Les mauvais remèdes de Hollande au chômage

Le programme de stabilité pour les années 2013-2015 et le programme de réformes pour l’année 2013 annoncent les orientations envisagées par le gouvernement Ayrault. Une chose est claire : on ne change pas de cap.

Alors même que le taux de chômage dépasse les 10% et atteint son plus haut niveau depuis la fin des années 90, le premier objectif du gouvernement est d’assurer la soutenabilité des finances publiques via « une stricte maîtrise des dépenses publiques ». Au niveau de l’emploi, une telle politique se traduit par un programme de réformes structurelles du marché du travail, comme recommandé par la Commission et le Conseil européen.

Ce n’est pourtant pas la solution.

La crise devient prétexte à plus de flexibilité

Comment expliquer que la Société Générale soit bénéficiaire et mette en place un plan de suppression d’emplois ? Le gouvernement explique notre situation difficile sur le marché du travail par notre manque de compétitivité. Et pour lui, ce qui est en cause, c’est un coût du travail trop élevé.

Sans parler de la protection des licenciements. Alors, la crise devient le prétexte à la flexibilisation du marché du travail.

« Un effort » du salarié, sinon il est licencié

L’article dit de « maintien de l’emploi », inscrit dans l’Accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier 2013, impose une flexibilité des salaires et de la durée du travail aux salariés en cas de difficultés conjoncturelles présentes ou prévisibles. Si le salarié n’accepte pas « cet effort », il est licencié. C’est la méthode du bâton sans la carotte.

Voulons-nous d’un modèle allemand, où le nombre de travailleurs pauvres explose ? Le salaire est vu essentiellement comme un coût et les cotisations sociales comme des charges. Or, si l’on touche aux salaires ou à la protection sociale, on touche à un élément central de notre demande.

Des chômeurs moins indemnisés

En France, la renégociation de la convention d’assurance chômage est prévue au second semestre 2013. Selon le programme national de réformes, « elle se situe dans un contexte de déséquilibre financier du régime sur lequel les partenaires sociaux seront amenés à débattre de solutions dans un contexte de chômage élevé ».

C’est ouvrir la porte à une diminution du taux de remplacement et à la mise en place d’une dégressivité des allocations chômage comme dans les années 90.

Redonner du pouvoir d’achat aux travailleurs les plus pauvres et assurer un revenu de substitution décent à ceux touchés par le chômage, ainsi qu’aux inactifs, permettrait au contraire de maintenir une demande intérieure essentielle pour l’emploi. C’est à la fois par un choc de demande et un choc de répartition qu’il faut opérer.

Un crédit d’impôt bientôt détourné

Les autres mesures prises par le gouvernement ne sont pas non plus susceptibles de relancer l’emploi.

Michel Sapin, le ministre de l’Economie, se félicite du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) de 20 milliards d’euros offert aux entreprises, or on sait les effets d’aubaine que peut entrainer ce type de mesures. Des entreprises qui avaient de toute façon l’intention d’investir dans des machines, de la recherche, ou de la formation, vont maintenant bénéficier d’une réduction d’impôts.

Chômage des jeunes : mauvais remèdes

« Nous demanderons avant tout que la lutte contre le chômage des jeunes soit le message le plus important et le plus concret qui soit délivré lors du conseil » du 27 et 28 juin prochain, a déclaré à Bruxelles Enrico Letta, président du Conseil italien.

En France, plus de 9% des jeunes sont au chômage, soit un jeune actif sur quatre. Afin de lutter contre ce fléau, les emplois d’avenir – qui peinent à décoller –, les contrats de génération et l’apprentissage sont les seuls remèdes avancés par le gouvernement. Le chômage des jeunes ne serait dû qu’à des problèmes de formation et de coût du travail.

Les jeunes sont dans les faits surreprésentés dans les flux d’emploi, ils sont donc les premiers touchés en cas de conjoncture dégradée, quand les entreprises arrêtent toute embauche. Continuer dans la voie de l’austérité, c’est accroître le chômage de tous et le chômage des jeunes en premier.

Alors que c’est une nouvelle stratégie pour relancer l’emploi qu’il faut adopter.

Sabina Issehnane - Economiste Atterrée



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir