L’explosion du chômage, une succession d’erreurs politiques

PETITS CALCULS - Chaque semaine, Nicolas Prissette, journaliste au service politique du JDD, décrypte les politiques économiques et sociales. Cette semaine, il revient sur la hausse du chômage de 0,2% en décembre 2014 et de 5,7% sur l'année écoulée, annoncées mardi.

Ce n’est pas la faute à "pas de chance". La dramatique explosion du chômage résulte d’une erreur politique répétée. Après la récession de 2008-2009, les gouvernants ont cru, à tort, que la croissance allait revenir. Et l’emploi dans la foulée. C’était une prévision, un vœu politique, une foi. Cela a conduit François Fillon puis François Hollande à de très mauvais choix.

Héraut de la rigueur, le Premier ministre de Nicolas Sarkozy a cru dès 2010 qu’il pourrait faire des économies en réduisant les moyens consacrés à la politique de l’emploi*. Puis en 2012, le nouveau président de la République, indécrottable optimiste, a poursuivi dans le même sens. Il a certes changé des contrats aidés en emplois d’avenir, mais la tendance globale restait à la baisse**. Résultat, le chômage reprenant au lieu de reculer, il a atteint ses records.

Une question de timing


Bien sûr, à droite comme à gauche, on pense qu’il est préférable que les chômeurs accèdent à de "vrais" jobs dans le privé plutôt que de leur octroyer des emplois para-publics subventionnés. Tout le monde est d’accord. C’est alors une question de timing. Il fut à contre temps. Aujourd’hui, des dizaines de milliers de personnes se trouvent durablement écartées de la vie sociale, perdent leurs compétences et leurs chances de rebondir, sombrent dans le repli. Près de la moitié des chômeurs (catégories A, B, C) sont à Pôle emploi depuis au moins un an. L’ancienneté moyenne est de 539 jours (+28 jours en un an). Dans une quasi-indifférence.

Jean-Marc Ayrault puis Manuel Valls ont tardé à baisser à nouveau les cotisations sociales et à accorder des rallonges aux contrats aidés. L’urgence a fini par s’imposer. De nouvelles ristournes patronales sont mises en œuvre depuis le 1er janvier – un an après leur annonce par le chef de l’Etat… La politique de l’emploi tente de se hisser au niveau de la situation. Avec au moins deux ans de retard.

*Les allègements de cotisations (la baisse du coût du travail) atteignaient 41,4 milliards d’euros en 2010, ils sont tombés à 37,8 milliards en 2012. A l’intérieur de ce chiffre, la Prime pour l’emploi a dégringolé de 4,5 milliards en 2007 à 2,9 milliards en 2012. Depuis 2012, le soutien aux heures supplémentaires a été laminé, les aides pour emploi à domicile réduites.

**S’agissant des mesures dites "actives", selon des données provisoires du ministère de l’Emploi, la France a compté 900.000 entrées en contrats aidés publics et privés l’an dernier, un niveau très bas. Elles atteignaient 2,5 millions en 2009. Le budget consacré à ces subventions était deux fois plus élevé au début des années 2000, alors qu’à cette époque les entreprises embauchaient.


Nicolas Prissette



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