Loi travail : ce qu'en pensent les chômeurs

Destiné à relancer le marché de l'emploi, le projet de loi porté par Myriam El Khomri rencontre une vive opposition de certains syndicats, CGT en tête. Mais qu'en pensent les demandeurs d'emploi ?

Mercredi, les syndicats opposés à la loi El Khomri promettent «une démonstration de force comme nous n'en avons jamais connu depuis quatre mois». La mobilisation devrait être «énorme», promet le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. Aussi vive soit la contestation qu'ils portent, ces syndicats, au premier rang desquels la CGT, ne représentent cependant qu'une fraction de la population française, pour l'essentiel salariée et en contrat à durée indéterminée (CDI).

Les demandeurs d'emploi, de leur côté, apparaissent plus silencieux dans l'espace public. Que pensent-ils de la loi Travail? Si l'avis de nombreuses associations de chômeurs est aussi tranché que celui de la CGT - Agir ensemble contre le chômage clame par exemple que «l'emploi est un droit» et s'élève contre la précarisation du Code du Travail - les demandeurs d'emploi que nous avons rencontrés, à l'agence Pôle emploi située près de la Place de Clichy à Paris, expriment pour la plupart un point de vue plus nuancé. La crainte de voir leurs futures conditions de travail se détériorer le dispute à l'espoir de sortir plus rapidement du chômage, si la loi Travail incite les entreprises à embaucher davantage.

>> À lire aussi : ce que contient le projet de loi travail

Pour Rosy, 63 ans, qui exerce en pointillé une activité de vendeuse de cosmétiques depuis son licenciement économique en 2004, il vaut en effet peut-être mieux céder «un peu» de cette protection dont bénéficient aujourd'hui les salariés en CDI, plutôt que de s'enfoncer dans une situation qui contraindra plus tard la France à des réformes plus brutales. «Ma soeur vit aux Etats-Unis, je sais que je ne veux pas de ce modèle-là. Mais à force de ne rien céder d'un pouce, les syndicats creusent notre tombe. Il faut s'avoir s'adapter, même si je ne suis pas dupe: ce sont les employeurs qui en profiteront encore».


«Si les salariés perdent une partie de leurs droits, ils doivent obtenir des contreparties»
Dominique, maître d'hôtel au chômage


Cette analyse, Dominique, 57 ans, maître d'hôtel fraîchement inscrit à Pôle emploi, la partage en partie. «Le monde change, il faut que nous nous adaptions. Mais si les salariés perdent une partie de leurs droits, ils doivent obtenir des contreparties. Les entreprises doivent s'engager à embaucher, le patronat doit jouer le jeu». Et de rappeler que le secteur de l'hôtellerie et de la restauration n'avait pas rempli sa part du contrat lorsqu'il avait obtenu, en 2009, une baisse de leur taux de TVA, à 5,5%.

A 41 ans, Marie, cadre commerciale dans le secteur du marché de l'art, est plus radicale. Pour elle, la nécessité de la loi travail ne fait aucun doute. Au chômage depuis deux ans, elle désespère de retrouver un poste dans l'Hexagone et souhaite ardemment un changement. «A 40 ans je suis déjà trop âgée pour retrouver un emploi . Je ne suis presque jamais convoquée à un entretien parce que je coûte trop cher. Et quand j'obtiens un rendez-vous, nous sommes 200 sur le poste! Plusieurs de mes amis sont dans cette situation, alors que d'autres, en CDI dans de grandes entreprises, sont depuis 10 ans au même poste et font peu d'efforts. La marche à franchir pour retrouver le marché du travail est trop haute». Lasse d'attendre une proposition qui ne vient pas, Marie a travaillé quelques mois en Angleterre. Et si elle ne cautionne pas le modèle anglais, qu'elle juge «très dur», elle trouve que la France devrait quand même s'en inspirer, un peu. «Il n'est vraiment pas facile d'y être au chômage, et on s'y fait facilement licencier. Mais on vous y embauche aussi beaucoup plus facilement, parfois à la fin du premier entretien. Quand on a plus de 40 ans, c'est moins désespérant».


«Les salariés vont y perdre. Et moi, quand je retrouverai du travail, j'y perdrai aussi!»
André, électricien


Différence d'âge et de secteur économique? André, jeune électricien qui compte bien retrouver rapidement du travail, n'est pas du tout du même avis qu'elle. Lui est «contre la loi Travail, évidemment». «C'est sûrement très bien pour les employeurs, mais entre la facilitation du licenciement économique et la possibilité de payer moins cher les heures supplémentaires, les salariés vont y perdre. Et moi, quand je retrouverai du travail, j'y perdrai aussi!», explique-t-il.

Il y a ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, et ceux «qui s'en fichent, parce qu'ils ont d'autres chats à fouetter». «Je suis au chômage depuis 2 ans, ma femme m'a quitté, alors franchement, la loi travail, c'est le cadet de mes soucis, lâche ce tapissier-décorateur d'une voix tremblante. Je ne crois pas qu'il faille revoir encore à la baisse les droits de salariés, mais que voulez-vous que j'y fasse? Pour moi ça ne changera rien, j'ai déjà tout perdu». Etienne, lui, se réjouit d'atteindre bientôt l'âge de la retraite. «La loi travail, moi au moins, elle ne me concernera sûrement pas!»


économie | Marie Bartnik



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir