Chômage : la communication à l'estomac

Le gouvernement se surpasse dans la mauvaise foi. L'augmentation du chômage ? Le signe d'une "amélioration progressive de l'emploi", selon Rebsamen.

Toujours créatif quand il s’agit de commenter favorablement, mois après mois, les statistiques toujours plus déprimantes du chômage, le ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social s’est surpassé mercredi 24 juin.

François Rebsamen lance, tout d’abord, un épais nuage de fumée. Si les chiffres sont mauvais, annonce un communiqué à la limite du compréhensible, c’est parce que les demandeurs d’emploi qui avaient omis de confirmer leur inscription ont été relancés plusieurs fois par Pôle emploi. Beaucoup ont régularisé leur situation, évitant ainsi d’être radiés. « Il en a résulté, assure le ministère, une chute des sorties de Pôle emploi pour défaut d’actualisation. » Certes, mais il s’agit de vrais chômeurs, pas d’une erreur statistique. Et ceux qui appartiennent à la catégorie A, privés de tout emploi, sont 16 200 de plus qu’en avril 2015. Soit une augmentation de 0,5 % en un mois et de 5 % en un an.

10 000 chômeurs de plus

Le ministre tente, ensuite, de corriger cette anomalie qui n’en est pas une en minorant cette nouvelle hausse. Si les inscrits avaient été aussi nombreux que d’habitude à oublier de se signaler, et donc à être radiés, leur accroissement entre avril et mai atteindrait « seulement » 7 000 à 10 000 personnes. Encore une fois, les 6 200 à 9 200 chômeurs que le ministère se refuse à comptabiliser existent bel et bien, et ne sont nullement le fruit d’un mauvais calcul.

Mais le plus stupéfiant est encore à venir : « Cette évolution, hasarde le ministère, aurait ainsi reflété la tendance mieux orientée de l’économie et l’amélioration progressive de l’emploi. » Il faut lire cette phrase avec attention pour être sûr d’avoir bien compris : 10 000 chômeurs de plus, c’est une bonne nouvelle ! Sans compter qu’il semble plus raisonnable, pour un gouvernement, de s’intéresser à ce qui est plutôt qu’à ce qui aurait pu être si les inscrits à Pôle emploi avaient été plus oublieux…

L ’ art de transformer les mauvaises nouvelles …

Ces résultats, en vérité, sont extrêmement mauvais, bien plus que ce qu’anticipaient la plupart des experts. Car le nombre d’inscrits à Pôle emploi qui exercent une activité réduite a lui aussi augmenté durant le mois dernier, de 0,6 % pour la catégorie B, de 4,4 % pour la catégorie C. François Rebsamen, lui, peaufine mois après mois l’art de transformer une mauvaise nouvelle en bon point, en message d’espoir.

Pour se donner du coeur à l’ouvrage, et il en faut dans son cas, il souligne que l’intérim a commencé à se redresser. En effet, pour le cinquième mois consécutif, ce secteur qui avait perdu 70 000 emplois progresse et en a regagné 20 000 depuis le début de l’année. Or, il s’agit habituellement d’un indicateur avancé, qui annonce une reprise globale de l’emploi dans les 4 à 6 mois qui suivent. Une question, toutefois, commence à tarauder les esprits rompus à ces sujets : et si l’intérim devenait, au contraire, une sorte de recours pour les entreprises qui ne croient pas suffisamment à l’avenir pour procéder à de vraies embauches ?

La seule bonne nouvelle véritable, pour François Rebsamen, c’est qu’il vient de s’accorder un nouveau répit, en prédisant une inversion de la courbe pour la fin de cette année. Le nouveau compte à rebours a commencé…


SOPHIE COIGNARD


A LIRE AUSSI : 

>> François Rebsamen, l'oiseau de mauvais augure | Marianne - Alexandre Coste | mercredi 24 juin 2015


Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir