Chut, ne le dites pas: la courbe du chômage s'est déjà inversée et Hollande pourra se représenter...

LE SCAN ÉCO - Pour pouvoir être candidat à sa succession, le président devra démontrer que le chômage a bel et bien baissé en fin de quinquennat. Pour ce faire, il compte s'appuyer non pas sur les chiffres de Pôle emploi, catastrophiques, mais du BIT qui montrent que la décrue est déjà une réalité...

Le chef de l'État l'a redit jeudi soir lors de l'émission Dialogues Citoyens: il ne pourra se représenter à la présidence de la République que si la courbe du chômage s'inverse. Une promesse réitérée depuis maintenant deux ans. Et bien, c'est fait! On peut aujourd'hui l'affirmer sans sourciller: François Hollande pourra bel et bien être candidat en 2017 à sa propre succession. Et ce, pour une fois raison simple: la courbe du chômage s'est déjà inversée. Et même plusieurs fois depuis 2012...

Pas de magie, de manipulation ou de tour de passe-passe: non, les statistiques sont formelles. Le chômage décroît en France... au sens du BIT dont la définition pour qualifier un demandeur d'emploi est plus stricte que celle de Pôle emploi. On peut ainsi être inscrit sur les fichiers de l'agence nationale de l'emploi sans être considéré comme chômeur au sens du BIT. C'est d'ailleurs l'une des raisons qui explique les quelque 700.000 chômeurs d'écart entre le pointage BIT (réalisé chaque trimestre via une enquête de l'Insee auprès de 11.000 actifs) et celui de Pôle emploi (la photographie administrative du nombre d'inscrits à la fin de chaque mois).

Au dernier pointage donc il y a un mois, le taux de chômage au sens du BIT était de 10,3% en France entière (Dom compris) au quatrième trimestre 2015, contre 10,4% trois mois plus tôt. Il avait même grimpé jusqu'à 10,5% à la fin de 2014 avant de redescendre, deux trimestres d'affilée, à 10,3%. Le taux actuel reste certes bien plus élevé que celui auquel Hollande l'a trouvé en 2012 au moment de son élection (9,7%). Mais la promesse présidentielle n'est pas de ramener le niveau du chômage à son taux d'origine, juste d'inverser la courbe.


«L'inversion de la courbe est une réalité, au sens du BIT»
Michel Sapin, ministre des Finances


Il est d'ailleurs probable que, si la décrue (même minime) continue, les pourfendeurs d'une candidature de François Hollande s'appuieront sur les données BIT pour plaider la cause de leur champion. Et pour tout dire, cela a déjà commencé. Michel Sapin, ministre du Travail pendant deux ans au début du quinquennat et l'homme qui a vendu l'idée de l'inversion de la courbe au chef de l'État, ne cesse d'ailleurs de le dire. Sans être entendu... «L'inversion de la courbe est une réalité, au sens du BIT», avait-il même avoué quelques semaines après son transfert à Bercy en 2014, le taux de chômage ayant à cette époque (déjà) par deux fois reculé, au quatrième trimestre 2013 et au deuxième de 2014. Mais il n'est pas le seul.

«Il faudrait à l'avenir s'appuyer sur les chiffres du BIT et de l'Insee, d'une part parce qu'ils sont trimestriels, ce qui est la bonne périodicité, et d'autre part parce qu'ils sont la seule référence permettant de se comparer aux autres pays européens», a ainsi plaidé il y a un mois dans Les Échos François Rebsamen, en fustigeant les chiffres mensuels de Pôle emploi, beaucoup plus erratiques, qui ne sont pas pour lui «un outil statistique fiable». L'ex-ministre du Travail a d'ailleurs été on ne peut plus clair quand il a précisé que «les chiffres du bureau international du travail et de l'Insee reflètent davantage la réalité économique et celle du chômage dans le pays».


«Les chiffres du bureau international du travail et de l'Insee reflètent davantage la réalité économique et celle du chômage dans le pays»
François Rebsamen, ex-ministre du Travail


Cette interview d'un proche parmi les proches du président, très critique sur la loi Travail portée par Myriam El Khomri juste avant son examen devant la commission des Affaires sociales, a été vue par certains comme la preuve du changement de stratégie de l'exécutif en vue de la présidentielle. En distillant l'idée que les chiffres Pôle emploi, la boussole du chef de l'État et du gouvernement sur le chômage depuis le début du quinquennat, ne sont pas fiables, les mêmes préparent les esprits des Français pour la campagne qui va s'ouvrir. «Rebsamen a agi en poisson pilote, croit savoir un expert. Sa sortie, même si elle a énervé le premier ministre, n'était pas due au hasard et vise à retourner l'opinion en cassant le thermomètre traditionnel du chômage en France».

Une stratégie osée tant il va être dur de faire croire le contraire aux Français, notamment vu les sondages qui donnent Hollande perdant dans tous les cas de figure au premier tour de l'élection. Et ce d'autant que, fiables ou pas, les chiffres de Pôle emploi sont irréversibles: +723.300 chômeurs de plus en catégorie A en France entière depuis mai 2012 et 9 baisses seulement en 46 mois. Petite consolation: depuis le retraitement des séries de 2015 intervenu en janvier dernier, il apparaît que le nombre de chômeurs a baissé deux mois d'affilée en juin et juillet de l'année dernière (de 3600 sur les deux mois). Un phénomène qui n'était pas arrivé depuis... février 2008.


Marc Landré



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