Pour une vraie réforme de l'apprentissage

Chaque mois, l'attention se focalise sur la publication des chiffres du chômage. Mais un autre indicateur n'est guère commenté : celui des entrées en apprentissage. A l'instar de l'évolution du nombre d'inscrits à Pôle emploi, il montre pourtant avec une grande régularité à quel point la situation est inquiétante. L'érosion du nombre d'apprentis se poursuit, et l'on en compte aujourd'hui quelque 50.000 de moins qu'en 2012, quand l'objectif fixé par François Hollande était d'en gagner près de 100.000… Nombre de réformes ont pourtant été menées depuis quinze ans pour développer l'apprentissage, l'Etat y consacrant des efforts budgétaires non négligeables, dont le dernier en date, le « zéro charge » pour les apprentis mineurs.

L'économiste Bertrand Martinot souligne dans un récent rapport publié par l'Institut Montaigne que les montants publics investis ont bondi de 56 % entre 2004 et 2012, la France aidant beaucoup plus les entreprises que l'Allemagne, pourtant modèle en la matière. Mais le gouvernement Ayrault a envoyé un bien mauvais signal en 2012 en opérant des coupes dans les aides aux entreprises (même si celles-ci ont été en partie rétablies depuis), puis en modifiant les règles de répartition de la taxe d'apprentissage. Cela a conduit à un bras de fer, qui perdure, entre le patronat et les régions. Autre opposition persistante, celle entre l'enseignement professionnel scolaire et les formations en alternance. Ces blocages ont une cause : il y a trop d'acteurs - ministères de l'Education et du Travail, régions, Pôle emploi, chambres de commerce et d'industrie, etc. - aux intérêts divergents. Il n'y a donc pas vraiment de responsable, et pas d'orientation affirmée. Il serait urgent d'y remédier par une réforme beaucoup plus ambitieuse que les précédentes, qui n'ont pas permis de modifier les mentalités, l'apprentissage restant considéré comme une voie de garage. Les propositions avancées par Bertrand Martinot, ex-délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle, mériteraient d'être regardées de près par l'exécutif. Et notamment l'idée de donner aux régions toute la compétence sur l'apprentissage et l'enseignement secondaire professionnel, afin d'assumer clairement le rôle de pilote, à l'instar des Länder allemands. Autre suggestion radicale : faire en sorte que la voie d'accès principale à de nombreux métiers soit la formation en alternance (au-delà des CAP), en lieu et place des lycées professionnels, qui deviendraient progressivement des centres de formation des apprentis. Ce serait un chiffon rouge pour l'Education nationale ? Une chose est sûre : on ne peut se satisfaire du statu quo.


ETIENNE LEFEBVRE

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