Chômage : sans volonté politique, la baisse relève de la divination

FIGAROVOX/ANALYSE - Alors que le taux de chômage vient de marquer nouvelle une nouvelle augmentation, Robin Rivaton s'interroge sur la réelle ambition du projet présidentiel d'en «inverser la courbe».


Robin Rivaton est économiste, essayiste, membre du conseil scientifique de la Fondapol, et auteur de La France est prête (Les Belles Lettres, 2 octobre 2014).


L'UNEDIC, association chargée de la gestion de l'assurance chômage par délégation de l'Etat, vient de publier ses prévisions d'évolutions des deux grands indicateurs du chômage pour les années 2015 et 2016. La hausse continue du nombre de demandeurs d'emplois sans activité inscrits dans les registres devrait cesser d'ici la fin d'année, représentant toutefois une augmentation de 62 000 personnes sur l'année 2015, soit trois fois moins qu'en 2014.

En 2016, l'horizon s'éclaircirait avec 51 000 chômeurs en moins, première année de baisse depuis 2007 quand, lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre déclarait «Il n'existe (...) pas plus de fatalité du chômage de masse aujourd'hui qu'il n'en existait pour l'inflation hier. Mon gouvernement se fixe ainsi pour objectif un taux de chômage de 5 % à la fin du quinquennat.» Cette baisse serait également vrai pour le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT), celui-ci passant de 10,4% à 9,7% fin 2016.

La nouvelle est d'importance car si elle se réalise, elle coche l'une des conditions posées par le Président de la République pour pouvoir prétendre à concourir à la prochaine élection présidentielle de 2017, la fameuse inversion de la courbe.


François Hollande est-il pour autant en train de réussir son pari ? Le simple mot de «pari» est déjà insultant. On pourrait attendre qu'un Président de la République disposant de l'ensemble des outils de prévision et de tous les leviers économiques n'en soit pas réduit à faire un «pari» mais soit capable de fixer un cap assuré de baisse du chômage.


François Hollande est-il pour autant en train de réussir son pari? Le simple mot de pari est déjà insultant. On pourrait attendre qu'un Président de la République disposant de l'ensemble des outils de prévision et de tous les leviers économiques n'en soit pas réduit à faire un «pari» mais soit capable de fixer un cap assuré de baisse du chômage. Si l'objectif de retournement a été continuellement décalé au fil des mois et des années, c'est parce que la politique économique mise en œuvre n'a pas fonctionné. Le crédit d'impôt compétitivité-emploi (CICE) et le pacte de responsabilité et de solidarité ont eu un impact sur la marge des entreprises mais la complexité administrative du dispositif comme une communication à rebours sur le compte pénibilité ou la limitation des contrats à temps partiels ont dangereusement altéré la confiance des chefs d'entreprises.

Se pose la question même de l'ambition de ce «pari». 51 000 chômeurs en moins sur 3 600 000, l'évolution est infinitésimale. En outre, la prévision 2016 de l'Unedic s'inscrit en baisse de 25% par rapport à son estimation de juin. La conjonction exceptionnelle des astres du début de l'année 2015, euro faible par rapport au dollar, recul du prix du pétrole, baisse des taux d'intérêt et du coût du crédit, est déjà passée sans que nous en profitions à l'inverse de nos voisins européens. En prenant les statistiques européennes du chômage, sur les douze derniers mois, le nombre de demandeurs d'emplois a diminué de 162 000 en Italie, 195 000 en Allemagne, 263 000 en Pologne, 437 000 en Espagne alors qu'il a augmenté de 148 000 en France.

Enfin, plutôt que se satisfaire d'une quelconque inversion, ne vaudrait-il pas mieux de donner un objectif chiffré sur le niveau de travail nécessaire pour que ce pays puisse financer son modèle social? Car le chômage n'est qu'une facette du problème français, aux côtés des départs à la retraite trop précoces, d'une trop faible participation des jeunes au marché du travail, d'un temps de travail hebdomadaire faible et d'un nombre de jours travaillés réduits. Il ne faut pas oublier que le temps de travail par Français âgé entre 18 et 64 ans est de 902 heures par an contre 1 002 heures en Allemagne quand elle tutoie les 1 123 de l'autre côté de la Manche. D'ailleurs, la dette du régime d'assurance-chômage devrait continuer à se creuser en 2016 pour atteindre 29,4 milliards d'euros.

Le point commun de tous les pays européens qui sont parvenus à faire baisser leur chômage dans des proportions conséquentes ces dernières années est d'avoir mené une réforme d'ampleur du marché du travail. Les ressorts de celle-ci en France sont connus, négociation au niveau de l'entreprise, liberté de négocier sur la durée du travail et la rémunération, simplification du Code du travail, sécurisation et plafonnement de l'indemnisation en cas de licenciement. Encore faut-il vouloir faire baisser le chômage et ne pas seulement faire un «pari».


FIGARO VOX | Par Robin Rivaton


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