François Rebsamen, ministre du chômage

Sa communication en conseil des ministres sur la situation de l'emploi enjolive la réalité, omet certains chiffres et frôle l'autosatisfaction.

Il s'était promis de ne pas commettre l'erreur de son prédécesseur Michel Sapin. Quand il a été nommé ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, François Rebsamen s'était interdit de faire des commentaires, chaque mois, sur les chiffres du chômage. Objectif : éviter les pièges du défaitisme ou de la langue de bois qui tente de peindre en rose des chiffres toujours plus noirs.

Mais le ministre a été rattrapé par la réalité et depuis l'automne, ses déclarations se multiplient. Début septembre 2014, il demande à Pôle emploi de "renforcer les contrôles" pour vérifier que les chômeurs "cherchent bien un emploi". C'est la séquence fermeté. Fin octobre, les chiffres records de septembre le conduisent à pousser ce cri du coeur: "Nous sommes en échec. À titre personnel, devoir annoncer chaque mois une augmentation du chômage, c'est une souffrance..." C'est la séquence lucidité. Avec, tout de même, une pointe d'indécence : les chômeurs en fin de droit sont-ils priés de compatir sur la "souffrance" d'un membre du gouvernement ?

La martingale du bon indice

Dernière séquence en date : lundi 5 janvier 2015 se tenait le premier conseil des ministres de l'année. Une formalité vite expédiée entre la prestation du président sur France Inter, les voeux au gouvernement et la photo collective qui immortalise l'ensemble de l'exécutif. Au menu, comme pièce de résistance, François Rebsamen présente une communication relative à la situation de l'emploi. Les derniers chiffres sont tombés le 24 décembre et ils marquent un nouveau record. Comment positiver dans un tel contexte ? Le ministre n'a pas le choix. Il doit d'abord reconnaître une augmentation de 0,8 % sur le dernier mois connu. Mais il pointe tout de suite une prétendue embellie : "La hausse plus limitée pour les jeunes souligne une nouvelle fois l'effet positif des emplois d'avenir." Le nombre de chômeurs de moins de 25 ans n'a en effet augmenté "que" de 0,5 % en novembre 2014. Pas de quoi pavoiser sur le succès des emplois aidés !

Mais l'avalanche des "bonnes nouvelles" continue : elle concerne les catégories B et C, qui exercent une activité réduite, dont les effectifs ont un peu diminué. Traduction : les gens qui ne trouvent pas de travail mais seulement un petit boulot sont un peu moins nombreux à émarger à Pôle emploi. La belle victoire ! Pas un mot, en revanche, sur le chômage de longue durée, qui continue de progresser : le nombre de personnes inscrites depuis plus d'un an augmente de 0,2 % en un mois, et la durée moyenne d'inactivité s'allonge de deux jours... En vérité, il existe tellement de statistiques sur le chômage, tellement de catégories différentes qu'il est toujours possible de trouver un bon indice chaque mois. François Rebsamen, sûrement pour alléger sa "souffrance" mensuelle, est passé de la lucidité à... l'autosatisfaction.


SOPHIE COIGNARD

 


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