Le chômage baisse partout, sauf en France.

Allez comprendre : selon l'INSEE, le taux de chômage en France a baissé de 0,1 point à 10,3 % au premier trimestre 2015. Mais, selon Eurostat, le taux de chômage est passé de 10,4 % en octobre 2014 à 10,5 % le mois suivant, niveau encore d'actualité en avril 2015.

De plus, selon les chiffres de pôle emploi, le nombre de chômeurs dans l'Hexagone a atteint un nouveau record historique en avril : + 26 200 demandeurs d'emploi de plus de catégorie A sur un mois; soit 3,536 millions de personnes.

Quant au nombre de chômeurs toutes catégories (de A à E) dans l'ensemble des territoires français, il a flambé de 50 400 personnes sur le seul mois d'avril; soit 6,327 millions de chômeurs.

Compte d'une population active d'environ 29 millions de personnes, cela signifie donc que le vrai taux de chômage français avoisine les 22 % ! C'est-à-dire plus du double du taux de chômage officiel, qu'il soit mesuré par l'INSEE ou par Eurostat.

Chômage en France : une hausse sans fin.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

Mais, peu importe la querelle des chiffres. Le plus important et aussi le plus inquiétant réside dans le fait que la France reste l'un des seuls pays développés où le chômage continue d'augmenter.

En plus du bond impressionnant du mois d'avril, les variations du chômage depuis 2008 donnent le vertige. Depuis février 2008, le nombre de chômeurs de catégorie A en France métropolitaine a ainsi augmenté de 1,556 millions de personnes.

Toutes catégories et sur l'ensemble des territoires français, on recense 2,663 millions de chômeurs supplémentaires depuis mai 2008. Une vraie catastrophe sociale mais aussi humaine lorsque l'on pense à toutes les familles concernées.

Le comparatif avec l'évolution du chômage chez nos principaux partenaires est au moins tout aussi triste.

Chômage : l'exception française.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

Ainsi, le taux de chômage (en données harmonisées par Eurostat) a quasiment retrouvé son niveau d'avant-crise au Royaume-Uni (en l'occurrence près de 5 %) et s'inscrit en nette baisse en Allemagne (à 4,7 % en avril 2015, contre 7,1 % au plus bas de 2008).

Bien loin de ces résultats, le taux de chômage français est passé d'un plancher de 7,1 % en février 2008 à 10,5 % depuis novembre dernier.

Encore plus douloureux : de 2002 à 2008, le taux de chômage français était constamment et parfois largement inférieur à son homologue allemand. En 2005, l'écart avoisinait même les 2 points à l'avantage de la France. Aujourd'hui, l'écart est de quasiment 6 points, mais à l'avantage de l'Allemagne. Et si cette dernière a pu bénéficier d'un effet démographique, celui-ci est au maximum de 1,5 point.

Au total, en une décennie, le différentiel de taux de chômage Allemagne-France est passé de + 2 points à - 6 points, soit un fossé de 8 points au détriment de l'Hexagone.

Les origines principales de ce piètre décalage sont malheureusement simples : des réformes structurelles courageuses outre-Rhin, notamment sur le marché du travail et en termes de fiscalité et d'assainissement budgétaire, alors que, de ce côté-ci du Rhin, l'immobilisme a prévalu partout, sauf en matières de dépenses publiques, qui ont continué d'augmenter, en vain.

Quant aux fameux « working poors » (les travailleurs pauvres) allemands, n'oublions pas qu'il y a au moins autant de pauvres en France (en pourcentage de la population), mais qui, pour l'essentiel, sont par contre sans travail. C'est bien là le drame de notre « douce France » : beaucoup de dépenses publiques, de pression fiscale et de rigidités sur le marché du travail, et en échange peu de croissance et beaucoup de chômage. Avouons qu'il est grand temps que cela change.

Bien entendu, il sera toujours possible de souligner que le taux de chômage est moins élevé en France que dans d'autres pays : 22,7 % en Espagne, 13 % au Portugal ou encore 12,4 % en Italie et même 11,1 % pour l'ensemble de la zone euro, sans oublier les 25 % de la Grèce.

Mais là aussi, c'est le sens de la pente qui inquiète le plus. Ainsi, que ce soit pour l'ensemble de la zone euro, en Espagne, au Portugal, en Italie et même en Grèce, la tendance est baissière depuis 2013, alors qu'elle est restée haussière en France.

Le chômage baisse partout dans la zone euro, mais toujours pas en France.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

Même sur le front du chômage des jeunes, soi-disant fer de lance du la lutte contre le chômage dans l'Hexagone, les résultats sont plus que décevants.

Ainsi, le taux de chômage des moins de 25 ans y demeure proche des 24 %, contre 7,2 % en Allemagne, mais aussi 22,3 % dans la zone euro. Avec un niveau de 31,2 % (contre plus de 40 % en 2012), le Portugal se rapproche même de la « performance » française.

Plus de chômage des jeunes en France que dans la zone euro !

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Sources : Eurostat, ACDEFI

De quoi rappeler que, sans aide artificielle, mais avec du bon sens et des réformes structurelles, le chômage peut baisser, y compris pour les jeunes.

Une fois encore, il serait grand temps que les dirigeants français le comprennent.


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Marc Touati






Commentaires   

 
0 #2 Lanson 11-06-2015 04:03
OUI Le chômage baisse en Europe, Mais certainement au prix de la diminution des salaires moyens et de l'augmentation de travailleurs précaires dans d'autres pays.
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0 #1 I_Moreau 11-06-2015 03:59
"Le changement, c'est maintenant !" Que d'illusions, Que du vent ! Des incompétants a la tête de notre pays
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