Le Waterloo du chômage

Un autre Waterloo se joue tous les jours devant nous, une défaite sociale et politique qui a pour nom chômage.

Il y a exactement deux siècles, le 18 juin 1815, la bataille de Waterloo marquait la fin de l’épopée napoléonienne. Désastre militaire et point final du rêve de grandeur impériale, Waterloo marque aussi le début d’une nouvelle ère pour l’Europe.

Moins spectaculaire et aussi désastreux, un autre Waterloo se joue tous les jours devant nous, une défaite sociale et politique qui a pour nom chômage. Toutes catégories confondues, près de 6 millions de personnes cherchent aujourd’hui un emploi, soit 1 personne sur 6 parmi les Français entre 20 et 64 ans. Avec une durée moyenne au chômage de 548 jours, qui peut encore prétendre que l’emploi est une priorité ? De fait, la France semble s’être résignée à la débâcle et livre des combats d’arrière-garde destinés à ralentir la progression de l’ennemi. Les emplois aidés sont un palliatif qui ne permet pas la réinsertion durable dans l’emploi, et le CICE ne donnera des résultats qu’à moyen terme. Les ajustements annoncés récemment par le gouvernement, pour bienvenus qu’ils soient, auront un effet diffus. Expérimentons les « armes non conventionnelles » utilisées avec succès par nos voisins. Au-delà de l’indispensable refondation du droit du travail, trois exemples.

Un salaire minimum trop élevé est une rigidité qui freine l’entrée sur le marché du travail. Le bon sens incite à le faire varier en fonction de la qualification, de l’expérience, de la branche professionnelle ou de la région. Aux Pays-Bas, les moins de 22 ans ont un salaire minimum de 28 % inférieur aux autres travailleurs. Résultat : un chômage des jeunes moitié moindre qu’en France.

La faiblesse de l’accompagnement des chômeurs explique une partie non négligeable de l’échec. Mettre Pôle emploi en concurrence avec des agences privées pour conseiller les chômeurs les plus éloignés de l’emploi et payer ces dernières au résultat, comme en Grande-Bretagne, donne des résultats probants (chômage à 5,6 %). Pour parfaire l’édifice, on peut même donner un « chèque insertion » au chômeur, qui choisira lui-même son agence – publique ou privée – en fonction des taux de succès en termes de placement. L’agence ne pourra encaisser le chèque que si le chômeur retrouve un emploi.

La révolution du big data permet de croiser l’offre et la demande avec une pertinence inégalée. Avec 372 000 annonces en ligne, Pôle emploi est à la peine derrière des sites comme JobiJoba, qui agrègent plus d’un million d’offres en provenance de 400 sites différents. A l’instar des Allemands, si le service public de l’emploi utilisait la formidable puissance des algorithmes pour rapprocher les compétences, les centres d’intérêt, les réseaux informels, la localisation, les besoins des entreprises… la recherche d’emploi serait l’occasion d’immerger l’utilisateur dans un « système » infiniment plus riche qu’un simple rendez-vous mensuel avec son conseiller Pôle emploi.

Au moment de conclure, il me revient que nos vainqueurs à Waterloo étaient hollandais, britanniques et prussiens. La lumière aussi peut surgir de la morne plaine.

Frédéric Monlouis-Félicité est délégué général de l’Institut de l’entreprise.


Frederic Monlouis-felicite





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