Accueil

Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #3 : la farce des contrôles

David Balcain est conseiller Pôle emploi dans le nord de la France. Au "Point", il raconte son quotidien, entre excès de bureaucratie et cruelles réalités.

Pour débusquer certains « touristes » ou « profiteurs » de l'assurance chômage, il suffit parfois de regarder leur mur sur Facebook : les vacances, les plages, les randonnées ou, pire encore, les activités « commerciales » parallèles de type « vendeur indépendant à domicile » foisonnent. J'ai récemment « balancé » un demandeur d'emploi (DE) aux fraudes, un DE à l'ASS (minimum social) qui publiait des choses incroyables sur son mur Facebook : il mettait en avant ses énormes gains (non déclarés) réalisés grâce à ses ventes « pyramidales » et cherchait de nouveaux gogos à appâter. Chacun tire...


ARTICLE RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

 PAR DAVID BALCAIN (AVEC BEATRICE PARRINO)


A LIRE AUSSI :

>> Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #4 : les bad boys et moi

 




Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #4 : les bad boys et moi

David Balcain raconte au "Point" son quotidien dans une agence du nord de la France. Cette semaine, il décrit son travail avec les jeunes en difficulté.

Dans mon portefeuille de demandeurs d'emploi, j'ai régulièrement des « bad boys », c'est-à-dire des jeunes hommes de cités sensibles sans emploi, déscolarisés et flirtant avec la petite délinquance. Ils sont à fleur de peau, nerveux, mais aussi attachants ; ils ne supportent pas les contraintes imposées par l'institution – convocations, rendez-vous… Souvent, ils ne comprennent pas ce que mes collègues essaient de leur expliquer et s'énervent à l'accueil. Je dois parfois intervenir pour leur traduire avec bienveillance ce qui leur est demandé.

Compléter un dossier, savoir quelles sont les pièces à fournir, voire écrire, tout cela peut relever pour certains du parcours du combattant. Certains renoncent même par découragement, parfois paresse, à réclamer leurs droits. Le centre communal d'action sociale m'a récemment adressé un jeune homme, Ryan, qui a travaillé un an en métropole après avoir quitté l'île de La Réunion. Sans toit et sans emploi depuis trois mois, il n'avait toujours pas demandé ses droits à l'assurance-chômage. En trois jours, nous avons réglé ce problème et Rayan, enfin indemnisé, va intégrer une formation en janvier.

Que puis-je offrir d'autre que ma bienveillance à ces jeunes que je suis tant bien que mal, passés par la prison, toujours en révolte, mais tellement lucides sur leur vie ? Slimane a reçu des plombs dans les fesses, tirés par un fusil à pompe lors d'une rixe dans son quartier. À présent, il est handicapé d'une jambe en raison de dégâts irréversibles sur son nerf sciatique. Il ne peut plus faire de travaux manuels, il est donc dans l'incapacité de postuler pour des jobs dans le secteur du bâtiment, où il travaillait épisodiquement depuis sa dernière sortie de prison. Avec courage, il a repris un travail à la chaîne dans une usine. Mais pour combien de temps ? Quel employeur voudra lui faire confiance à long terme, tant qu'il garde toute cette agressivité en lui ?

Fuite

Avec ces jeunes, mieux vaut se garder de faire dans la morale, ou dans le jugement. Certains me confient parfois le blues de leur quotidien et leur ras-le-bol. Ras-le-bol de ne rien faire, de n'avoir aucun avenir, de ne servir à rien et de fréquenter sans cesse les mêmes gens, le même lieu. Ils veulent travailler mais ils ne savent rien faire. Alors ils traînent, viennent me voir de temps en temps, on discute, on se projette, on se positionne parfois sur une formation et puis… pas grand-chose. Ils fuient ! Souvent sans diplôme ni qualification, ayant quitté l'école tôt, ils refusent d'entrer en formation. Ce seul mot leur rappelle leur difficile passage au collège ou au lycée, et les crispe.

À la seule pensée de passer sept heures par jour dans un groupe et de se plier aux contraintes qui en relèvent, ils disparaissent. J'ai beau leur expliquer que la formation professionnelle ne ressemble pas à ce qu'ils ont connu dans l'Éducation nationale, peu sont convaincus. Bref, ils voudraient s'en sortir, s'élever, mais beaucoup ne veulent pas faire les efforts nécessaires. Du coup, ils disparaissent en général rapidement des listes de Pôle emploi, en oubliant dès les premiers mois d'actualiser leur situation en « pointant » sur Internet.

Urgence

On n'entend plus parler d'eux, jusqu'au jour où ils sont poussés par l'urgence, après une incarcération ou un passage devant le juge des libertés ou le SPIP (service pénitentiaire d'insertion et de probation) notamment. À ma grande surprise, j'ai été contacté récemment, un dimanche, par un jeune qui était entré en prison le vendredi. Il me demandait de l'aide afin d'obtenir un régime de liberté surveillée, qui nécessite de justifier d'une activité. Lorsqu'une peine de prison les menace, ces jeunes sont prêts à entrer dans n'importe quelle formation, pourvu qu'elle les sauve de la justice. Malheureusement, dès le danger éloigné, ils prennent la poudre d'escampette, laissant une place vacante. Un des derniers qui m'a sollicité a tenu deux jours… Une fois obtenu le document à montrer au juge, plus de nouvelles. « N'importe quelle formation ! », m'avait-il demandé.

Beaucoup de jeunes des quartiers ne sont pas inscrits à Pôle emploi et ne sont donc pas comptabilisés dans les chiffres officiels du chômage… Pour les autres, j'ai toujours l'espoir d'un déclic. Si, très souvent, cela se solde par une déception, il arrive aussi que certains s'en sortent. Le passage par la prison donne à certains l'envie de s'insérer durablement, et nous avons pu efficacement avancer sur leur projet professionnel. Djamel, par exemple, fut un vrai bad boy, qui trafiquait, armé. Père de famille, il s'est rangé : il a travaillé comme salarié puis, il y a deux ans, Djamel a créé son entreprise dans le bâtiment.


 PAR DAVID BALCAIN (AVEC BEATRICE PARRINO)


A LIRE AUSSI :

>> Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #5 : démotivés, démotivant


Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #5 : démotivés, démotivant

David Balcain raconte au « Point » son quotidien dans une agence du nord de la France. Cette semaine, il aborde le cas des chômeurs paresseux.

La paresse du chômeur n'est pas qu'un mythe politique. Cela existe. Bien sûr, tous les demandeurs d'emploi (DE) ne le sont pas. Mais bon, tout de même, j'en croise tous les jours. Tôt le matin, je ne peux m'empêcher évidemment de jeter un œil vers la zone d'accueil de mon agence. Et là, que vois-je  ? Cachés derrière leurs lunettes de soleil, certains demandeurs d'emploi finissent leur nuit, quelques-uns baillent la bouche grande ouverte, d'autre tapotent sur leur téléphone nonchalamment. Au même endroit, mais l'après-midi cette fois, la somnolence guette encore – les effets de la digestion, certainement. Pourtant, cette zone d'accueil accueille de nombreux postes informatiques avec des jeunes en service civique disponibles pour aider les DE à les utiliser. Mais il n'y a guère de monde derrière les écrans. La paresse, peut-être.

Lors de rencontres (« informations collectives » dans notre jargon) organisées par les conseillers à l'intention des DE sur des thèmes essentiels comme une présentation de nos services numériques ou les techniques de recherche d'emploi, certains s'endorment, d'autres montrent leur désintérêt. Je me souviens particulièrement d'une dame qui, volontairement, a tourné sa chaise face au mur  ! Parfois, quelqu'un s'en va sans attendre la fin de la réunion. Et là, pas question de le retenir. Un collègue ayant essayé a été sévèrement bousculé par le DE.

Flopée d'excuses

J'avoue que, devant autant de nonchalance et de désintérêt, le conseiller en vient lui aussi à douter de la véritable motivation à travailler de certains chômeurs.

Avez-vous déjà entendu un DE vous expliquer qu'il est trop occupé pour consacrer deux heures à Pôle emploi deux à trois fois par an  ? Moi, oui. Mes collègues aussi. Dans notre agence, cela arrive tous les jours. Si vous pouviez imaginer ce que nous entendons comme « excuses » : fuites d'eau, maladie, accident, décès d'un proche… Sur le fond, des classiques. Des mamans qui arrivent avec des poussettes et des enfants pour participer à une réunion ou rencontrer un employeur qui recrutait (je l'ai vu de mes yeux). Nous avons régulièrement aussi le « travailleur au black » qui arrive à son rendez-vous en salopette de travail, du plâtre partout, et qui laisse de grandes traces blanches sur le sol de l'agence…

Vitesse de marche

La posture de certains DE lors des entretiens mérite toute l'attention du conseiller. DE avachi sur la chaise, casquette sur la tête, mâchonnement de chewing-gum, regard perdu...

Avec le temps, j'ai affiné une méthode qui me permet dès la première rencontre d'estimer la motivation de la personne que je vais recevoir : cela dépend en fait de la vitesse à laquelle il me suit dans le couloir conduisant à mon bureau. Pas lents loin derrière (pas motivé), pas rapides juste derrière (moyennement motivé), à côté en train de me parler (très motivé)…, c'est imparable  ! Certains traînent tellement que je suis contraint de m'arrêter et de les attendre.

Pour proposer un emploi à un DE paresseux, il faut quelquefois faire preuve de persuasion et avoir de bons arguments. Faire preuve d'imagination pour donner envie d'aller passer l'entretien « pour voir », et espérer que, d'ici là, la motivation sera au rendez-vous. Mais que de déceptions lors du retour de l'employeur qui a reçu notre DE qui est allé passer l'entretien « pour voir ». Pas plus motivé que ça…, ce qui nous vaut des piques de l'employeur.

Morceau choisi :
Employeur : « Il n'était pas du tout motivé. Pourquoi me l'avez-vous envoyé  ? »
Conseiller (devant faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin et essayant de garder la face) : « Pourtant, avec moi, il avait l'air super motivé… »
Employeur : « Pfff, avec tous ces chômeurs qui ne veulent pas bosser, vous êtes nul. »

Voilà. Ce discours, nos conseillers en contact direct avec les entreprises le connaissent par cœur. Mais que faire  ? N'envoyer personne malgré la présence d'une offre  ? Envoyer tout de même des « démotivés »  ? C'est un dilemme quotidien aux conséquences grandes. N'envoyer personne, c'est confirmer les croyances de certains chefs d'entreprise, stressés par leur recherche de personnel motivé, en un pays d'assistés où personne ne veut travailler et où, bien sûr, le conseiller de Pôle emploi est le responsable de cette situation.

Démotivation des conseillers

« Ouais, avec ces millions de chômeurs, vous n'êtes pas foutu de me trouver quelqu'un… » Je l'ai entendu de la bouche d'employeurs. Sur tous les tons  ! Parfois de manière agressive. Je préfère ne pas répondre, car, si j'avais à leur dire quelque chose, je dirais : « Que voulez-vous que je fasse : ils ne veulent pas bosser. »
Chaque jour, à l'heure du déjeuner, nous partageons de nouvelles anecdotes avec mes collègues. Nous prenons le parti d'en rire, mais nous en sommes désolés. Cela conduit des collègues à la démotivation. Sincèrement, nous sommes assez désarmés et désemparés devant ce type de DE.

L'unique solution, à mon sens, pour les remotiver serait d'avoir les moyens de les accompagner a minima une fois par semaine, ne jamais les lâcher et les marquer « à la culotte » en permanence. Ou laisser tomber, accepter de leur verser un minimum social sans contrepartie et les désinscrire de Pôle emploi  ! Ainsi, seuls seraient inscrits ceux qui cherchent réellement du travail et qui souhaitent être aidés. Du coup, on aurait plus de temps pour s'occuper de ceux qui en ont besoin. Et le nombre d'inscrits à Pôle Emploi baisserait d'un coup d'au moins 30 %...


 PAR DAVID BALCAIN (AVEC BEATRICE PARRINO)


A LIRE AUSSI :

>> Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #6 : les girouettes à l'enterrement des contrats aidés


Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #6 : les girouettes à l'enterrement des contrats aidés

David Balcain est conseiller Pôle emploi dans le nord de la France. Au « Point », il raconte son quotidien, entre excès de bureaucratie et cruelles réalités

À la rentrée dernière, le gouvernement annonçait la baisse drastique des contrats aidés, en limitant leur recours. Ainsi, depuis cette décision d'Édouard Philippe, le secteur privé ne peut plus guère s'appuyer sur ce type de contrats.

Cette annonce ne m'a guère bouleversé. C'est que, peut-être, me suis-je trop habitué aux changements de stratégie politique en matière d'emploi. D'ailleurs, c'est par une note de service noyée au milieu des e-mails, et quelques mots en réunion que l'affaire a été actée dans nos rangs. Dans mon agence, il y a bien eu des petits remous sur des renouvellements qui n'ont pas pu avoir lieu ou sur des embauches contrariées, mais rien, vraiment rien, de significatif au milieu du tourbillon quotidien. C'est l'agitation de la société civile et du monde politique, relayés par les médias, qui a attiré mon attention.

Cette levée de boucliers est venue des mêmes qui, il y a encore quelques mois, critiquaient violemment ces contrats aidés ! De droite comme de gauche. De la CGT, dont le délégué au sein de ma propre agence, n'a cessé depuis des années de m'expliquer que ce sont des emplois précaires et mal payés, à la droite libérale qui n'a cessé de répéter qu'ils ne servaient à rien et coûtaient beaucoup d'argent à la collectivité.

Hypocrisie

Quelle hypocrisie, encore aujourd'hui, d'entendre toutes ces girouettes s'offusquer de cette décision. Mais alors, messieurs, mesdames, il aurait fallu les considérer, les reconnaître, les valoriser depuis des années ! Car ils étaient utiles : ces contrats aidés permettaient d'insérer des demandeurs d'emploi (DE) éloignés de l'emploi en contrepartie d'aides financières pour l'employeur. Pour nous, conseillers à l'emploi, ils sont parfois la seule solution efficace et rapide pour assurer la réinsertion d'un demandeur d'emploi, d'un travailleur handicapé, d'une mère célibataire, d'un jeune sans qualification ou « discriminé »… Ce sont des contrats que j'ai pu proposer à mes cas les plus « compliqués ». J'ai des dizaines d'exemples vécus. Heureusement que j'avais d'ailleurs les contrats aidés pour arriver à obtenir un premier emploi pour mes deux jeunes filles issues des minorités !

>> A Lire aussi Carnet d'un conseiller de Pôle emploi #2 : la discrimination, un combat quotidien

Au sein même de nos agences, nous avons des contrats aidés (CAE), en général deux ou trois par agence. Jeunes ou seniors, il est rare qu'ils quittent l'agence sans avoir trouvé un emploi hors de nos murs. Certains quittent même leur emploi aidé avant son terme afin de profiter d'une opportunité, le seul fait d'être en emploi ayant décuplé leur confiance.


"Encore une fois, personne ne nous a consultés et nous sommes mis devant le fait accompli"


Que les emplois aidés dans le secteur marchand puissent créer des effets d'aubaine, c'est évident et constaté. Mais les contrats aidés dans le secteur public ou associatif ont une véritable utilité sociale, en particulier dans le domaine de la santé, de l'éducation ou l'associatif : agents des services hospitaliers (hygiène, nettoyage, service des repas), auxiliaire de vie en maison de retraite, secrétariat au sein d'une association. Ces emplois aidés viennent soulager les équipes débordées.

Il ne fallait pas les dénigrer comme cela a été fait par la majorité de la classe politique. Ni laisser penser qu'ils n'étaient que des emplois « bouche-trou », sans avenir. Nous, hommes et femmes de terrain, connaissons leur valeur et leur intérêt. Encore une fois, personne ne nous a consultés et nous sommes mis devant le fait accompli de la parole politique.


PAR DAVID BALCAIN

A LIRE AUSSI :

>> Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #7 : la délicate question de la formation


L'inspection du travail épingle Business France au temps de Muriel Pénicaud


Le Canard enchaîné affirme que de nombreuses infractions ont été constatées quand l’organisme était dirigé par l’actuelle ministre du Travail.

Une ministre du Travail peu respectueuse ... du droit du travail. Selon Le Canard enchaîné, à paraître mercredi, l'inspection du travail a constaté 671 infractions au Code du travail chez Business France, au moment où cet organisme public était dirigé par l'actuelle ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

Les infractions sont passibles d'une amende totale de 600 000 euros et portent sur la période de juillet 2016 à mai 2017, assure l'hebdomadaire.

Muriel Pénicaud a dirigé cet organisme public dépendant de Bercy et chargé de faire la promotion des entreprises françaises à l'étranger, de janvier 2015 jusqu'à sa nomination au ministère du Travail, en mai 2017.

Dépassements du plafond d’heures quotidiennes

Les inspecteurs ont relevé 557 dépassements du plafond d'heures quotidiennes pour 92 salariés, relève l'hebdomadaire satirique. Sur la durée hebdomadaire, plafonnée légalement à 48 heures, « au cours des 200 jours sur lesquels a portés le contrôle, 15 salariés ont crevé le plafond à 55 reprises. Avec un record à plus de 55 heures », écrit Le Canard enchainé.

Des agents ont aussi travaillé sans autorisation à des horaires de nuit, ou sans respecter le repos légal de 11 heures entre deux journées de travail, mais aussi en dépassant le plafond légal de jours travaillés pour les salariés au « forfait jour ».

Les activités de Business France sont dans le viseur d'une information judiciaire pour soupçons de favoritisme concernant un déplacement d'Emmanuel Macron à Las Vegas en janvier 2016, préparé par l'organisme alors dirigé par Mme Pénicaud.


S.C. avec AFP



Le Canard enchaîné N° 5069 du mercredi 20 décembre 2017

Comment les chiffres peuvent être manipulés: l’exemple de la présidentielle

INFOGRAPHIE - De nombreux chiffres sont régulièrement utilisés par les politiques et les journalistes pour étayer leurs propos. Or, il est aisé de manipuler des chiffres d'origine sérieuse et officielle, pour conforter sa propre argumentation. Explications avec des exemples tirés de la présidentielle 2017.

Emmanuel Macron veut lutter contre la diffusion d’informations fausses, ou "fake news". Des chiffres présentés comme alarmants alimentent régulièrement ces contenus mensongers. Dans la plupart des cas, ces statistiques sont totalement inventées ou proviennent d’études à la méthodologie peu rigoureuse. Il est alors possible pour le lecteur de se rendre compte seul de la supercherie en regardant plus précisément les sources.

Dans d’autres cas, à l'inverse, la "fake news" est plus difficile à déceler. Les sites partisans, les partis politiques et les candidats ont la fâcheuse manie de prendre des chiffres de sources officielles et de les tordre à leur goût. Les statistiques qu’ils donnent ne sont pas factuellement fausses, mais donnent une vision biaisée ou exagérée de la réalité. L'année 2017 a ainsi été rythmée par des guerres de chiffres sur le chômage, la violence et l'immigration.

Nous allons voir ci-dessous quelques techniques utilisées durant l'année 2017, marquée par la campagne présidentielle, pour manipuler les chiffres.

Prendre la définition qui arrange son propos


"Il y a 7 millions de chômeurs en France", déclare Marine Le Pen pour étayer son programme lors du débat d’entre deux tours. Pour arriver à ce chiffre, la patronne du FN a pris la définition la plus large possible du chômage. En incluant absolument toutes les personnes inscrites à Pôle emploi, qu’elles soient sans emploi, en temps partiel, en stage, en arrêt maladie, tenues ou non de chercher un emploi (catégorie A, B, C, D et E), on arrive effectivement à 6,2 millions de chômeurs en mars 2017. En ajoutant l’Outre-Mer, l’addition gonfle jusqu’à 6,6 millions de chômeurs.

Cependant, si l’on prend la définition beaucoup plus restrictive du Bureau international du travail (BIT), un "chômeur" doit être strictement sans emploi, disponible immédiatement et en recherche active d'emploi.

Avec ces critères, l’Insee ne trouve "que" 2,7 millions de chômeurs en France métropolitaine au premier trimestre de 2017. En statistiques, tout n’est qu’une question de définition. Selon ce qu’on choisit d’appeler un "chômeur", un "immigré" ou encore un "produit exporté", il est possible d’arriver à des décomptes bien différents.

Parler en volume


"Il y avait plus de chômeurs dans les années 1990 qu’aujourd’hui": cet argument utilisé par Emmanuel Macron lors du débat télévisé avec Marine Le Pen est à la fois vrai et faux. En termes de volume, Emmanuel Macron a tort: les chômeurs étaient 2,622 millions à la fin du second trimestre de 1994 contre 2,783 millions en fin d’année 2016. Mais cette hausse s'explique surtout par l'augmentation de la population française, non prise en compte ici.

Au contraire, si l'on parle de taux de chômage, Emmanuel Macron a tout à fait raison. Il s’élevait à 10,4% au second trimestre de 1994 contre 9,7% fin 2016. Un chiffre, donné seul, manque de perspective: il a besoin d’être mis en relation avec d’autres, comme ici le nombre de chômeurs par rapport à la population active globale. Les évolutions données en taux ou en indice 100 sont donc plus fiables que celles transmises en volume.

Choisir la moyenne plutôt que la médiane

32.000 personnes ont permis à Emmanuel Macron de réunir 1,6 millions d’euros lors de la campagne présidentielle de 2017. Par simple division, on obtient un don moyen de 250 euros. Ce chiffre a servi aux détracteurs du candidat à souligner ses riches soutiens. Emmanuel Macron se défend par la suite en donnant le montant du don médian, soit 50 euros. C’est-à-dire que 50% de ses soutiens ont donné moins de 50 euros, quand 50% ont donné plus. Ce sont donc les très gros donateurs qui ont fait explosé la moyenne.

La médiane est beaucoup moins influencée par les extrêmes et retranscrit avec plus de justesse la réalité. Pourtant, la moyenne est très utilisée par les médias: elle donne des chiffres plus impressionnants.

Se fonder sur une évolution ponctuelle


Fin janvier 2017, Marisol Touraine vante les mérites de sa politique de lutte contre le tabagisme à partir d’un chiffre choc: les ventes de cigarettes ont baissé de 14,3% en décembre 2016 par rapport à décembre 2015. Or, il ne s’agit là que d’une évolution mensuelle, qui ne montre pas une tendance sur le long terme. Les ventes peuvent beaucoup fluctuer d’un mois à l’autre. D’ailleurs, dès le mois suivant, les ventes de cigarettes repartent à la hausse. Sur l’ensemble de l’année 2016, on observe effectivement une légère baisse de 1,6%, loin des 14,3% vantés par l’ancienne ministre de la Santé pour défendre le bilan du gouvernement.

Les évolutions ponctuelles sont très utilisées par les politiques et les médias. Les chiffres du chômage sont commentés mois après mois, ce qui permet de mettre en avant de fortes baisses ou hausses.





[Classement] Le top 100 des entreprises qui recrutent en 2018

Les 100 entreprises de notre enquête prévoient 141 000 embauches, portées par la numérisation de l’économie, mais aussi par la transformation énergétique.

Encore un indicateur au vert sur le front de l’emploi : les déclarations d’embauche de plus d’un mois ont augmenté de 8,6 % en un an, selon un bilan publié fin décembre par l’Urssaf, de 10,8 % dans l’industrie. Les entreprises recrutent plus que jamais. Une tendance confirmée par celles que « L’Usine Nouvelle » a interrogées. En effet, les volumes d’embauche prévus pour 2018 sont au plus haut. Les 100 plus gros recruteurs annoncent 141 000 recrutements, contre 123 000 l’an passé. Plus de la moitié des entreprises (55,4 %) anticipent un nombre d’embauches supérieur à celui de 2017. Elles n’étaient qu’un tiers il y a deux ans. Autre caractéristique de l’année à venir, une forte proportion de contrats pérennes. Les trois quarts des recrutements annoncés dans nos colonnes se feront en contrat à durée indéterminée. L’Urssaf relève d’ailleurs une croissance de 17 % des CDI entre novembre?2016 et novembre?2017, la tendance va donc se prolonger. Les difficultés à recruter, sur un marché de l’emploi en pleine mutation, poussent les entreprises à fidéliser les perles rares.

Bâtiment, énergie, transports

Les dix plus gros recruteurs 2018 de notre classement figuraient déjà parmi les onze plus importants de 2017. Grande stabilité, voire augmentation des besoins des entreprises du bâtiment, de l’eau et de l’énergie, comme Bouygues et Vinci, qui annoncent respectivement 1 900 et 1 500 recrutements de plus qu’en 2017, Engie, Saint-Gobain, Veolia… Les grands du transport, en particulier la SNCF et la RATP, ne calment pas non plus le rythme, pas plus que La Poste, portée par le développement de ses services bancaires, notamment aux entreprises, et Orange. Les cabinets de conseil, ingénieristes et ESN continuent à recruter de gros bataillons, notamment de cadres et d’ingénieurs. À noter : certaines grandes entreprises comme Airbus, Total, PSA et Renault ne nous ont pas communiqué leurs prévisions.

Ces embauches massives ne sont pas incompatibles avec des disparitions d’emplois. La SNCF annonce 2 000 suppressions de postes – essentiellement des départs à la retraite non remplacés – et 5 250 recrutements – notamment pour les contacts avec la clientèle et les infrastructures. L’économie se numérise, la révolution énergétique bouleverse les métiers, beaucoup d’entreprises renouvellent profondément leurs équipes, remplaçant les postes dont elles n’ont plus besoin par de nouvelles compétences difficiles à trouver. Selon une enquête de Pôle emploi, en 2017, 150 000 offres, soit 4,7 %, ont été abandonnées faute de postulants. 88 % des entreprises que nous avons interrogées citent l’insuffisance de candidats comme une raison de leurs difficultés. 2018 devrait être une bonne année pour les cabinets de recrutement…

méthodologie
Enquête réalisée du 20?novembre au 1er?décembre 2017 à partir d’un questionnaire élaboré par la rédaction de « L’Usine Nouvelle » et envoyé à près de 500 entreprises de l’industrie, des services à l’industrie et du numérique.

 


 CÉCILE MAILLARD

Au coeur de la transformation numérique de Pôle emploi

Laurent Stricher, était l'invité de 01- Business Forum, l'hebdo du 17 février 2018 présenté par Frédéric Simottel sur BFM Business.

Dans son émission hebdomadaire consacrée à l'actualité du numérique, BFM Business a reçu Laurent Stricher sur le thème de la transformation numérique de Pôle emploi.

L'occasion pout Laurent Stricher d'expliquer comment la DSI accompagne l'évolution de l'offre de service de Pôle emploi et de valoriser l'investissement de toutes les équipes dans cette transformation.



>> Lire la retranscription écrite de cet échange.


BFM Business - 01 Business - Au coeur de la transformation numérique de Pôle Emploi
17/02/2018 à 17h45

Frédéric SIMOTTEL, journaliste présentateur : Notre invité, aujourd’hui, Laurent STRICHER, DSI de Pôle emploi. Bonjour, Laurent.

Laurent STRICHER, DGA systèmes d'information de Pôle Emploi : Bonjour.

Frédéric SIMOTTEL, journaliste présentateur :
Merci d’être avec nous. Vous êtes aussi lauréat, on vous reçoit aussi à ce titre, lauréat du trophée de DSI de l’année du magazine IT for Business. Pierre LANDRY vient régulièrement sur ce plateau. Donc Pôle emploi est bien là. Aujourd’hui, vous êtes avec nous pour nous donner un peu tous les enjeux autour du système d’information de Pôle emploi. On rappelle Pôle emploi à quelques chiffres. 54 000 agents conseillers, 600 000 offres d’emplois par jour à gérer, plus de 46 millions de visites par mois sur le site, et il y a déjà de plus de 2 millions de téléchargements qui ont été faites sur l’application Pôle emploi. Donc, il faut gérer tous ces flux de données. La DSI de Pôle emploi, c’est 14 sites, c’est 1 600 personnes, un centre de back up, un centre de postproduction, 7 entités régionales. Vous voyez, c’est vraiment une grosse machine à faire tourner. Vous êtes à la tête de tout ça, Laurent STRICHER. Alors aujourd’hui, c’est quoi les enjeux SI Pôle emploi ? Alors, dépoussiérer c’est fait, maintenant, il faut regarder vers l’avenir. Alors, qu’est-ce que vous regardez dans l’avenir avec Pôle emploi ?

Laurent STRICHER, DGA systèmes d'information de Pôle Emploi :
Alors l’avenir, c’est d’abord une formidable impulsion de la direction générale sur le virage digital. Et ça, ça fait quelques années qu’on l’a eu. Pourquoi on a changé finalement ? Dans un souci de simplification de l’expérience usager, dans un souci de personnalisation de la relation de service avec nos usagers. Je rappelle que les usagers, parce qu’il faut peut-être le rappeler pour ceux qui ne connaissent pas tellement Pôle emploi, il y a les demandeurs d'emploi, pour lesquels on réalise l’indemnisation et l’accompagnement dans les transitions professionnelles, et puis aussi les entreprises, et on va supporter, pour les entreprises, leur projet de recrutement. Voilà nos usagers.

Frédéric SIMOTTEL, journaliste présentateur :
Oui, c’est ça. Vous êtes vraiment au coeur. Et puis derrière, il y a vos usagers internes, qui doivent aussi accéder à cette information…

Laurent STRICHER, DGA systèmes d'information de Pôle Emploi :
Il y a nos usagers internes qui sont une part importante, puisque dans ce virage digital, on a misé finalement sur ce qu’on appelle, nous, « le mix physique digital ». Donc, derrière ce jargon, il y a le fait qu’on amène le digital au poste de travail du conseiller. Et finalement, on va augmenter le parcours du demandeur d’emploi ou d’une entreprise, parce que le conseiller sera mieux équipé, et bénéficiera d’outil de recommandation.

 

A LIRE AUSSI :

>> Laurent Stricher élu DSI de l'année par le jury IT for BUSINESS | Écrit par CIGREF | 18/01/2018

>>  Digitalisation : depuis deux ans, pôle emploi rend ses données publiques | Boursorama - Le Parisien | 13/06/2017

Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #7 : la délicate question de la formation

David Balcain est conseiller Pôle emploi dans le nord de la France. Au « Point », il raconte son quotidien, entre excès de bureaucratie et cruelles réalités.

C'est peut-être la partie de mon job que je préfère, la plus motivante même : monter des dossiers de formation pour un demandeur d'emploi (DE) disposé à se donner de nouvelles chances sur le marché de l'emploi et à s'ouvrir de nouveaux horizons professionnels. Je l'aide sur la partie administrative et bureaucratique, car les circuits de financement sont d'une extrême complexité, avec leur lot d'acronymes indigestes – OPCA, Fongefif, CPF, CIF-CDD, AIF, Aref, ASP, RFF, RFPE, FAJ. Le plus compliqué, c'est toujours de trouver le financement. Il faut étudier toutes les pistes, connaître les orga...


>> ARTICLE RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

 
 PAR DAVID BALCAIN (AVEC BEATRICE PARRINO)

A LIRE AUSSI :

>> Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #8 : histoire d'enfants gâtés