Chômage: quand Sapin joue avec les chiffres pour masquer l'échec de sa politique

En cette période anniversaire de l'élection de François Hollande me revient en mémoire une confidence faite par Michel Sapin quelques jours après sa nomination au 101 rue de Grenelle. "Je suis tranquille pendant six mois, jugeait alors le nouveau ministre du Travail. Toute hausse du chômage pendant cette période ne sera pas notre bilan, mais l'héritage Sarkozy. Mais si les hausses perdurent ensuite, elles deviendront alors le bilan de Hollande et on ne pourra pas se cacher derrière l'exécutif précédent."

Un an après, on sait ce qu'il en est : le record du nombre d'inscrits en catégorie A en France métropolitaine a été battu fin mars 2013 (à 3,224 millions) et Michel Sapin semble avoir oublié sa bonne résolution. Il ne passe en effet pas une occasion sans que le ministre charge l'ancien exécutif.

Sa ligne de défense est claire : le chômage n'augmente pas depuis un an mais depuis 5 ans. Et la note du précédent exécutif est plus que salée : + 1 million de chômeurs. Il l'a d'ailleurs encore rappelé lundi soir face à Jean-Louis Borloo sur le plateau de Mots Croisés. Dit autrement, si le chômage augmente encore, ce n'est pas de notre faute mais la continuité de l'exercice précédent. "L'héritage Sarkozy" quoi...

Les faits, et surtout les statistiques du chômage, sont malheureusement têtus. Et on peut leur faire dire ce que l'on veut. Prenez la hausse du nombre de chômeurs sous Nicolas Sarkozy - 1 million, selon Michel Sapin -, elle correspond à la différence du nombre d'inscrits à Pôle emploi dans les catégories A, B et C (demandeurs d'emploi sans aucune activité et en activité réduite) entre l'arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir en mai 2007 et son départ cinq ans plus tard. L'augmentation est même minorée car le chiffre exact est 1.096.400 chômeurs, soit 1,1 million. Elle est même plus importante si on y ajoute les catégories D et E (demandeurs d'emploi en arrête maladie, formation, contrat aidé, congé maternité, reclassement...) en grimpant à 1.485.800, soit près de 1,5 million. Après tout, tenus ou pas de rechercher un emploi, ils sont aussi chômeurs non ?

Mais la note pourrait être bien moins salée. Si Michel Sapin ne se centrait que sur la seule catégorie A des demandeurs d'emploi, la hausse se limiterait à 760.400 personnes. Mieux, elle descendrait même à 541.000 si le ministre prenait les données au sens du BIT, les seules exploitables pour des comparaisons internationales. Bref, selon les indicateurs que l'on prend, le nombre de chômeurs recensés sous Nicolas Sarkozy varie du simple au... triple.

Et puis, allons au bout du raisonnement : en chiffrant à 1 million l'addition Sarkozy, l'actuel exécutif intègre dans son bilan la première année de mandat de l'ex-président (ce qu'on pourrait assimiler à un "héritage Chirac") alors qu'elle l'exclut pour François Hollande. C'est, cela dit en passant, une erreur car le nombre de chômeurs durant ces douze mois a baissé, quel que soit l'indicateur retenu. Enfin passons... et faisons de même. Considérons que la première année de François Hollande fait partie du bilan Hollande. Et que voit-on ? Que le nombre de chômeurs a explosé en 11 mois entre 297.000 (catégorie A) et 381.400 (catégorie A, B et C), une hausse donc directement imputable à la politique du chef de l'État puisque l'exécutif intègre la première année de Nicolas Sarkozy à son bilan. Au sens du BIT, la hausse atteint sur deux trimestres pas moins de 153.000 chômeurs. Soit, selon les périmètres et statistiques, entre 30 et 40% en moins d'un an seulement de la hausse attribuée en 5 ans à Nicolas Sarkozy, première année comprise... Un "bilan" qui pousserait n'importe quel ministre du Travail à un peu de retenue et d'humilité, non ?

 

@ Marc Landré pour Les dessous du social 

PI ChastandMarc Landré

Je suis né en 1973 et j'ai fait mes études à la fac de Montpellier (Maitrise d'économétrie et économie fondamentale, puis DEA de microéconomie et calcul économique). Je suis journaliste social depuis 1998. Je suis passé par Le Point et Liaisons sociales magazine avant d'intégrer L'Expansion en 2002. Je suis arrivé au Figaro en septembre 2008 pour suivre les questions sociales. Je suis, depuis octobre 2012, chef du service MacroEconomie France.

J'ai été président de l'AJIS (Association des journalistes de l'information sociale) de 2005 à 2008 et organisé à ce titre les « Premières rencontres du social » le 18 septembre 2007 au Sénat pour les 40 ans de l'association. Une manifestation que le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, a introduite par un discours sur sa politique sociale, dont on retiendra, entre autres, le lancement de la réforme des régimes spéciaux de retraite.

Je suis également co-responsable d'un cours consacré au journalisme économique et social à l'Institut pratique du journalisme.

Ce blog, créé en mars 2008, était initialement hébergé par lexpansion.com. Lors de mon arrivée au Figaro en septembre 2008, j'en ai gardé le nom et la charte graphique pour le reprendre sur lefigaro.fr. "Les Dessous du social" enregistrent chaque année 600 000 pages vues et 500 000 visiteurs uniques.

les propos tenus sur ce blog n'engagent que moi et sont indépendants de mon travail au sein de la rédaction du Figaro.

>> Le blog de Marc Landré (Les dessous du social) | Le blog de l'actualité sociale 

 


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