En France, l'assurance chômage favorise l'emploi instable (étude)

En France, l'assurance chômage "favorise le développement des emplois instables", selon une note publiée mercredi par le Conseil d'analyse économique (CAE), organisme d'expertise placé auprès de Matignon, qui propose notamment un système de bonus-malus pour faire payer les entreprises qui coûtent cher au régime.

Les deux auteurs, les économistes Pierre Cahuc et Corinne Prost, partent du constat que "les embauches sur des contrats de très courte durée ont fortement augmenté depuis le début des années 2000": +146% en 14 ans pour les CDD de moins d'un mois.

Pour M. Cahuc, interrogé par l'AFP, "cette explosion est vraisemblablement très liée aux règles d'indemnisation chômage".

"Deux caractéristiques de l'assurance chômage favorisent le développement des emplois instables", selon la note.

La première: "le dispositif d'activité réduite, qui permet de cumuler revenu d'activité et allocation chômage", pour que les chômeurs n'aient pas de perte de revenu lorsqu'ils reprennent des contrats courts. 1,2 million d'allocataires par mois en bénéficiaient en 2013, contre 470.000 en 1995.

Mais selon l'étude, le mécanisme est mal calibré: pour un même salaire mensuel, un salarié bénéficie d'une allocation deux fois supérieure s'il travaille à temps plein pendant 15 jours que s'il travaille à mi-temps pendant tout le mois.

"Le système incite à reprendre des activités fractionnées pour allonger indéfiniment la durée d'indemnisation, pas à sortir plus vite du chômage", estime Pierre Cahuc.

Les auteurs préconisent de rendre les allocations "moins généreuses pour les contrats courts", en changeant de mode de calcul. Celui-ci ne se baserait plus sur le "salaire journalier moyen" des périodes travaillées, mais sur le "revenu moyen mensuel", ce qui reviendrait à prendre en compte les périodes chômées.

En complément, ils recommandent de "rendre le cumul allocation chômage et salaire plus rémunérateur".

La note pointe du doigt un deuxième défaut: "Les entreprises ne sont pas incitées à prendre en compte le coût qu'elles font peser sur les comptes de l'assurance chômage lorsqu'elles ont fréquemment recours aux contrats très courts".

"Une partie croissante d'entreprises s'appuient sur l'assurance chômage pour donner des complètements de salaires aux salariés lorsqu'ils ne sont pas dans l'entreprise, sachant qu'ils sont réembauchés systématiquement", explique Pierre Cahuc.


jah/jg/pb



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