seront aidés.
Objectif : prouver qu'embaucher est plus rentable qu'aider.

« On en a bavé jusqu'au bout », souffle encore Patrick Valentin. Le ministère du Travail a concrétisé jeudi par un décret le projet de territoires zéro chômage longue durée porté depuis vingt ans par l'animateur du Réseau emploi-formation d'ATD Quart Monde. Lequel ne veut plus perdre de temps : « Vendredi, nous lancerons l'appel à candidature pour cette expérimentation, les territoires intéressés pourront postuler jusqu'en octobre et nous sélectionnerons les dix lauréats en novembre. »

Cette expérimentation veut valider les trois convictions partagées par les promoteurs de la démarche, dont le député PS Laurent Grandguillaume, porteur de la loi, ou Louis Gallois qui a accepté de prendre la présidence du fonds national, l'association qui pilotera l'expérimentation. A savoir : que les chômeurs de longue durée sont tout à fait capable et désireux de travailler ; qu'il existe de nombreux besoins non couverts dans les territoires et que l'emploi de ces personnes sera plus rentable pour les financeurs publics des aides au chômage.

Le projet de Patrick Valentin consiste à terme à « tuyauter » les aides sociales vers le financement d'emplois durables. Selon ses calculs, un chômeur de longue durée coûterait aux collectivités, à l'Etat et aux organismes sociaux de 15.000 à 20.000 euros par an, de quoi soutenir un emploi pas totalement rentable du point de vue comptable.

Dans un premier temps, durant les cinq ans de l'expérimentation, l'Etat financera l'essentiel du CDI au SMIC qui sera proposé à environ 2.000 personnes dans les dix territoires. Mais les collectivités devront aussi contribuer à la hauteur du coût évité pour chaque emploi. Le département économisera par exemple un RSA, la région des formations et les communes diverses aides indirectes.

« Environ 70 territoires sont prêts à postuler, des villages comme des quartiers urbains », assure Patrick Valentin qui espère rattraper les perdants dans une deuxième phase. Les candidats devront montrer qu'ils connaissent bien leur population de chômeurs, qu'ils ont identifié les besoins locaux, ceux des entreprises notamment. Une poignée de territoires ont déjà engagé cette démarche depuis plus d'un an, comme Pipriac (lire ci-dessous). A chaque fois, un comité local reçoit les chômeurs de plus d'un an identifiés par les partenaires sociaux comme Pôle emploi. « En une heure d'entretien, on demande ce qu'ils savent faire, veulent faire et apprendre. On réalise qu'ils ont tous de nombreuses compétences », souligne Patrick Valentin.

Complémentarité

Le comité local doit aussi s'assurer que les emplois créés ne viendront pas fragiliser d'autres postes locaux. Les premiers diagnostics montrent qu'il y a complémentarité. « Savez-vous que les taxis n'acceptent pas de charger à Roissy jusqu'à Sarcelles, simplement parce que c'est trop proche. Un boulanger rural m'a par ailleurs expliqué pouvoir faire deux fois plus de pain, mais à condition d'avoir une petite aide pour les porter chez les personnes âgées », cite Patrick Valentin.

Le fonds national encadrera le dispositif avec une équipe scientifique comprenant par exemple l'économiste Jean Gadrey. Les rares détracteurs du projet jugent qu'il pourra obtenir des résultats locaux mais pas fonctionner à l'échelle de la problématique du chômage de masse.


MATTHIEU QUIRET

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>> Dispositif « Zéro chômage longue durée » : mise en oeuvre de l'expérimentation | SVP.COM | 28/07/2016



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