Cinq propositions pour réduire le chômage des jeunes

Lors d’un débat intitulé « Ouvrons le marché du travail à la jeunesse », organisé, lundi 23 novembre, par le Cercle des économistes en partenariat avec « Le Monde », douze experts ont esquissé des pistes pour répondre au chômage des jeunes, à la fois en agissant en amont, sur la formation, et concernant leur insertion sur le marché du travail. Voici cinq idées-forces.

« Encourager la création d’entreprises par les jeunes »

Michel Rousseau, économiste et président de la fondation Concorde, un groupe de réflexion qui traite de sujets autour de la compétitivité des entreprises et de la création d’emploi.

« Le problème de l’insertion des jeunes est avant tout un problème d’emploi. Il faut alléger la fiscalité des entreprises pour rendre les entrepreneurs plus heureux et ainsi favoriser la création d’emplois. Plutôt que de laisser les jeunes aux portes des entreprises, il vaut mieux les encourager à créer leur propre emploi, même s’il est vrai que le non-salariat implique une certaine précarité. »

« Favoriser la mobilité des salariés présents dans l’entreprise »

Xavier Ragot, chercheur au CNRS, professeur associé à l’Ecole d’économie de Paris et président de l’Observatoire français des conjonctures économiques.

« Le taux de chômage des jeunes est d’environ 20 %, contre environ 10 % pour le reste de la population active. Pendant les périodes de reprise d’activité économique, ces taux se rapprochent. Le problème de l’insertion des jeunes ne vient pas de leur âge mais du fait qu’ils soient entrants dans l’entreprise, un flux très limité à cause du manque de mobilité des salariés déjà insérés. De plus, en phase de crise économique, ce sont les profils à la marge qui sont le plus touchés. Le chômage des jeunes est le symptôme d’un ensemble de problèmes. »

« Adapter le système éducatif aux évolutions de la société »

Natacha Valla, directrice adjointe du Centre d’études prospectives et d’informations internationales et responsable du programme « Macroéconomie et finance internationales ».

« La France a beaucoup d’atouts : sa productivité, le bien-être de ses salariés ou encore le taux d’activité des 25-50 ans sont parmi les meilleurs d’Europe. Le problème est que nous avons un niveau d’éducation très élevé mais très inégal, marqué par un déterminisme social très important. Nous sommes capables de former des élites très compétitives et très recherchées dans le monde de l’entreprise et en même temps nous laissons de nombreux jeunes sans diplôme. Il faut adapter le système éducatif aux évolutions de la société et outiller ces jeunes non-qualifiés pour qu’ils aient quelque chose à proposer sur le marché du travail. »

« Mettre fin à la politique d’austérité et investir dans la formation »

Anne Eydoux, chercheuse au Centre d’études de l’emploi et membre des Economistes atterrés, une association qui défend le pouvoir de la politique économique face aux exigences des marchés financiers.

« La politique menée au nom de la lutte contre le chômage des jeunes ne sert qu’à légitimer des réformes du code du travail et n’a eu pour effet que de les précariser et de les marginaliser davantage. Parmi les actifs, un jeune sur trois est en contrat aidé, un chiffre qui monte à un jeune sur deux pour les non-diplômés. Il s’agit d’une “institutionnalisation du précariat juvénile”, pour reprendre l’expression du sociologue Robert Castel. Il faut mettre fin à la politique d’austérité européenne, qui ralentit la croissance et généralise le moins-disant social. Il faut aussi investir dans la formation et créer des emplois en lien avec des enjeux de société comme le vieillissement ou le développement durable, qui absorberaient la jeunesse pour en faire le moteur du changement. »

« Assurer un accès au logement et à la santé pour permettre la recherche d’emploi »

Jean Grosset, membre de la fondation Jean Jaurès, fondée en 1992 par Pierre Mauroy et proche du Parti socialiste.

« De nombreuses études montrent l’importance de l’accompagnement des jeunes pour trouver un emploi. La “garantie jeunes” [un dispositif mis en place par le gouvernement qui octroie une allocation aux 18-26 ans s’ils recherchent activement un emploi] est un pis-aller, mais il est tout de même plus facile de trouver un emploi quand on peut se loger et se soigner. C’est la base. Ensuite, il faut inclure systématiquement un volet sur les jeunes à chaque négociation entre partenaires sociaux. Nous pouvons changer les choses sans toucher au code du travail. »


Laura Buratti



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