Les poussins et le renard

EDITORIAUX

Par Jean-Francis Pecresse

A elle seule, la vertigineuse ascension du chômage en avril devrait suffire à convaincre la ministre de l'Artisanat, Sylvia Pinel, qu'il est inopportun de toucher à un seul cheveu des autoentrepreneurs, ces 900.000 Français ayant créé leur petite affaire, que ce soit pour compléter leur salaire, pour rebondir après avoir perdu leur emploi ou pour se mettre le pied à l'étrier. Quand 40.000 demandeurs d'emploi viennent en un mois rejoindre les rangs de Pôle emploi et que le nombre des embauches plonge, ce n'est tout simplement pas le moment de se priver de cet instrument de création d'entreprise à moindres frais. Dans sa « boîte à outils », François Hollande devrait se féliciter, après l'avoir dénigré, de trouver cette autoentreprise laissée par son prédécesseur sur une idée du libéral Hervé Novelli.

Elle n'est pas moins efficace et bien moins onéreuse que le contrat d'avenir ou de génération, grands consommateurs d'argent public, qui détruisent plus d'emplois à terme qu'ils n'en créent en urgence. L'accentuation de la crise devrait suffire à plaider pour ce régime allégé de microentrepreneur sans que, de Bercy, Pierre Moscovici et Fleur Pellerin aient besoin de monter au créneau auprès de Matignon et de l'Elysée. Ou sans que, à l'image de leurs aînés les « pigeons », les « poussins », défenseurs autoproclamés de l'autoentreprise, aient besoin de se mettre en ordre de bataille.

Cependant, indépendamment même du contexte économique, le gouvernement commettrait une erreur de principe en cherchant, par exemple en limitant la durée ou le chiffre d'affaires, à faire entrer le régime de l'autoentrepreneur dans le droit commun. C'est le contraire qu'il convient de faire si l'on veut en faire un levier de croissance, aussi modeste soit-il. Les artisans se plaignent-ils, à juste titre, d'être mis à rude concurrence parce que eux subissent plus d'obligations, de normes, de charges et d'impôts ? Alors, c'est le statut contraignant de l'artisan qu'il faut rapprocher de celui, simplifié, de l'autoentrepreneur. Et non l'inverse. Au lieu de cela, l'Etat n'a de cesse de mettre des boulets aux pieds des autoentrepreneurs. Voilà ces derniers tenus de déclarer leurs revenus, même lorsqu'ils n'en ont pas, et déjà obligés, lorsqu'ils gagnent un peu, de payer plus de cotisations qu'avant ! Voici, aussi, que le gouvernement envisage d'exiger d'eux certificats, assurances, justificatifs, toutes ces formalités qui découragent les meilleures volontés. Au lieu de les prendre pour des proies, l'Etat « renard » devrait prendre ces « poussins » pour des modèles. Même l'Inspection générale des finances, que l'on n'attendait pas si complaisante à l'égard de cette créature hors norme, a récemment recommandé de la laisser vivre telle quelle. Un mois après le discours proentreprise de François Hollande aux Assises de l'entrepreneuriat, c'est la cohérence de la ligne présidentielle qui est, de nouveau, en jeu.

Écrit par Jean-Francis PECRESSE
Editorialiste
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