Emploi : Hollande fait déjà pire que Sarkozy

ANALYSE - À la fin 2014, François Hollande avait déjà enregistré plus de destructions d'emplois dans l'économie depuis le début de son quinquennat que Nicolas Sarkozy sur l'ensemble de ses 5 ans de mandat. Un résultat peu glorieux que personne au sein de l'exécutif ou de l'opposition ne semble avoir remarqué…

On le sait, François Hollande ne cesse de pointer du doigt le bilan de son prédécesseur - le fameux «héritage Sarkozy» dont il a dû et doit encore gérer les stigmates aujourd'hui- et se cache toujours régulièrement derrière lui pour masquer son propre échec. C'est particulièrement vrai au niveau du chômage, où il ne peut clairement pas afficher de résultats probants. Depuis son élection, plus de 600.000 demandeurs d'emploi se sont inscrits à Pôle emploi et il devrait, au rythme actuel de progression du chômage (+18.000 en moyenne chaque mois), dépasser dès l'automne prochain le triste record des 740.000 sous Sarkozy.

Il y a toutefois un domaine, connexe à celui du chômage, où l'actuel chef de l'État fait déjà pire que son anti-modèle de prédécesseur. Il s'agit de l'emploi salarié dans les secteurs principalement marchands, dont le nombre a reculé depuis le deuxième trimestre 2012 de près de 250.000. Précisément de 248.400 en 11 trimestres, si l'on en croit les données provisoires sur le quatrième trimestre publiées ce vendredi matin par l'Insee.

Or Nicolas Sarkozy, qui a connu au cours de sa présidence la pire crise économique depuis la fin de seconde guerre mondiale - l'économie française a détruit pas moins de 450.000 emplois au cours des seules années 2008 et 2009-, a bouclé en mai 2012 son mandat sur un solde négatif de 185.800 emplois. Soit un résultat, à l'issue de son quinquennat, un peu meilleur (de 62.600) que celui à un peu plus du mi-mandat de l'actuel président. Les pro-Hollande pourront toujours rétorquer -sans doute à juste titre- que «comparaison ne vaut pas raison» ou que l'emploi va repartir cette année notamment grâce au pacte de responsabilité entré en vigueur au 1er janvier, les faits sont là.


«Les conditions sont réunies pour permettre un redémarrage plus net de l'activité en 2015» Michel Sapin, le 13 février 2015

Mais qu'importe: il n'en reste pas moins vrai que 2014 restera -tout du moins si l'Insee confirme le 11 mars ses données provisoires du jour- comme un très mauvais cru en matière d'emploi salarié. Pas le pire certes, mais sans réel retournement ou signe d'espoir. Il n'y a au final que Michel Sapin, le ministre des Finances, pour estimer, comme à son habitude, que les conditions sont désormais «réunies pour permettre un redémarrage plus net de l'activité en 2015». Et, comme «les économistes se trompent comme tout le monde», jurer «qu'à partir de 1 % on recrée de l'emploi». Jugez par vous-même.

La France aura bouclé 2014 avec un solde de 67.700 destructions d'emplois, soit un niveau un tout petit moins pire qu'en 2013 (69.100) et 2012 (105.900). Mis à part le tertiaire qui termine dans le vert (+14.700), les autres secteurs ont quant à eux continué à plonger dans le rouge. L'industrie a ainsi encore supprimé 11.100 emplois au 4ème trimestre 2014 (soit un niveau équivalent aux deux prédécents) et 39.000 sur l'ensemble de l'année. Pis, la barre du million de postes détruits depuis le début de l'année 2001, moment du début de sa descente en enfer, devrait être prochainement dépassée. A ce jour, l'Industrie affiche un triste record: 55 trimestres d'affilée dans le rouge! Quant à la construction, les lueurs d'espoir se sont éteintes. Ce secteur termine 2014 sur un 11ème trimestres consécutifs dans les négatifs, avec 13.000 destructions d'emplois au compteur, son pire score depuis début 2008 à une exception près (-15.200 au 3ème trimestre).


«Il n'y a pas de montée inexorable du chômage» François Hollande, le 5 février 2015

Résultat, la France comptait au 31 décembre 2014 quelque 15,82 millions d'emplois salariés dans les secteurs principalement marchands, soit peu ou prou le même niveau que celui atteint au 3ème trimestre 2004. Bref à mi-mandat, Hollande nous a ramenés plus de 10 ans en arrière! Plus les trimestres passent et plus la France, en matière d'emplois salariés, recule. Mais ce résultat est surtout en retrait de 615.200 par rapport au plus haut atteint début 2008.

Là encore, les pro-Hollande vont hurler à la mort et faire remarquer, à juste titre, que le niveau de destruction d'emplois au 4ème trimestre est 10 fois plus faible qu'au précédent. Et donc que l'on peut espérer que la courbe repasse dans le vert au début de 2015 si on continue sur la même lignée. Mais les anti-Hollande auront alors à leur tour raison de répliquer que la France avait affiché un solde positif (de 7.000 emplois au 2ème trimestre) avant de plonger (de 55.200, le pire résultat enregistré depuis début 2009) au suivant… Il n'y a peut-être pas de «fatalité», comme l'a rappelé François Hollande lors de sa conférence de presse la semaine dernière, mais il n'y a surtout aucune raison de pavoiser.


Marc Landré



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