Les robots vont-ils nous mettre tous au chômage ?

Les robots, qui ont déjà supprimé des emplois dans les usines et les services, pourraient bientôt remplacer certaines professions intellectuelles. Mais ils vont aussi créer de nouveaux métiers.

Ce Watson est un drôle de docteur. Il ne porte ni blouse blanche ni stéthoscope… et n’a rien d’élémentaire. Et pour cause : Watson est un logiciel, inventé pour assister des médecins. Une fois entrés les différents symptômes dont souffre un patient, il consulte une base de données et délivre un diagnostic, assez fin pour déceler des maladies rares. Évidemment, ce logiciel, développé par IBM, ne remplacera jamais un médecin. Mais la généralisation de ce type de robots pourrait, à terme, menacer d’autres métiers médicaux.

Au cours du XXe siècle, les robots ont souvent remplacé les ouvriers dans leurs tâches les plus répétitives. Conséquence des progrès de l’intelligence artificielle, ils se sont aussi multipliés dans l’univers des services. Dans les CHU de Nantes ou de Nancy, des robots «coursiers» sont par exemple capables de livrer des médicaments, du linge ou des appareils d’analyse. Dans les supermarchés, l’usage de caisses automatiques est également intégré par la plupart des consommateurs.

Des ateliers où ils ont longtemps été cantonnés, les robots sont sortis jusque dans les champs. La société toulousaine Naïo Technologies a déjà vendu une trentaine d’exemplaires d’Oz, son petit robot maraîcher, conçu pour désherber sans tasser la terre.

À 20 000 € pièce, l’investissement est lourd, mais d’après le cofondateur de Naïo Technologies, Gaëtan Savérac, l’usage d’Oz permet de «relocaliser de la valeur» dans une filière – le maraîchage – menacée par les importations. «La plupart de nos clients sont en bio et en circuit court, explique le jeune roboticien. Ils sont débordés. L’utilisation du robot leur permet donc de se concentrer sur d’autres tâches, à plus haute valeur ajoutée.»

De la science-fiction à la réalité, de R2D2, personnage à part entière de la saga Star Wars, à Watson, les robots fascinent. Mais ils suscitent aussi des craintes. Certes, ils permettent d’augmenter la productivité des entreprises, mais ne risquent-ils pas, à terme, de mettre les salariés au chômage ? Les métiers de manutentionnaire, d’aide-soignant, voire même, à l’heure du développement des voitures autonomes, de chauffeur, seront-ils bientôt dépassés, à l’image hier, de ceux de conducteur de fiacre, de faucheur ou de «demoiselle du téléphone» ?

Un rapport publié en octobre 2014 par le cabinet Roland-Berger va dans ce sens. Il estime à 3 millions le nombre d’emplois menacés par l’automatisation des tâches en France d’ici à 2025. Et pointe que les métiers manuels ne sont plus les seuls concernés.

À l’image de Watson, les robots ont troqué leurs engrenages pour des lignes de code. La montée en puissance des intelligences artificielles pourrait bientôt entraîner également l’automatisation des tâches intellectuelles répétitives, et donc supprimer de nouveaux emplois, cette fois-ci qualifiés. Pour les auteurs du rapport, 42 % des métiers actuels présenteraient une probabilité d’automatisation forte. Et de citer comme exemples celui de courtier en assurances, d’assistant juridique, de journaliste… tous potentiellement remplaçables, au moins pour une partie de leur tâche, par des programmes informatiques.

En prenant un peu de recul, les chiffres avancés semblent toutefois un peu alarmistes. «Il s’agit là d’une perte “brute”, qui ne prend pas en compte l’émergence de nouvelles activités et de nouveaux métiers, non plus que l’effet retour en lien avec les gains de productivité», reconnaissent un peu plus loin dans leur rapport les experts du cabinet Roland-Berger.

Car si aucune étude ne se risque aujourd’hui à le mesurer, la robotisation présente un potentiel important de création d’emplois. Dans l’ingénierie et l’informatique, mais aussi dans la manipulation et la maintenance de ces nouvelles machines.

En outre, certaines de ces machines sont en réalité des robots d’assistance – également appelés «cobots» par contraction de «coopération» et de «robots» – qui n’ont pas vocation à remplacer l’homme, mais à l’aider dans certaines de ses tâches. À l’image de Watson, d’Oz ou de Nao, petit robot humanoïde de 58 centimètres de haut, conçu par l’entreprise Aldebaran, véritable pépite française de la robotique et qui emploie 550 personnes à Paris.

Source de gains de productivité, la «robolution» n’a donc pas comme unique effet le chômage technologique craint par le cabinet Roland-Berger. Mais elle va transformer en profondeur la structure du monde du travail, car pour faire face, les métiers menacés par l’automatisation n’ont d’autre choix que de monter en gamme.

Pour éviter, dans le secteur des services, la casse provoquée par la désindustrialisation, le changement doit être accompagné par les pouvoirs publics, juge ­Fabien Bardinet, cofondateur d’Aldebaran et PDG de Balyo, une société francilienne qui conçoit des chariots automatiques. «Bientôt, 15 % des flux logistiques seront gérés par des machines autonomes», estime-t-il. Dans ce secteur comme dans d’autres, «il y aura bientôt moins d’emplois peu qualifiés, c’est inéluctable, juge le dirigeant. Il faut absolument davantage former les opérateurs, il faut que l’État en prenne conscience».

«Comme tous les outils, les robots suppriment de l’emploi, ajoute Gaëtan ­Séverac, de Naïo Technologies. Mais la vraie question que pose leur développement, c’est celle de la redistribution de la valeur.»

En effet, si l’action d’un robot comme Oz a pour effet de remplacer des employés, les entreprises reversent moins de salaires et de cotisations sociales.

Faut-il alors taxer les robots ? «Pourquoi pas, répond Gaëtan Savérac. Mais si on raisonne plus largement, ce sont les progrès du numérique qui ont des conséquences sur l’emploi. Si on taxe les robots, pourquoi alors ne pas aussi taxer Internet ?»



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