“Je ne veux pas de cette image du chômeur qui a un poil dans la main”


En octobre dernier, Sarah a franchi le pas. A 35 ans, après seize ans dans la même société, elle a négocié son départ avec le seul patron qu’elle ait connu… pour changer d’air, et surtout voler de ses propres ailes. “Mauvaise ambiance, manque de perspectives… J’ai quitté l’entreprise pour différentes raisons. J’avais besoin de liberté aussi. C’est difficile de rester dans un bureau lorsqu’on a des enfants. Quand vous devez vous absenter en cas de problème, on vous regarde d’un drôle d’oeil.”

">Dessinatrice en architecture, Sarah veut créer son entreprise et a demandé (et obtenu) une rupture conventionnelle “pour toucher le chômage”. “Je suis allée à Pôle emploi le jour suivant mon départ de l’entreprise. J’ai eu un moment de flottement mais ça n’a pas été long. J’avais un projet, je savais que je voulais monter ma structure.” Même si elle loue les conseils avisés de la personne qui la suit, elle déplore la “lourdeur administrative” de la structure publique. “Un peu de simplicité ne ferait pas de mal. On attend quinze jours un rendez-vous qui dure cinq minutes. C’est pénible pour ceux qui veulent aller vite.”

“Le regard des autres est dur”

Car Sarah est pressée. “Je n’ai pas complètement réussi mon virage mais ça ne fait que quatre mois. Pour l’instant, je bénéficie d’allocations chômage mais je fais régulièrement des petites missions en portage salarial. Et je vais bientôt suivre une formation à distance pour me perfectionner et devenir infographiste 3D. C’’est un rebond pour la suite: créer une entreprise et pouvoir mieux en vivre. Je voudrais toucher un meilleur salaire qu’avant, même si c’est 200 euros de plus par mois.”

Lorsqu’elle parle de son quotidien, pourtant, son regard s’illumine. Depuis que j’ai cessé d’aller au bureau, chaque jour je suis derrière mon ordinateur. Je travaille, je travaille… Même si je n’ai pas de missions, je fais des dessins. “ Je ne vois pas les jours passer. Je m’éclate! Je me fais plaisir! J’ai aménagé du temps pour mes enfants mais je travaille autant qu’avant.”

Pour la jeune femme, cette période de chômage est une phase de transition vers un nouveau départ qu’elle prépare avec assiduité. Mais il ne faut surtout pas qu’on lui dise qu’elle est demandeur d’emploi. “Je ne veux pas de cette image de chômeur qui a un poil dans la main. J’ai été élevée comme cela. On m’a toujours dit “il faut travailler”. Quand j’ai dit que je quittais mon entreprise, mes proches m’ont dit que j’étais folle, qu’on ne quitte pas un un emploi salarié… Socialement, c’est difficile d’être au chômage. Le regard des autres est dur.”

L’image du demandeur d’emploi a-t-elle pour autant changé aux yeux de Sarah? Preuve que les clichés ont la vie dure, même chez les gens concernés, lorsqu’on lui pose la question, les yeux baissés, elle reconnaît que non. “Pour moi, le chômage ce sont les personnes qui ne travaillent pas. C’est la contre-productivité.”


Nathalie Samson


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