Chômage : mais où sont passées les 4.300 personnes qui ont disparu des statistiques ?

Pôle emploi a annoncé 19.100 chômeurs de moins inscrits en catégorie A en janvier. En faisant les comptes, "l'Obs" n'en a trouvé que 14.800. Les 4.300 demandeurs d'emploi disparus ont finalement été retrouvés. Explications.

Tous les mois, "l'Obs" actualise pour vous la courbe des chiffres du chômage. Généralement, l'exercice se déroule plutôt bien. Et puis, patatras, avec les chiffres de janvier, nous tombons sur un os. Addition, soustraction, incompréhension. 3.496.400 chômeurs inscrits à Pôle emploi en décembre moins 3.481.600 en janvier, cela donne 14.800 alors que Pôle emploi annonce 19.100 chômeurs en moins. On recommence l'opération, on peut toujours se tromper. Même résultat, on retombe sur un écart de 4.300 personnes. Où sont donc ces demandeurs d'emploi qui manquent dans les comptes ?

L'explication présentée par un conseiller du ministère du Travail se révèle fort technique mais finalement bien simple. Il s'agit d'un phénomène annuel détaillé par la Dares, direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques. Chaque année, en février, l'institution corrige ses séries. Elle actualise les "coefficients de correction des variations saisonnières" et des effets des jours ouvrables.

Des estimations statistiques

La Dares précise que "la correction des effets des variations saisonnières et des jours ouvrables repose sur des estimations statistiques et est, à ce titre, affectée par une marge d'incertitude." Afin de pouvoir mettre en lien les chiffres de janvier avec ceux de décembre (et donc de l'année précédente), la Dares corrige la série passée : elle lui applique le nouveau coefficient pour comparer sur une base commune.

On vous le disait, c'est technique mais... presque simple. A quoi correspondent ces fameuses variations saisonnières ? Elles reposent par exemple sur le pic d'inscriptions observé au mois de juin, en fin d'année scolaire, lorsque des étudiants s'inscrivent à Pôle emploi.

A partir de janvier, on passe donc du coefficient brut au coefficient de correction des variations saisonnières appliqué sur toute la série passée. Pour décembre*, les chiffres ne sont finalement plus de 3.496.400 inscrits en catégorie A mais de 3.500.700 inscrits. Nos 4.300 chômeurs évanouis dans la nature sont donc bien là, et les chiffres collent puisqu'en retirant les 19.100 personnes qui ont retrouvé un emploi en janvier du chiffre corrigé (3.500.700, donc), on retrouve bien les 3.481.600 demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A en janvier.

* Pour décembre, l'écart est limité à +0,1%. Le plus fort écart a été observé pour le mois de septembre, à +0,3% : les 3.432.500 inscrits en catégorie A de la première série sont 3.441.900 dans la série corrigée. Corrections appliquées, il y avait donc 4.300 chômeurs de plus inscrits en catégorie A à la fin de l'année 2014.


 Louis Morice



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