"Il ne s’agit pas d’inverser la courbe du chômage mais de diminuer le nombre de chômeurs"

Invité ce matin sur les ondes d'Europe 1, François Rebsamen, ministre du Travail, a fait tout son possible pour ne pas avoir à commenter les chiffres du chômage. Résultat des courses : on sent surtout que "Rebs" ne rêve plus que d'une chose, partir loin, très loin, de cette satanée courbe du chômage qui lui colle aux basques.

« Putain, encore deux ans ! », doit se répéter inlassablement, François Rebsamen. Lui qui se rêvait en premier flic de France s’est décidemment fait joué un sale tour par son ami François Hollande. Placé au ministère du Travail, « Rebs » est devenu cet oiseau de mauvais augure pour les Français, obligé de venir leur annoncer les mauvais chiffres du chômage chaque mois, tout en essayant de les convaincre que, tout compte fait, ils ne sont pas si mal que ça.

François Rebsamen :"Il faut se poser la... par Europe1fr


Invité ce matin d’Europe 1, Rebsamen a dû de nouveau se soumettre à l’exercice. Et à la question fatidique et désormais traditionnelle sur « François Hollande a dit qu'il ne se représentera pas sans inverser la courbe du chômage, vous êtes en quelque sorte son dernier espoir ? », Rebsamen a d'abord répondu par un long soupir qui en dit long sur son enthousiasme actuel. Puis, sans rire, le même a articulé cette phrase : « Non, non, parce qu’il ne s’agit pas d’inverser la courbe du chômage. Il faut faire diminuer le nombre de chômeurs, c’est ce qui pèse sur le moral des français. » Une réponse de Normand de la part d'un Bourguignon, c'est rare... On ne comprend pas trop où il veut en venir. Cherche-t-il à nous expliquer, à juste titre, que la réélection d'Hollande est secondaire par rapport au sort des chômeurs ?

Et d’embrayer vite, très vite, pour éviter d’avoir à annoncer les chiffres du chômage : « Là, j’ai des bonnes nouvelles qui vont être publiées dans la journée (…) Au deuxième trimestre, les déclarations d’embauches ont augmenté de 1,2 %. Elles avaient augmenté de 1,9 % au premier trimestre et il y a un dynamisme des déclarations d’embauches en CDI. On crée de l’emploi dans ce pays, il ne faut pas qu’on croit qu’on détruit de l’emploi ».

Ah bon ? Donc s'il y a un tel « dynamisme », le chômage devrait donc se résorber rapidement… Eh bien non, puisque le ministre du Travail doit faire face à un autre « dynamisme » qui annule l'opération : « On a un tel dynamisme démographique qu’il faut créer suffisamment d’emplois pour faire reculer le chômage. On crée de l’emploi mais on n'en crée pas encore assez pour faire reculer le chômage. » Donc le chômage ne recule pas, si on le suit bien… Oui, mais non, car nous dit-il, « à la fin de l’année, sur la base des prévisions, moi je suis obligé de me baser sur les prévisions, à cet instant, sur la base des prévisions de croissance à 1,2 %, on aura stabilisé le nombre de demandeurs d’emplois... » Et d’ajouter, dans un murmure, « ... et il baissera début de l’année prochaine, fin de l’année. »

Résultat : on ne comprend plus rien et on sent que pour Rebsamen, les vacances sont proches et qu’il n’a qu’une envie, c’est de partir loin, très loin de toutes ces données statistiques et de cette courbe qui ne veut décidémment pas se retourner. Surtout, il est bien décidé à ne pas avoir à commenter ces satanés chiffres du chômage. Car face à l’insistance du journaliste qui le questionne de nouveaux sur les chiffres que Pôle emploi s’apprête à publier, notre ministre du Travail botte carrément en touche : « Cet outil statistique qui est donc composé des chiffres publiés suite à Pôle emploi… heu... suite au recensement de Pôle emploi, ne constitue pas pour moi un outil statistique le plus fiable et je préfère les statistiques du BIT (le Bureau international du travail, ndlr) ou de l’Insee (l'Institut national de la statistique et des études économiques, ndlr) ». Pratique, puisque les chiffres fournis pas l’Insee sont toujours beaucoup moins catastrophiques que ceux délivrés par Pôle emploi. Et de conclure « Je ne fais pas de pari sur les chiffres du chômage, j’agis pour qu’ils baissent ».


Bruno Rieth



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