Révolution pour les chômeurs

La France ne parvient ni à remettre vite ses chômeurs au travail ni à les indemniser sans déséquilibrer ses comptes.

Diversion de luxe, le Brexit a rendu un petit service à François Hollande: personne, vendredi dernier, n'a remarqué la hausse du chômage enregistrée en mai et annoncée ce jour-là... L'économie rappelle au président de la République la triste vérité de son quinquennat: la courbe ne s'inversera pas, les effets de yoyo sont un leurre, la reprise est en trompe-l'oeil, il a perdu la bataille de l'emploi.

NOTRE DOSSIER >> Le chômage en France

La conclusion politique devrait, simple et sincère, prendre la forme de son retrait, en décembre, de la compétition présidentielle. Mais la conséquence économique et sociale d'un tel échec doit être plus profonde et plus réfléchie. La France ne parvient ni à remettre vite ses chômeurs au travail ni à les indemniser sans déséquilibrer ses comptes.

Révolutionner l'assurance-chômage

Pour remplacer le pacte de responsabilité, insuffisant, le prochain gouvernement devra illico appliquer des solutions efficaces afin que les entrepreneurs embauchent sans délai. Nul doute que la droite, en son petit atelier libéral, trouvera nombre d'outils crédibles. En revanche, nulle part ne pointe la révolution de l'assurance-chômage aujourd'hui indispensable.


Avec un déficit cumulé de 26 milliards d'euros pour l'Unedic, il est ahurissant que les partenaires sociaux, et derrière eux l'Etat, continuent à croire en cette vieille machine. Tant d'efforts consacrés à réformer un système qui ne marche plus, si peu de temps passé à en inventer un nouveau! L'Etat s'engage à payer et payer encore, tout en suppliant patronat et syndicats de remettre l'accord sur le métier. Peine perdue! Lâcheté et cécité! Le problème est non le financement de l'assurance-chômage, c'est l'assurance-chômage elle-même.

Quand un salarié perd son travail, ce n'est pas tant d'argent qu'il a besoin que d'une formation, immédiatement et aussi longtemps que nécessaire pour le remettre au niveau exigé par le marché. L'Etat doit en dicter les contours, tout en garantissant le retour à l'emploi: orientation obligée, embauche assurée, tel est le nouveau pacte social. Versons en heures de cours prépayées l'indemnité de licenciement; et que Pôle emploi devienne une agence de placement des talents recensés dans ces écoles de la nouvelle chance! A chaque chômeur seront attachés un enseignant référent et un tuteur attitré, tous deux rémunérés, en partie, par une prime versée lors du retour au boulot de leur "poulain".

Pour un devoir imposable de travailler

Avec moins d'argent et plus d'espoir, le chômeur sera incité à reprendre vite un emploi. Toute tentative d'oisiveté, toute tentation d'assistanat seront éradiquées par l'obligation d'accepter l'emploi proposé: le tuteur de Pôle emploi, au fait des compétences du chômeur, sera fondé à proclamer l'adéquation entre le poste offert et le salarié concerné. En cas de litige, une commission tranchera après consultation du formateur. Si le chômeur s'entête, il renoncera à tout subside...

Bien sûr, la bonne volonté ne permettra jamais le plein-emploi. Celui ou celle qui aura respecté ces règles sans trouver de nouveau travail percevra une indemnité qui croîtra au fil des mois, au contraire du système actuel. Le plafond correspondra à ce "revenu universel" que la collectivité doit verser à tout citoyen irréprochable mais délaissé, en échange d'activités utiles mais non rentables.

Ainsi, la France aura inventé en même temps le droit opposable à l'emploi et le devoir imposable de travailler. Dans un pays où certains soupçonnent les chômeurs d'être des fainéants, tandis que d'autres accusent les actifs d'être des rentiers, cela devrait inverser la courbe du malaise national.


Christophe Barbier



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