Robots : "Le chômage technologique n'est pas une fatalité "

Serons-nous bientôt tous au chômage à cause des robots ? Interview avec un économiste, pour qui il est temps pour les gouvernements, d'anticiper l'impact de l'automatisation sur l'emploi.

De plus en plus sophistiqués, de plus en plus intelligents... Les robots menacent nos emplois. Pour Erik Brynjolfsson, co-auteur avec Andrew McAfee de "The Second Machine Age" et professeur à la MIT Sloan School of Management, nos gouvernements doivent anticiper l'impact de l'automatisation sur l'emploi. Interview.

Vous affirmez que la vague technologique qui s’annonce touchera environ 40% des emplois existants. En quoi est-elle différente des précédentes ?

Erik Brynjolfsson - Au cours de l’histoire, les diverses innovations, comme l’électricité ou le chemin de fer, ont toujours détruit certains emplois et en ont créé d’autres. Mais ce processus concernait essentiellement les travaux physiques, par exemple la production manufacturière. Cette-fois ci, c’est différent parce qu’avec l’intelligence artificielle, l’apprentissage par les machines et les mégadonnées, l’automatisation touche de plus en plus des taches intellectuelles.

C’est-à-dire que le remplacement de l’homme par des robots ou des logiciels remonte de plus en plus haut, dans la chaîne des qualifications, pour atteindre la classe moyenne. Ces innovations produisent bien de la richesse et de la croissance, mais beaucoup moins de jobs. On commence d’ailleurs à voir le phénomène à travers les derniers chiffres macro-économiques américains, qui dessinent une reprise anormalement pauvre en emplois.

Quels sont les gagnants et les perdants de ce phénomène ?

- Le chômage technologique commence à menacer les métiers moyennement qualifiés. Mais l’un des critères les plus importants, pour savoir si une tache est substituable, c’est son caractère routinier, répétitif. Les professions les plus menacées sont celles où les employés de bureau font essentiellement du traitement d’information, par exemple dans les administrations publiques ou les professions légales ou para-légales. Les jobs les moins affectés sont ceux qui requièrent de la créativité, ou bien un fort niveau d’interaction personnelle. Comme les artistes, les cinéastes, les créateurs d’applications informatiques, les entraîneurs sportifs, les professeurs particuliers, les infirmières ou les gardes d’enfants…

Mais il n’y a pas de fatalité à ce que le "Deuxième âge de la machine" se traduise par une catastrophe sur l’emploi. Il faut que les gouvernements définissent des politiques de l’éducation et de la formation professionnelle, notamment, qui anticipent cette mutation du marché du travail.

Est-ce que les Etats-Unis et la France sont affectés différemment par cette vague d’automatisation ?

- Oui. Les Etats-Unis ayant un marché de l’emploi beaucoup plus flexible qu’en France, sont susceptibles d’être impactés plus vite par les licenciements technologiques. En revanche, ils sont aussi plus enclins à adopter rapidement les nouveaux modèles d’affaires de l’économie numérique, qui génèrent des emplois. Par exemple, la plateforme de transport pour particuliers Uber crée beaucoup de nouveaux emplois de chauffeurs.

Le problème est qu’aux Etats-Unis, les exclus du marché du travail n’ont quasiment pas de filet de sécurité. On commence d'ailleurs à voir apparaître, notamment à travers les manifestations d’Occupy Wall Street, les ferments d’une révolte sociale contre les inégalités, que cette vague d’automatisation risque encore d’amplifier, si rien n'est fait… Alors qu’en France, mais aussi au Danemark et en Suède, votre modèle social protège les travailleurs contre les coups les plus durs.

Le défi, pour nos sociétés, consiste à réformer le système pour trouver le bon dosage de flexibilité et de sécurité. Afin que le progrès technologique ne soit pas entravé, mais qu’il soit adopté sans générer des phénomènes insupportables d’inégalité ou d’exclusion sociale.

Propos recueillis par Dominique Nora


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