Et si les fonctionnaires cotisaient à l'assurance-chômage?

Manuel Valls a réclamé depuis Davos une "réforme ambitieuse" des règles d'indemnisation des chômeurs alors que la dette de l'Unédic atteindra 30 milliards en fin d'année. Et pourquoi pas faire cotiser les fonctionnaires? Ambitieux, Monsieur le Premier ministre?

Après François Hollande lors de ses voeux aux partenaires sociaux, le 18 janvier, c'est au tour de Manuel Valls d'évoquer l'indemnisation des chômeurs.

Depuis le Forum de Davos, le Premier ministre a réclamé un bouleversement de cette indemnisation à quelques jours de l'ouverture des négociations entre patronat et syndicats sur la nouvelle convention Unedic qui doit s'appliquer à partir du 1er juillet prochain.

800 millions d'économies

"Si nous voulons favoriser le retour à l'emploi, il faut que la réforme de l'assurance-chômage soit particulièrement ambitieuse", a ajouté Manuel Valls. Il aurait pu dire également que le gouvernement escomptait 800 millions d'économies annuelles sur les dépenses d'indemnisation pour boucler son plan d'économies de 50 milliards.

Or, à ce jour, l'Unedic perd 4 milliards par an et sa dette atteindra 30 milliards en fin d'année. Intenable.

Mais à quoi pensait le Premier ministre en parlant de "réforme ambitieuse"? Sans doute à la dégressivité des allocations-chômage en fonction de la durée d'indemnisation (actuellement 24 mois maximum pour les moins de 50 ans). Une solution que soutient d'ailleurs le Medef.

5,2 millions de cotisants en plus?

Mais quitte à vraiment réformer l'Unedic pour la sauver de la faillite, pourquoi Manuel Valls ne propose-t-il pas une solution radicale: faire cotiser les 5,2 millions de fonctionnaires et leurs employeurs, c'est à dire l'État, les hôpitaux et les collectivités locales, à l'assurance-chômage? C'est ce que devrait d'ailleurs proposer la CGPME lors la prochaine négociation sur la nouvelle convention.

Le Medef est moins catégorique, ou plus réaliste. Il propose simplement d'obliger le secteur public à cotiser pour ses contractuels. Ceux-ci sont quand même près d'un million sur plus de cinq millions d'agents publics. Aujourd'hui, seuls quelques établissements publics cotisent volontairement pour leurs contractuels.

Solidarité nationale

Certes, par définition, les fonctionnaires ne sont pas concernés par l'indemnisation du chômage puisqu'ils ont la garantie de l'emploi à vie. Du moins jusqu'à présent, puisque les candidats de droite à l'Élysée proposent de revenir sur ce statut pour les nouveaux embauchés.

C'est donc au titre de la solidarité nationale, pour compenser cette sécurité de l'emploi, qu'ils pourraient être amenés à cotiser comme le font les salariés du privé.

En fait, il est faux de dire que les fonctionnaires ne participent pas du tout à l'indemnisation des chômeurs. Les agents publics dont le traitement est supérieur à 1.400 euros nets acquittent une "contribution exceptionnelle" de 1% qui alimente le fonds d'État versant l'Allocation spécifique de solidarité (ASS) aux chômeurs non-indemnisés ou qui ont atteint la limite de leur indemnisation.

Faut-il aller plus loin? La question est posée mais la réponse de Manuel Valls ne fait pas de doute: on imagine qu'à la veille de la présidentielle et au moment où il tente de récupérer l'électorat des fonctionnaires en accordant une hausse de salaires, l'exécutif ne va pas braquer ses agents en augmentant leurs cotisations. Même pour un bon motif.


Patrick Coquidé



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