Chômage : comment expliquer la spectaculaire baisse de mars ?


Il s'agit de la plus forte baisse depuis septembre 2000. Explications avec Bruno Ducoudré, économiste à l'OFCE.

Soixante mille demandeurs d’emploi de catégorie A en moins au mois de mars : la baisse est exceptionnelle. Il faut en effet remonter à l'an 2000 pour observer un recul du chômage de cette ampleur.

Mais attention, prévient Bruno Ducoudré, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), "les chiffres de Pôle emploi sont volatiles. Ils ont déjà été et peuvent encore être parasités par des changements de pratiques administratives. Mieux vaut observer l’évolution des chiffres du chômage sur un an pour se faire une idée juste de la situation de l'emploi". Ceci étant posé, comment comprendre la baisse record de mars ? Explications.

Le chômage vraiment en recul ?

OUI et NON. "Sur un an, on observe une hausse de 0,5% du nombre de demandeurs d'emplois, soit 17.000 chômeurs supplémentaires en catégorie A. Et depuis les six derniers mois, on enchaîne les mois de hausse et les mois de baisse. On peut donc dire qu’on arrive sur un plateau."

Déjà l’effet du plan de formation des chômeurs ?

NON. Le plan annoncé par François Hollande début 2016 n’a pas encore porté ses fruits. La ministre du Travail Myriam El Khomri quadrille actuellement le territoire pour signer les conventions régionales. Elle était au Conseil régional d’Ile-de-France à cet effet le 14 avril dernier. Dès lors, "les effets du plan de formation devraient commencer à se faire sentir à partir du mois de mai", estime Bruno Ducoudré. On observera alors dans les statistiques de Pôle emploi un glissement des chômeurs de la catégorie A vers la catégorie D.

Un effet de la politique de l’emploi du gouvernement ?

OUI, pour partie. "On observe les effets du CICE et du pacte de responsabilité, dont la première tranche est entrée en vigueur avec l’allègement des cotisations sur les bas salaires. La 2e tranche vient d’entrer en vigueur au mois d’avril", explique Bruno Ducoudré.

A cela s’ajoute probablement "un petit effet de la prime à l’embauche", ces 4.000 euros versés aux patrons de PME pour l’embauche d’un CDD de plus de six mois ou d’un CDI. "Une petite accélération des embauches dans les entreprises de moins de 250 salariés" tend à le confirmer, indique Bruno Ducoudré.

Pour autant, l’effet n’est pas très net : "Entre trois CDD de deux mois et un CDD de six mois, il peut y avoir des effets de substitution. Au final, on s’attend à un effet assez faible de cette mesure."

Un effet de l’accélération de la croissance ?

OUI. Conformément aux prévisions de l’OFCE, l’accélération de la croissance se traduit par des créations d’emploi dans le secteur marchand et cela devrait se poursuivre en 2016. Pour enclencher une baisse du chômage, il faut que le taux de croissance de l’activité économique dépasse 1,3% à 1,4% par an. En 2016, nous prévoyons, à l’OFCE, une croissance de 1,6% , permettant d’absorber la hausse de la population active et de faire baisser le taux de chômage.

"Si ces prévisions se vérifient, nous serons à 9,5% de chômage au 4e trimestre 2016 en France métropolitaine, contre 10% au 4e trimestre 2015", indique Bruno Ducoudré.

L’emploi précaire, grand gagnant ?

OUI. Le transfert en mars des chômeurs de catégorie A (chômage total, -60.000 personnes) vers les catégories B (78 heures ou moins travaillées dans le mois, + 13.800) et C (plus de 78 heures travaillées dans le mois, +37.500) est net. Autrement dit, les personnes ont retrouvé une activité, mais réduite. Certes, il convient de prendre ces chiffres avec prudence : "Le mois précédent, en février, on observait le phénomène inverse. Il est très difficile de parler de transfert sur un mois", avertit Bruno Ducoudré.

Mais sur une longue période, malheureusement, le constat n’est pas très différent : "Les catégories B et C ont beaucoup progressé en 2015 et en 2016. Ce qui signifie que la reprise de l’emploi se fait par les petits boulots et l’intérim. Tout cela reste de l’emploi précaire."

Quid de l'inversion de la courbe ?

"Une baisse de cette ampleur est encourageante mais doit encore être confirmée", indique Bruno Ducoudré. "On a l'impression d'un plateau. Il faut maintenant passer de l'autre côté du plateau, avec une baisse durable des chômeurs de catégorie A. Mais même si le chômage baisse en 2016, il faudra plusieurs années de croissance et de baisse du chômage pour effacer les stigmates de la crise, et que les gens aient l'impression que la situation s'améliore vraiment".


Morgane Bertrand






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