Plan chômage longue durée: François Rebsamen tâte le terrain

Quinze jours après l'annonce de mesures destinées aux chômeurs très éloignés de l'emploi, le ministre du Travail est allé sonder des acteurs de l'insertion, plutôt prudents sur la portée du plan.

Un contrat de travail, mais aussi un toit, des soins, une formation... Chez Secours emploi, une structure d'insertion nichée dans une ruelle du XIe arrondissement de Paris, on s'attaque au chômage dans toutes ses dimensions, professionnelles mais aussi sociales. D'où la visite dans ses locaux, lundi après-midi, de François Rebsamen. Depuis l'annonce, début février, de son plan contre le chômage de longue durée, le ministre du Travail ne jure plus que par une approche "globale" pour aider les demandeurs d'emploi exclus du marché depuis plusieurs années.

"Bien sûr qu'il faut trouver des postes, mais ça ne suffit pas si les personnes ne sont pas encore prêtes à retravailler, martèle François Rebsamen. Les associations et les partenaires sociaux ont bien identifié les freins à l'emploi qui demandent un accompagnement: les problèmes d'hébergement, de santé, ou encore de mobilité géographique." Depuis un an, le collectif Alerte, qui regroupe plusieurs associations engagées contre la pauvreté, poussait le gouvernement à prendre ces questions à bras-le-corps. Ses efforts ont payé puisque ses propositions ont été reprises dans le plan, même s'il ne fait pas encore l'objet d'un accord entre patronat et syndicats, comme le souhaitent les associations.

Besoin de formations "ponctuelles"

Auprès des spécialistes de l'insertion, le discours de François Rebsamen fait donc plutôt mouche. "Son diagnostic est bon. Les freins à l'emploi sont bien analysés", commente Bernard Lozé, vice-président de Secours emploi. L'impact des mesures à venir les laisse plus sceptiques. "On a encore du mal à voir ce qui se cache derrière les concepts", poursuit-il, citant en exemple les deux nouveaux contrats de professionnalisation, "nouvelle chance" et "nouvelle carrière". Chez Secours emploi, ce sont surtout les financements qui manquent pour mieux former les salariés en insertion. "On assure 6000 heures par an, il en faudrait trois fois plus, mais c'est une charge importante", note Bernard Lozé.

Le plan contre le chômage de longue durée prévoit bien des fonds supplémentaires pour le compte personnel de formation, mais ils doivent surtout financer des formations "qualifiantes", pas toujours adaptées aux besoins des chômeurs très éloignés de l'emploi. "Nous commençons par des formations ponctuelles sur la linguistique, les codes de l'entreprise et l'adaptation au poste, explique Célia Frahm, directrice de Secours emploi.

Un travail "de fond" sur la santé

Autre frein majeur à l'emploi, le logement. La moitié des salariés en insertion de Secours emploi vivent chez des proches ou à l'hôtel, quand ils ne sont pas obligés d'appeler le 115 pour trouver une place d'hébergement d'urgence. François Rebsamen a évoqué des conventions avec Action Logement et les bailleurs sociaux pour libérer des appartements abordables, sans plus de détail pour l'instant. "Le problème est tel que le ministre du Travail seul ne peut pas avoir la main dessus", prévient Célia Frahm, qui plaide pour une politique transversale.

C'est le cas aussi en matière de santé, où les enjeux semblent dépasser les moyens annoncés. "Les personnes que l'on reçoit souffrent souvent de problèmes physiques, mais aussi psychiques. Elles traversent des phases de dépression et beaucoup sont isolées, observe Célia Frahm. Il faut faire un travail de fond dans la durée." Le plan ne prévoit pour l'heure qu'un bilan de santé pour les chômeurs.

François Rebsamen compte en tout cas mettre les entreprises d'insertion à contribution pour mener à bien ses mesures, notamment le suivi, pendant six mois, des chômeurs qui retrouvent un travail. "Il vaut mieux que ce soit fait par des personnes qui connaissent parfaitement le terrain", assure-t-il. De son côté, Secours emploi a surtout besoin de "gagner en visibilité" pour pouvoir accompagner plus de chômeurs. "Il faut qu'on acquière de la légitimité auprès des assistantes sociales, des acteurs de santé, car on ne peut pas régler seuls tous les problèmes, résume Célia Frahm. Et on doit se faire connaître des entreprises, parce que la clef est là. Sans clients pour nous passer commande, on meurt."

 Alexia Eychenne



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