Chômage : la manipulation de François Hollande

Il reste moins d'un an au président de la République pour inverser la courbe et dégager la route vers une candidature en 2017.

Satanée courbe du chômage. Trois ans déjà que François Hollande a annoncé son inversion, trois ans déjà qu'elle ne cesse de grimper. Pour avoir lié son sort à cette promesse, le président de la République se retrouve contraint de la voir se réaliser cette année. Selon ses propres mots, prononcés en juillet 2015, c'est «tout au long de l'année 2016» que la baisse du chômage doit se poursuivre pour apparaître «durable et crédible». «S'il n'y a pas de résultat, il ne peut pas y avoir de crédibilité sur une candidature», avait-il alors ajouté.

D'où la priorité mise une nouvelle fois par le chef de l'État sur la lutte contre le chômage, portée à un égal niveau d'importance que la lutte contre le terrorisme. Dans son discours de vœux au gouvernement, François Hollande s'est réjoui de la croissance enregistrée par la France l'année dernière mais a aussi mis en garde: «Le rythme est bien sûr insuffisant pour faire durablement baisser le chômage.» Même si la croissance s'annonce plus élevée pour 2016 avec des prévisions de 1,5 %, le compte n'y sera pas. Pour l'atteindre, François Hollande a demandé au gouvernement de travailler sur un plan de formation de 500.000 chômeurs, d'élargir «autant qu'il sera possible» le recours à l'apprentissage, d'élaborer «un dispositif exceptionnel, c'est-à-dire pour un temps limité, destiné à inciter à l'embauche dans les PME». C'est son va-tout, sa dernière chance d'obtenir les résultats qui lèveront l'hypothèque sur une nouvelle candidature de sa part.

Le président de la République détaillera ces mesures le 18 janvier prochain à l'occasion de son discours de vœux aux partenaires sociaux dans l'enceinte du Conseil économique, social et environnemental. Mais le patronat a d'ores et déjà fait part de ses doutes sur l'efficacité de ses propositions. Notamment parce qu'elles ne s'attaquent pas, selon Pierre Gattaz, aux racines du mal: le coût du travail. «En France, depuis trente ans, on ne règle pas les problèmes, mais on crée des antipoisons parce qu'on n'a pas le courage de régler les vrais problèmes», a déploré le patron des patrons en plaidant une nouvelle fois pour une baisse des dépenses publiques et en déplorant une fiscalité «trop élevée».

Et quand bien même François Hollande obtiendrait-il des résultats avec ses mesures que, dans l'opposition comme dans son propre camp, on ne tarderait pas à lui reprocher de ne pas les avoir prises plus tôt. Quatre ans après son arrivée au pouvoir, le manque d'efficacité de la politique de François Hollande contre le chômage s'est profondément ancré dans l'opinion. Si les Français saluent son action contre le terrorisme, ils sanctionnent en revanche son incapacité à faire redémarrer l'économie française.

Conjugués à la polémique sur la déchéance de nationalité qui déchire la gauche PS, ces doutes sur François Hollande contribuent à motiver ceux qui, au PS, demandent à échéances régulières l'organisation d'une primaire pour désigner le candidat de 2017. Le secrétaire d'État aux Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, a eu beau essayer de doucher leurs espoirs en leur conseillant d'aller «consulter», l'exécutif n'en a pas fini non plus avec ce débat.

Jusqu'alors, il était surtout relancé par des personnalités issues des rangs des frondeurs. Désormais, il s'étend à des socialistes modérés mais déroutés par les dernières orientations de François Hollande, notamment en matière de sécurité. Une primaire? «On n'échappera pas à cette question. C'est le seul moyen de réorganiser la gauche», faisait valoir le week-end dernier dansLe Parisien le député d'Indre-et-Loire Jean-Patrick Gille. Pour y couper, François Hollande ne dispose que d'une seule échappatoire: pouvoir afficher très vite une baisse du chômage. Le compte à rebours est lancé.


François-Xavier Bourmaud


Politique de gribouille

L'éditorial de Gaëtan de Capèle François Hollande, qui a lié son destin présidentiel à la désormais fameuse «inversion de la courbe», peut-il gagner son autre guerre, celle contre le chômage? À en juger par son plan de bataille, il est permis d'en douter fortement. Si l'envoi massif de chômeurs en formation permettait de créer des emplois pérennes, cela se saurait. C'est pourtant cette vieille recette que le chef de l'État a choisi d'exhumer, non sans arrière-pensée: à défaut de résultats probants, elle aura au moins la vertu de tordre avantageusement les données du chômage.

Ces petits comptes d'apothicaire ne font évidemment pas une politique digne de ce nom face à «l'état d'urgence ...

Cet article a été publié dans l'édition du Figaro du 05/01/2016 .

 FIGARO VOX | VOX ECONOMIE | Par Gaëtan De Capèle Publié le 04/01/2016




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