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Assurance chômage: des systèmes très différents en Europe

Les systèmes d'assurance chômage varient fortement selon les pays européens, qu'il s'agisse du montant de l'allocation, des conditions pour y prétendre ou de la durée d'indemnisation. Passage en revue au moment où les partenaires sociaux s'apprêtent à en renégocier les règles en France.

ALLEMAGNE
Pour prétendre à une indemnisation, il faut avoir cotisé au moins 12 mois au cours des deux années précédentes.

L'allocation perçue est calculée selon une formule complexe, qui prend en compte la durée de cotisation, le salaire mais aussi la situation familiale ou le taux d'imposition. Elle se monte en moyenne à 60% du salaire net (pour les bénéficiaires sans enfants).

Elle est versée pendant un an maximum, deux ans pour les chômeurs âgés. Elle n'est pas dégressive. Au bout d'un an, les chômeurs passent dans le système dit "Hartz IV", un régime d'allocation dont le montant est calculé au plus juste. Il est actuellement de 404 euros par mois pour une personne seule, mais l'Agence pour l'emploi prend aussi en charge d'autres dépenses, comme le loyer dans une certaine limite, ou celles liées à la scolarisation des enfants.


 

ROYAUME-UNI
L'indemnité chômage est versée à tout majeur en recherche active d'emploi. Elle est versée pendant 6 mois et s'élève à 57,90 livres (75 euros) par semaine pour les 18-24 ans, 73,10 livres (94 euros) pour les chômeurs de plus de 25 ans. Elle n'est pas dégressive.

Si la personne a payé des impôts pendant les deux années précédentes, ou en fonction de critères de bas revenus ou de handicap, une autre indemnité peut prendre le relais au bout de six mois.


 

ESPAGNE
Les personnes qui ont travaillé au moins un an au cours des six dernières années ont droit à des indemnités chômage, qui dépendent du nombre de jours travaillés: cela va de 120 jours d'indemnisation pour 360 jours de cotisation à 720 jours d'indemnisation maximum pour au moins 2.160 jours de cotisation (près de six ans).

L'indemnisation est dégressive: 70% du salaire de référence pendant six mois, puis 50%. Le montant minimum est de 497 euros pour une personne seule (664,75 euros pour une personne avec un enfant ou plus) et le maximum de 1.087,20 euros (1.397,84 euros avec un enfant ou plus).


 

ITALIE
Pour prétendre aux indemnités chômage, il faut avoir cotisé 13 semaines au cours des quatre dernières années et avoir travaillé au moins 30 jours au cours des 12 derniers mois.

La durée d'indemnisation dépend de la durée de cotisation, avec un maximum fixé à deux ans.

Le montant est de 75% du salaire, avec un minimum d'environ 900 euros par mois et un maximum de 1.300 euros par mois. Il est dégressif puisqu'il diminue de 3% par mois à partir du quatrième mois.


 

DANEMARK
Obtenir une indemnisation requiert d'avoir travaillé 52 semaines au cours des trois dernières années et d'être affilié à une caisse d'assurance-chômage, ce qui se fait volontairement. Les chômeurs qui viennent de finir leurs études ont aussi droit à être indemnisés, celles-ci étant considérées comme un travail.

L'indemnisation peut durer jusqu'à deux ans. Au pays de la "flexisécurité" (indemnisation élevée des chômeurs en échange d'une faible protection de l'emploi), les prestations restent stables à 90% du salaire brut moyen des trois derniers mois. Elles sont plafonnées à 4.135 couronnes danoises par semaine, ce qui correspond, par mois, à environ 2.400 euros.





Expliquez-nous... l'Unédic

Alors que les négociations de la nouvelle convention Unédic ont commencé, France Info vous rappelle le fonctionnement de l’assurance chômage.

L'Unédic (Union nationale interprofessionnelle pour l'emploi dans l'industrie et le commerce), c'est l'assurance chômage, l'organisme qui permet à celui, ou celle, qui perd son emploi de toucher un revenu de remplacement. Sa création remonte à 1958, dans la France du plein emploi, puisque le taux de chômage était d'environ 1% à l’époque.

Fonctionnement

Le système de financement de l’Unédic est le suivant : les entreprises paient des cotisations (4% du salaire brut) et les salariés aussi (2,4% de leur salaire brut). La masse d'argent récoltée représente environ 34 milliards d'euros annuels, qui sont redistribués sous forme d'allocations chômage.

Dans l'idéal, il faudrait au moins que les dépenses et les recettes de l'Unédic soient équilibrées. Mais aujourd'hui, avec un taux de chômage à plus de 10%, il y 38 milliards d'euros de dépenses par an, d'où un déficit annuel de 4 milliards.

Pour boucler les budgets, l’Unédic emprunte sur le marchés financiers, année après année. L'accumulation de ces emprunts a créé une dette de 29 milliards d'euros environ qu'il faut tenter de résorber.

Syndicats et patronat gèrent l’Unédic

C’est l’affaire des partenaires sociaux, c'est à dire syndicats et patronats, puisque ce sont les salariés et les patrons qui cotisent. Les deux parties se réunissent tous les deux ans pour signer une convention Unédic, afin de suivre les évolutions du marché du travail. La convention actuelle vient à échéance le 30 juin prochain. D'ici là, les partenaires sociaux doivent se mettre d'accord.
Le rôle de l’Etat

L'Etat peut jouer les arbitres. Déjà, en tant que garant des emprunts de l'Unédic, il se permet de donner des directives aux partenaires sociaux avant les négociations. Par exemple, il peut évoquer la dégressivité des allocations chômage pour faire baisser les dépenses.

Après, une fois que la nouvelle convention est signée, l'Etat donne son agrément et peut aussi mettre son véto. Et puis, si les syndicats et le patronat n'ont pas trouvé d'accord à l'issue des négociations, l'Etat tranche et définit lui-même les règles.

Qui touche les allocations ?

Sur l'ensemble des demandeurs d'emploi toutes catégories (6,1 millions inscrits à Pôle emploi), seuls 43% touchent des allocations chômage. L'allocation moyenne est de 1.100 euros net par mois.





Gérald Roux


A VOIR AUSSI :

>> Expliquez-nous... Pôle Emploi | France Info - Gilbert Chevalier | 29/09/2015


Quelles sont les caractéristiques de l'assurance chômage ?

Quel est le champ de la politique de l’emploi ? | Quel est le budget consacré à l’emploi et au marché du travail ? | Qu’est-ce que le service public de l’emploi ? | Qu’est-ce Pôle Emploi ? | Qu’est-ce que l’UNEDIC ? | Qu’est-ce que l’assurance chômage ? | Quelles sont les caractéristiques de l’assurance chômage ? | Quel est le système d’indemnisation du chômage ? | Qu’est-ce que le Fonds de solidarité ? | Qu’est-ce qu’une politique d’"activation" des dépenses sociales ? |

Le système d’indemnisation du chômage a fortement évolué au cours du temps, à la fois dans ses finalités et dans l’importance des ressources financières mobilisées.

En 1945, au moment où est créée la Sécurité sociale, le chômage n’est pas considéré comme un risque. On connaît à cette époque un déficit de main-d’œuvre pour faire face aux reconstructions de l’après-guerre puis à l’essor industriel du pays.

C’est la convention nationale du 31 décembre 1958, signée par les organisations représentatives des employeurs et des salariés, qui crée l’assurance chômage. Il s’agit surtout d’accompagner les salariés dans les périodes de transition entre deux emplois qui sont alors de courte durée. Relevant de la sphère professionnelle, l’assurance chômage est placée sous la responsabilité des partenaires sociaux.

À la fin des années 1970, lorsque s’installe un chômage important et durable, le système d’indemnisation passe d’un dispositif de « transition professionnelle » à un système de prise en charge socialisée d’un risque.

Ce sont les organisations de salariés et d’employeurs, représentées à parts égales (on parle de système paritaire), qui garantissent le bon fonctionnement et le financement de l’assurance chômage :

• en fixant, par voie conventionnelle (c’est-à-dire en négociant puis en signant des accords), le montant et la durée de versement des prestations aux chômeurs. L’État intervient en fin de processus pour agréer l’accord signé par les partenaires sociaux après avoir vérifié notamment qu’il est cohérent avec les actions menées en matière d’emploi par les pouvoirs publics ;

• en veillant à la bonne application de la réglementation et au financement du système.


>> Quel est le champ de la politique de l’emploi ?

On entend par politique de l’emploi les interventions publiques qui ont pour objectif de corriger les déséquilibres et les conséquences néfastes du marché du travail. Les politiques de lutte contre le chômage en sont un des éléments parmi d’autres. En effet, le champ d’intervention est vaste et les mesures mises en œuvre nombreuses.

Les interventions générales bénéficient à l’ensemble des salariés quelles que soient leurs caractéristiques individuelles mais en lien avec leur situation sur le marché du travail. Il s’agit des :

• dispositifs d’allègements généraux de cotisations sociales ou d’impôts en faveur des bas salaires ou des heures supplémentaires ;

• incitations financières à l’emploi ;

• exonérations de cotisations sociales ou fiscales en faveur de certaines zones géographiques ou de certains secteurs économiques (hôtels-cafés-restaurants, services à la personne, agriculture).

Ces politiques visent à abaisser le coût du travail dans le but de maintenir ou d’encourager la création d’emplois. Elles permettent également d’améliorer la compétitivité des entreprises en diminuant le coût de la main-d’œuvre ou de redynamiser économiquement certaines zones géographiques en incitant les entreprises à s’y implanter.

Parmi les mesures ciblées, on trouve les dispositifs s’adressant à des catégories particulières, tels que les jeunes, les chômeurs de longue durée, les seniors, les personnes handicapées… Ces mesures permettent de compenser des difficultés spécifiques (manque ou absence de qualification, nécessité d’aménager un poste de travail par exemple) afin de rendre les populations cibles plus « employables ».

À ce premier niveau d’analyse, on peut en ajouter un second selon que ces mesures sont :

• actives, c’est-à-dire qu’elles incitent le bénéficiaire à reprendre une activité professionnelle (par exemple la prime à l’emploi ou le RSA activité, remplacé en 2016 par la prime d’activité), à se former pour mieux répondre aux besoins du marché de l’emploi (dispositifs de formation professionnelle), à soutenir l’emploi (politiques d’exonération de charges sur les bas salaires) ;

• passives, c’est-à-dire qu’elles permettent au bénéficiaire de faire face financièrement à la période de chômage (politiques d’indemnisation du chômage), ou qu’elles soutiennent les retraits d’activité (politiques de prise en charge des pré-retraites).


>> Quel est le budget consacré à l’emploi et au marché du travail ?

Selon une étude de novembre 2015 de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du Travail, les dépenses en faveur de l’emploi et du marché du travail se sont montées, en 2013, à 96,4 milliards d’euros (Md€), soit 4,6 points de PIB. Dans ces dépenses, les dispositifs ciblés en faveur du marché de l’emploi représentaient 50,9 Md€, les dispositifs généraux 45,5 Md€.

Dans le bloc des dispositifs ciblés, trois postes budgétaires principaux :

• les dépenses pour les politiques du marché du travail représentaient, en 2013, 72% des montants, très majoritairement consacrés au soutien des revenus sous forme, principalement, d’allocations-chômage ;

• les dépenses « actives » représentaient 14% pour la même année. On y trouve notamment toutes les mesures de formation professionnelle et de contrats aidés ;

• les moyens consacrés au service public de l’emploi (SPE) et à l’accompagnement des chômeurs constituaient 14% de la dépense.

Dans le bloc des dispositifs généraux, les aides visent principalement à réduire le coût du travail pour certains groupes de salariés, certains territoires ou certains secteurs économiques. Ils prennent généralement la forme de transferts aux entreprises et, plus rarement, de soutien aux revenus des personnes en emploi.

Les trois quarts environ de ces aides (33,1 Md€ en 2013) sont consacrés aux exonérations de charges, principalement sur les bas salaires, suivies par le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) (12 Md€).

Les aides financières à l’emploi (prime pour l’emploi, RSA activité, fusionnés en 2016 dans la prime d’activité) ont pour objectif de rendre plus rémunérateurs l’accès ou le retour à l’emploi et l’augmentation de la durée travaillée, en apportant des aides financières complémentaires aux revenus d’activité (4 Md€ en 2013).

Les aides au profit de certaines zones géographiques (DOM, zones sensibles d’aménagement du territoire et quartiers prioritaires de la politique de la ville) prennent principalement la forme d’exonérations de cotisations ou de réductions d’impôts pour les entreprises qui s’y installent (556 millions d’euros en 2013).

Les aides au secteur des services à la personne ont atteint près de 6,3 Md€ en 2013.

Les aides à l’emploi dans le secteur agricole représentent 517 millions d’euros.

Enfin, 17,4 Md€ ont été consacrés en 2013 à « l’activation » des dépenses en faveur de l’emploi de certains minima sociaux. C’est le cas pour trois dispositifs qui sont intégrés dans les dépenses ciblées en faveur du marché du travail, au titre de l’indemnisation du chômage : l’allocation de solidarité spécifique (ASS), l’allocation équivalent retraite (AER) et l’allocation temporaire d’attente (devenue en 2015 allocation pour demandeur d’asile).


>> Qu’est-ce que le service public de l’emploi ?

Le service public de l’emploi (SPE) rassemble les acteurs publics et privés chargés de la mise en œuvre de la politique de l’emploi et de la formation professionnelle. Il est placé sous la tutelle du ministère chargé de l’emploi et de la formation professionnelle et dirigé par la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP).

Ses missions sont définies par l’article L5311-1 du Code du travail qui dispose que « le service public de l’emploi a pour mission l’accueil, l’orientation, la formation, l’insertion ; il comprend le placement, le versement d’un revenu de remplacement, l’accompagnement des demandeurs d’emploi et l’aide à la sécurisation des parcours professionnels de tous les salariés ».

En 2012, les dépenses liées au SPE s’élevaient à 5,2 milliards d’euros (Md€), principalement consacrées aux dépenses de fonctionnement et de personnel de Pôle Emploi (3,9 Md€).

Le SPE est constitué principalement de :

• l’État (principalement le ministère chargé de l’emploi et de la formation professionnelle) et des directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE), qui conservent la compétence de droit commun en matière de politique de l’emploi ;

• Pôle emploi, issu de la fusion en 2008 de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) – en charge du placement des demandeurs d’emploi – et des Associations pour l’emploi dans l’industrie et le commerce (ASSEDIC) – en charge de l’indemnisation des chômeurs ;

• l’Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) ;

• l’UNEDIC qui administre le régime d’assurance chômage et fixe les modalités d’indemnisation.

Peuvent également participer au service public de l’emploi les organismes publics ou privés dont l’objet consiste en la fourniture de services relatifs au placement, à l’insertion, à la formation et à l’accompagnement des demandeurs d’emploi, les organismes ayant pour objet l’insertion par l’activité économique, les entreprises de travail temporaire, ainsi que les agences de placement privées (art. L5311-4 du Code du travail).

Le SPE est structuré en quatre niveaux géographiques (national, régional, départemental et local) qui rassemblent les instances de pilotage et de coordination de l’État, de Pôle emploi et de l’AFPA, mais également les collectivités territoriales, afin de mettre en œuvre de la manière la plus adaptée la politique de l’emploi. Même si cette dernière obéit à des règles et directives nationales, elle est coordonnée localement pour répondre aux besoins des territoires et de ses réalités économiques.


>> Qu’est-ce Pôle Emploi ?

Pôle Emploi est l’acteur central des politiques d’emploi en France. Créé en 2008, il est issu de la fusion de l’Agence nationale pour l’Emploi (ANPE), en charge du placement des demandeurs d’emploi, et de l’UNEDIC et de son réseau d’ASSEDIC, en charge de leur indemnisation. Cette réforme a été faite dans un souci de simplification et de clarification. Depuis cette date, les demandeurs d’emploi ont ainsi un seul interlocuteur, et c’est une même entité qui coordonne l’intégralité de la politique de l’emploi.

Pôle Emploi est un établissement public administratif dont les deux tiers des sièges du conseil d’administration sont confiés aux partenaires sociaux (représentants des syndicats de salariés et des organisations patronales).

Ses ressources proviennent pour un tiers de l’État et pour deux tiers de l’assurance chômage, qui lui attribue 10% des cotisations d’assurance chômage recouvrées.

Pôle emploi a pour missions principales de :

• collecter les offres d’emploi, aider et conseiller les entreprises dans leur recrutement, mettre en relation les offres et les demandes d’emploi ;

• accompagner les personnes à la recherche d’un emploi, d’une formation ou d’un conseil professionnel ;

• procéder aux inscriptions sur la liste des demandeurs d’emploi, assurer le contrôle de la recherche d’emploi ;

• indemniser pour le compte de l’organisme gestionnaire du régime d’assurance chômage et pour le compte de l’État ;

• mettre à disposition les données relatives au marché du travail et à l’indemnisation des demandeurs d’emploi ;

• mettre en œuvre toutes les autres actions confiées par l’État, les collectivités territoriales et l’UNEDIC en relation avec sa mission.

La création de Pôle emploi a modifié les règles de recouvrement des cotisations qui sont désormais collectées par les URSSAF (Unions de recouvrement des cotisations de Sécurité sociale et d’allocations familiales).


>> Qu’est-ce que l’UNEDIC ?

L’union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce (UNEDIC) est le gestionnaire de l’assurance chômage.

C’est un organisme de droit privé (association loi 1901) chargé d’une mission de service public. C’est par ailleurs une instance paritaire dirigée à parts égales par des représentants d’organisations syndicales patronales et de salariés. Son conseil d’administration est ainsi composé de 50 membres issus pour moitié de syndicats de salariés et pour moitié de syndicats d’employeurs.

L’UNEDIC a été jusqu’en 2008 un opérateur de terrain des politiques de l’emploi via son réseau des ASSEDIC, en collectant les cotisations chômage et en indemnisant les demandeurs d’emploi. Après la création de Pôle emploi, son action s’est recentrée sur une activité de pilotage et de gestion des politiques d’assurance chômage au travers de quatre missions spécifiques :

• prescrire les conditions de mise en œuvre des dispositifs d’assurance chômage négociés et décidés par les partenaires sociaux. L’UNEDIC a pour mission de traduire ces décisions en termes juridiques et informatiques afin de les appliquer aux demandeurs d’emploi et aux employeurs (convention d’assurance chômage, circulaires, accords d’application, consignes sur l’application des règles) ;

• gérer les finances de l’assurance chômage pour garantir la continuité de l’indemnisation du chômage ;

• apporter aux partenaires sociaux des éléments d’information et d’aide à la décision : prévisions, études, simulations et analyses statistiques, économiques et financières ;

• contrôler et auditer les opérateurs pour garantir la mise en œuvre des règles de l’assurance chômage conformément aux orientations et aux objectifs des partenaires sociaux.


>> Qu’est-ce que l’assurance chômage ?

L’assurance chômage est un système de protection sociale qui a une double mission : indemniser les chômeurs et favoriser leur retour à l’emploi.

L’assurance chômage est obligatoire pour tous les salariés du secteur privé. Les cotisations, proportionnelles au montant du salaire, sont versées à la fois par l’employeur et le salarié.

En cas de chômage, et s’il remplit certaines conditions, le chômeur reçoit un revenu de substitution qui est fonction du salaire de son ancien emploi (et donc de ses cotisations). Le rapport entre l’indemnisation et le salaire perdu est toutefois plus élevé pour les bas revenus. On peut donc dire que l’assurance chômage répond à une logique à la fois assurantielle et redistributive.

Pour les chômeurs qui ne remplissent pas, ou plus, les conditions d’indemnisation, l’État finance des aides, qui relèvent non pas de l’assurance chômage mais de la solidarité nationale via le Fonds de solidarité : par exemple, l’allocation de solidarité spécifique, le RSA fusionné dans la prime d’activité en 2016… etc.


>> Quelles sont les caractéristiques de l’assurance chômage ?

Le système d’indemnisation du chômage a fortement évolué au cours du temps, à la fois dans ses finalités et dans l’importance des ressources financières mobilisées.

En 1945, au moment où est créée la Sécurité sociale, le chômage n’est pas considéré comme un risque. On connaît à cette époque un déficit de main-d’œuvre pour faire face aux reconstructions de l’après-guerre puis à l’essor industriel du pays.

C’est la convention nationale du 31 décembre 1958, signée par les organisations représentatives des employeurs et des salariés, qui crée l’assurance chômage. Il s’agit surtout d’accompagner les salariés dans les périodes de transition entre deux emplois qui sont alors de courte durée. Relevant de la sphère professionnelle, l’assurance chômage est placée sous la responsabilité des partenaires sociaux.

À la fin des années 1970, lorsque s’installe un chômage important et durable, le système d’indemnisation passe d’un dispositif de « transition professionnelle » à un système de prise en charge socialisée d’un risque.

Ce sont les organisations de salariés et d’employeurs, représentées à parts égales (on parle de système paritaire), qui garantissent le bon fonctionnement et le financement de l’assurance chômage :

• en fixant, par voie conventionnelle (c’est-à-dire en négociant puis en signant des accords), le montant et la durée de versement des prestations aux chômeurs. L’État intervient en fin de processus pour agréer l’accord signé par les partenaires sociaux après avoir vérifié notamment qu’il est cohérent avec les actions menées en matière d’emploi par les pouvoirs publics ;

• en veillant à la bonne application de la réglementation et au financement du système.


>> Quel est le système d’indemnisation du chômage ?

Le système d’indemnisation du chômage repose sur deux piliers.

• Un pilier assurantiel

Si on parle d’« assurance » chômage, c’est pour signifier que le système est contributif et financé par des cotisations, au même titre, par exemple, que les risques couverts par la Sécurité sociale (maladie, retraite, etc.).

Les contributions d’assurance-chômage sont versées à la fois par les salariés et par les employeurs. Elles sont calculées sur la masse salariale brute dans la limite de 4 plafonds de la Sécurité sociale, soit, en 2014, 150 192€ annuels. Ces cotisations ouvrent droit à la perception de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) qui représente 57% du salaire brut et qui ne peut être inférieure à 28,58€ par jour.

La particularité de ce pilier assurantiel est qu’il est régi par les partenaires sociaux qui fixent à la fois les taux de cotisations et les règles et montants des prestations par voie conventionnelle.

• Un pilier de solidarité

L’une des caractéristiques des prestations chômage est leur dégressivité, c’est-à-dire que leur montant diminue au cours du temps. Lorsque les demandeurs d’emploi arrivent en « fin de droits », ils peuvent bénéficier de dispositifs dits de solidarité gérés par l’État via un Fonds de solidarité, dès lors qu’ils justifient de 5 ans d’activité salariée dans les 10 ans précédant la fin du contrat de travail à partir de laquelle ont été ouverts leurs droits aux allocations d’assurance.


>> Qu’est-ce que le Fonds de solidarité ?

La mission du Fonds de solidarité est de réunir les moyens de financement des aides versées aux personnes sans emploi qui ne relèvent pas ou plus de l’assurance chômage.

Le Fonds de solidarité, créé en 1982, est financé par la contribution de solidarité prélevée à la source sur les traitements des fonctionnaires et agents publics relevant de l’État, des collectivités locales, des établissements hospitaliers et autres organismes ou entreprises publiques (par exemple les industries électriques et gazières). Cette contribution s’élève à 1% de leur rémunération. Le Fonds reçoit par ailleurs une subvention de l’État qui lui permet d’équilibrer ses recettes et ses dépenses.

En 2014, le Fonds de solidarité a ainsi collecté 1,3 milliard d’euros (Md€). Le montant total des allocations financées a représenté 2,6 Md€.

Les allocations et aides qui relèvent du régime de solidarité sont les suivantes :

• allocation de solidarité spécifique (ASS) ;

• allocation équivalent retraite (AER) ;

• prime forfaitaire de reprise d’activité ;

• allocation du fonds de professionnalisation et de solidarité ;

• aide aux chômeurs créateurs et repreneurs d’entreprise (ACCRE) pour les bénéficiaires de l’ASS.


>> Qu’est-ce qu’une politique d’"activation" des dépenses sociales ?

On entend par activation des dépenses sociales le conditionnement du versement d’une prestation à une attitude active du bénéficiaire pour sortir de sa condition de receveur passif, et donc à une exigence de formation ou de recherche active d’emploi. L’activation consiste également à compléter par une aide financière les très bas salaires afin de rendre le travail « payant ».

La politique d’activation, de plus en plus fréquente aujourd’hui, aussi bien dans la philosophie que dans la mise en pratique des prestations sociales, tranche avec le modèle traditionnel du versement sans contrepartie des bénéficiaires.

Cela se traduit différemment en fonction du type de prestation :

• par l’accent mis sur l’effort d’insertion, comme cela a été le cas avec la création en 1988 du revenu minimum d’insertion ;

• par la nécessité d’apporter la preuve d’une recherche active d’emploi ou d’inscription dans un processus de formation pour les demandeurs bénéficiant de l’assurance chômage ;

• par le versement d’une prestation qui offre un complément de ressources aux personnes qui se maintiennent dans l’emploi avec une faible rémunération (prime d’activité qui a remplacé depuis le 1er janvier 2016 la prime pour l’emploi et le RSA activité).

Derrière ces dispositifs particulièrement prégnants dans les politiques de lutte contre le chômage ou l’action sociale, on trouve deux conceptions de l’activation.

• Une première est celle du « Workfare » anglo-saxon qui consiste à conditionner le versement d’une prestation à l’occupation d’un emploi, même faiblement rémunéré ou en deçà des compétences de la personne concernée. Dans cette conception, on privilégie l’effort et la responsabilisation individuels.

• Une seconde conception est proche d’une logique dite de « flexisécurité » que l’on retrouve dans les pays du nord de l’Europe. En contrepartie d’une grande flexibilité du marché de l’emploi, le versement d’allocation d’un montant assez généreux sur une durée assez longue s’accompagne d’un effort conséquent des individus à se former et à s’engager dans une recherche active d’un emploi.

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Comment calcule-t-on les chiffres du chômage?

Pour évaluer le chômage en France, il y a deux méthodes, celle de l'Insee et celle de Pôle Emploi. Le Figaro fait le point sur les différences de calcul.


En France, on utilise deux indicateurs principaux sur le chômage: le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT, agence spécialisée de l'ONU) calculé par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et le nombre de demandeurs d'emploi (on ne parle pas de chômeurs) inscrits à Pôle emploi. Les tendances dégagées sont proches, bien que les méthodes de calcul soient différentes.

Pôle emploi comptabilise le nombre de demandeurs inscrits auprès de ses services qui correspondent à différentes catégories A, B, C, D et E. En juin 2016 (derniers chiffres), en France métropolitaine, ils étaient 6,2 millions de demandeurs d'emplois toutes catégories confondues et en France (Dom compris), ils étaient 6,5 millions.

Quant au taux de chômage, il est calculé par l'Insee grâce à une enquête réalisée auprès de 65.000 ménages ordinaires chaque trimestre, soit autour de 100.000 personnes de 15 ans ou plus. Le taux de chômage est le rapport du nombre de chômeurs sur le nombre d'actifs (personnes en emploi ou au chômage). D'après les chiffres publiés ce jeudi matin, il est de 9,9% de la population active en France et de 9,6% en France métropolitaine.

Toutes les situations vis-à-vis du marché du travail sont prises en compte: emploi, chômage, retraite, études, inactivité, etc. Les séries sont corrigées des variations saisonnières. Ce qui est indispensable compte tenu des phénomènes saisonniers qui affectent le chômage et l'emploi, telle l'arrivée en été de nombreux jeunes sur le marché du travail à la sortie du système scolaire et universitaire.

Le BIT a adopté une définition du chômage en 1954, puis l'a précisée en 1982, peut-on lire sur le site de l'Insee. Elle a été reprise dans la plupart des pays du monde, et en particulier dans l'Union européenne. Cette définition donne trois conditions pour qu'une personne soit considérée comme chômeur: «être sans emploi ; rechercher activement un emploi, c'est-à-dire avoir pris des dispositions spécifiques au cours d'une période récente spécifiée pour chercher un emploi salarié ou non salarié ; et être disponible pour travailler».

André Zylberberg, économiste français, spécialiste du marché du travail et directeur de recherche émérite au CNRS l'assure: «Les deux baromètres sont équivalents. En revanche, il serait économiquement plus intéressant de calculer le taux d'emploi qui indique le nombre de personnes en emploi. En France, par exemple, ce taux est relativement faible».


Marie Théobald


Vis ma vie de chômeur à Pôle Emploi (1)

Suivez toute la semaine les aventures d’Olivier à Pôle Emploi, et observez de l’intérieur ce système kafkaïen.

Je me suis inscrit à Pôle-Emploi en tant que demandeur le 4 avril 2014, après avoir quitté par écœurement mon emploi précédent : 18 ans de services informatiques, dont les 12 dernières années en « détachement syndical », c’est-à-dire un arrêt net de mon métier contractuel en faveur de la représentation collective d’entreprise et de branche.

Oui : à temps plein. Oui : dans le privé. Qu’il est bien fait, le Code du travail…

Une petite présentation

D’abord 10 ans d’un sincère militantisme, une progression interne fulgurante (les syndicalistes productifs sont rares, je ne le savais pas encore, le seul que je côtoyais alors était un bosseur…), propulsé à temps plein pour l’Organisation dès la première année ; 10 ans d’épuisement sur tous les fronts à faire le travail des autres, qui préfèrent rester chez eux, et leur permettre d’exister du pur fruit de mon engagement personnel.

Puis 2 ans à enfin réaliser que je n’étais pas à ma place, à dépérir doucement, épuisé de tant d’activité avec si peu d’aide, à ne dormir dans mon lit que 3 soirs par semaine… quand on est sincère, on donne sans compter. Et lorsqu’on lève les yeux un jour sur un entourage qui sirote sa menthe à l’eau dans l’ombre de notre parasol, prêt à se battre pour sauver son confort, mais très peu pour la problématique sociale – hors période électorale bien sûr – alors que l’on n’a plus soi-même la moindre huile de coude, entourage qui vous regarde alors doucement craquer en miroitant une place à prendre… J’ai tout lâché.

C’était ça ou la longue maladie, ce qui n’est pas dans mon éthique. J’aurais pourtant conservé un revenu mensuel honorable, quand je pense à certains collègues en maladie diplomatique depuis tant d’années, maintenus à 100% dans leur revenu grâce à une mutuelle très prévoyante et peu regardante, en échange d’un retour d’un jour ou deux au boulot tous les 2 ou 3 ans…

Non. Je suis là pour parler de l’Outil Social de Service Public que l’on nomme Pôle-Emploi…

Mon inscription à Pôle-Emploi

C’est dans ce contexte que je me suis inscrit à Pôle-Emploi, en résumé :

♦ Je cherche un job, surtout une formation de remise à niveau car,
♦ Je ne fais plus d’informatique – mon métier – professionnellement depuis 12 ans.
♦ J’aimerais très honnêtement passer de l’autre côté de la barrière paritaire, là où se trouvent les moyens d’améliorer les choses, même à budget constant ; ma culture me permet aisément de prétendre à un poste d’assistant RH en PME ou plus gros, manquent le diplôme et la dédiabolisation de mon passé aux yeux d’un éventuel employeur. Forcément.
♦ J’aimerais en tout cas trouver un emploi dans lequel je pourrais mettre en œuvre mes compétences humaines

Premier entretien

Je suis très rapidement convoqué à un entretien d’accueil pendant lequel j’explique mon atypique réalité à un monsieur bien sympathique, qui m’écoute patiemment, me pose des questions sur ce que je cherche. Probablement une trame, néanmoins… j’aurais tout aussi bien pu cocher des checkboxes…

Je lui parle de formation, de la nécessité pour moi d’obtenir une activité totalement disjointe de la précédente afin de montrer que je suis bien passé à autre chose…

Il me fait surtout comprendre qu’à mon âge (43 ans), les probabilités d’une formation en RH sont nulles, la priorité étant donnée aux jeunes. « Ceux qui sortent de l’école mais qui n’aiment pas leur job ». Ou ceux qui ont démontré pendant toute leur récente scolarité qu’ils n’étaient pas intéressés par les études… ? C’est la nouvelle voie de garage, les RH ? De mon temps c’était le droit… Dont acte.

Il me propose les métiers de l’agriculture, en besoin dans ma région, chiffres de l’INSEE à l’appui. Je lui explique que le moindre pollen entraîne chez moi des réactions allergiques qui me paraissent incompatibles avec les métiers de l’agriculture à moyen terme… Qu’à cela ne tienne, une séance de présentation doit avoir lieu dans les semaines qui viennent, il m’y inscrit unilatéralement, me remet une feuille de papier sur laquelle est bien stipulé que si je ne m’y présente pas, je serai radié.

Je voulais être, à terme, assistant DRH ou aux Affaires Sociales, je me retrouve sur un tracteur. Je suis un peu sonné.

Ma première et unique séance d’information métiers

Présenté comme cela, je m’y rends : je ne tiens pas à être radié.

Une dame très accueillante organise une séance d’information à l’attention d’une douzaine de personnes. Je regarde autour de moi : majoritairement jeunes, manifestement plus intéressés par leur smartphone que par la présentation d’un avenir possible. Je gage que, comme moi, ils n’ont pas demandé à être là…

On remplit des salles pour justifier les organisations d’ateliers auprès de prestataires probablement rémunérés pour leur séance, malgré le manque d’intérêt flagrant des auditeurs, le tout sous menace de radiation en cas d’absence ?

J’avoue avoir beaucoup de mal, sur le moment, à m’expliquer le phénomène…

Plus tard également, cela dit.

Ainsi, la plupart des métiers de l’agriculture défilent devant moi (incluant des formations de 2 années) et curieux de nature, j’y trouve un grand intérêt, découvrant même des activités dont j’ignorais l’existence. Hélas, chacune est incompatible avec mon degré d’allergie. Mais c’était très intéressant. Un peu comme l’instruction civique en CE2 : on apprend des choses…

À l’issue de la présentation qui s’est transformée en magister à ma seule attention, étant manifestement l’unique stagiaire à disposer d’une éducation propice au respect d’un orateur, mes coreligionnaires se croyant toujours dans une classe d’école, je présente mes excuses à l’organisatrice au sujet de mon allergie, et souhaite m’assurer qu’il ne me sera pas tenu rigueur d’un manque de bonne volonté si je ne lève pas le doigt à la question : « Quelqu’un est intéressé ? ». Nous avons beaucoup ri sur la pertinence du Conseiller…

Deux ans plus tard (donc à l’issue des formations présentées ce jour-là) l’agriculture ne sera plus un besoin dans ma région, selon les mêmes données de l’INSEE présentes sur le même site Pôle-Emploi…

Quel visionnaire…

Le suivi personnalisé

Lors de l’inscription, on m’a demandé quel type de demandeur je souhaitais être : un demandeur autonome ou un demandeur suivi. Étant particulièrement sous le choc j’ai demandé à être suivi. Ce n’est pas plus cher.

J’ai donc été suivi, pendant ces 2 années d’inscription : j’ai alors rencontré mon Conseiller attitré Pôle-Emploi tous les 3 mois en moyenne, tous les 6 mois le plus souvent. 4 ou 5 entretiens d’une heure ou à peine plus, pendant lesquels je le tenais informé de mes recherches, de mes cibles, mes éventuels changements d’orientation, mes essais et problèmes pour apprendre, sans apport en formation, de nouvelles technologies. Essentiellement des conversations que j’aurais pu tenir avec des amis, attablés devant un verre.

Sans le verre. Et pas avec un ami. Vraisemblablement.

♦ La formation : il me dit que ce n’est pas pour moi, je n’ai qu’à trouver un truc « DIFfable », on « verra ce qu’on peut faire pour le complément »… (c’est long, une remise à niveau, le DIF/CPF ne représente que quelques heures…)
♦ Le RH ? Pourquoi ne pas me dire que je n’y arriverai jamais en me présentant comme un syndicaliste repenti et me laisser perdre plus d’un an, à me « griller » dans énormément d’entreprises de la région ? Un conseil, peut-être, de la part d’un Conseiller ?
♦ Me remettre à l’informatique ? J’ai un trou de 12 ans dans ma carrière… et…
♦ Il me faut donc une formation de remise à niveau… mais…
♦ La formation : il me dit que…

Et la boucle est bouclée : deux années ainsi résumées : je suis SUIVI.

Dans quel but ? Hors affichage de statistiques : un mystère qui me surprend encore.

Nous entrerons dans les détails demain…



Vis ma vie de chômeur à Pôle Emploi (2)

Deuxième épisode des aventures d’Olivier à Pôle Emploi : découvrez le système de l’intérieur.

1e année : un an de perdu

La première année a ainsi été gaspillée à cibler des fonctions en Ressources Humaines, encouragé par mon Conseiller, visiblement content de constater que je savais (croyais savoir ?) ce que je voulais faire ; il semble satisfait par mes démarches et je suis régulièrement félicité pour mon énergie. Je lui transmets régulièrement mes actions de candidature, avec CV et motivation joints. Je comprendrai plus tard qu’il n’a même pas pris le temps d’en lire un…

De fait, je réponds aux annonces véritablement foisonnantes de PME, j’écris des courriers sincères (hélas ?) à de très nombreuses succursales ou franchises de grands groupes d’entreprises (de la Fnac à Darty en passant par Carrefour ou Castorama : toutes les grandes enseignes y sont passées, CAC 40 et 2nd marché inclus), de sociétés auxquelles je propose des périodes d’immersion (donc gratuites et au bas de l’échelle) afin de me faire connaître, de présenter mes idées de management, de gestion sociale, idées qui, fort de mon « expérience de haut niveau à la presque-tête d’un syndicat dit ‘réformiste’ (et non Chrétien, il n’en reste donc qu’un, celui sur qui on jette les œufs chaque fois qu’on parle des retraites ou d’une loi sur le Travail…)», sont totalement compatibles avec la gestion d’une entreprise dont l’objet est de produire de la richesse. Je souhaite présenter une vision peut-être différente de l’approche classique de la gestion sociale. De l’Humain à Valeur Ajoutée. Je me présente sans prétention, assistant d’un RH local me va très bien…

Que les stéréotypes et les diplômés

Naïf, je cherche, je veux, je demande et m’enfonce encore un peu plus dans la réalité de l’emploi à la française : on n’aime que les stéréotypes et les diplômés.

C’est un voisin, lui-même chef d’entreprise, qui me lâchera la vérité probable : je n’intéresse pas, ou tout au plus, je fais peur. « Quel patron embauchera dans ses RH un ancien syndicaliste qui n’a pas été secrétaire général d’une confédération, quand on sait ce qu’on demande aux RH ? »

Cette première année, Pôle-Emploi m’aura proposé 2 offres :

♦ L’une d’un acteur historique du traitement du courrier de moins de 20 grammes, pour de la gestion RH, dont le recruteur m’a avoué qu’il ne m’avait reçu que parce que j’étais envoyé par mon Conseiller mais que mon passé, non dissimulé, rendait impossible l’accès à un poste chez son client final… Honnête, le gars, au moins… Mon Conseiller se sera-t-il fait enguirlander pour avoir activement essayé de caser l’incasable… ?

♦ L’autre, via un SMS me demandant de postuler immédiatement à une annonce qui a disparu 10mn après que j’ai reçu le texto. Mon Conseiller m’expliquera plus tard que c’est fréquent : l’annonce apparaît et disparaît dès qu’un numerus clausus de réponses est atteint. Totalement déprimant : il s’agissait en l’occurrence d’un poste à l’aéroport voisin pour fouiller les gens, quelques jours après les sinistres attentats de Paris. De la bonne sécurité bien ciblée… No comment, ni sur le fond, ni sur la forme…

2e année : deux ans perdus

Dès le face-à-face suivant, j’exprime à mon Conseiller mon changement de voie radical. OK, j’ai bien compris que je n’arriverai jamais à rentrer dans un service RH si ce n’est par la petite porte : formation, intégration, propositions…

La formation : on me dit que…

Mais voilà, la formation est primordiale et puisqu’elle m’est refusée, je n’ai donc d’autre choix que celui de retourner vers l’informatique, où j’ai également un cruel besoin de formation.

Ce qui n’empêchera pas mon Conseiller, moins de 10 jours après ce face-à-face où je lui annonce l’abandon d’un avenir RH pour retourner à mes premières amours, de m’envoyer une proposition d’Assistant RH où il est demandé 2 ans d’expérience… Ironiquement, j’avais déjà postulé à cette offre sans résultat. Qu’à cela ne tienne, je re-tenterai ma chance, dans le cas présent pour montrer à mon Conseiller ma bonne volonté. Je n’aurai jamais de retour de sa part sur ce dossier, dont il n’a, de toute façon, même pas lu les pièces jointes…

Je découvrirai plus tard que des formations RH par alternance sont possibles… C’est relativement récent (pas plus de trois ans), mais cette culture ne devrait-elle pas faire partie de la valise de compétence d’un Conseiller ? Un conseil de la part d’un Conseiller ?

Je décide ainsi de me rabattre sur l’informatique, j’ai d’ailleurs répondu à une annonce qui correspondait aux compétences que je possédais encore (je n’ai jamais décroché à titre personnel, la programmation restant une passion) et j’ai obtenu un entretien technique, puis une visioconférence avec les RH (siège à Lyon), preuve que je pouvais encore intéresser et me rendre intéressant dans l’informatique professionnelle. Mais si je collais parfaitement au poste, à mes yeux, cela n’a pas abouti, que ce soit par une recherche Google sur mon nom qui aura lié le syndicalisme et moi, par mon stress probablement visible à la caméra, par le lâche arbitrage de cette personne cachée lors de la visioconférence mais que la jeune recruteuse regardait sans cesse, ou par un compétiteur présentant de meilleures dispositions – tout est possible – mais pour moi : chou blanc quand même…

Les autres annonces que je trouve en informatique exigent des compétences que je n’ai pas, notamment dans les nouvelles technologies, et qui nécessitent de la formation.

La formation : on me dit que…

En outre il faut que j’explique le trou de 12 ans dans ma carrière… 13 désormais… Si je peux un peu embellir mon CV par mes passions et les expériences que j’ai réellement vécues, ainsi qu’une présentation transverse de ces expériences pour masquer les trous, je ne peux prétendre opérationnellement à aucun poste purement technique en dehors des technologies désuètes que je maîtrise toujours, ayant abandonné la veille technique professionnellement (donc : activement) 13 ans auparavant… Être autodidacte et curieux n’est plus suffisant de nos jours.

Je m’inscris sur des sites de formation, payants, non éligibles au CPF et donc pour ma pomme. J’essaye, seul, de découvrir un métier qui s’enseigne ; c’est un choc technologique (je viens du BASIC et du COBOL) qui nécessite un formateur, un être humain interactif qui répondra à mes incompréhensions en m’aidant à faire le lien entre mes méthodes devenues, donc, désuètes, et celles qui feraient de moi un compétiteur de… ah… 44 ans, maintenant…

Interlude psychologique – Comment gérer un cas désespéré ?

Probablement interpellé par mon errance, mon Conseiller me proposera de rencontrer un collègue, orienté approche psy, qui a pour mission de faire le point sur la situation (une sorte de bilan de compétence ?), et aider à fixer un objectif professionnel.

Prêt à toute aide pour pouvoir rebondir, j’accepte et me fais convoquer quelques semaines plus tard. Je rencontre donc une nouvelle personne, à qui je raconte de nouveau mon histoire, mon passé, mes trous dans la raquette, mes casseroles…

Sa première réaction sera : « Mais vous avez besoin d’une formation ! »

Merci. Mais n’est-il pas un peu tard ? Presque un an et demi est passé… Comment je vis si je suis à l’école ?

Après plus d’une heure sous tension, conscient de ma situation alarmante, mais bien décidé à trouver une voie et à m’y tenir, j’accepte de nouveau de faire une croix sur mes ambitions de management social et tire avec le psy une conclusion tout aussi alarmante :

♦ J’ai besoin d’une formation RH mais ne dispose plus de temps matériel (il faut bien vivre !). OK, on laisse tomber.
♦ J’ai besoin d’une formation de mise à niveau en informatique. Je n’en aurai pas en dehors d’un DIF… OK, je me débrouille seul…
♦ « Vous aimeriez le Service à la Personne ? »

À l’issue de l’entretien, le psy me regarde, l’air désespéré et me lâche, accoudé sur sa table, la tête entre les mains, presque sur un ton de reproche : « Mais pourquoi donc avez-vous quitté votre job ? »

Ce n’est pas comme si je ne venais pas de le lui raconter en long et en large, exprimant toute la détresse que j’ai pu y vivre, ma peur de la longue maladie, celle dont on ne se remet pas, dans un environnement collégial délétère…

M’a-t-il seulement écouté, le psy ? Je m’effondre en larmes. Il m’a souhaité « allez, bon courage » et m’a gentiment mis dehors.

« Dis-moi de quoi tu as besoin, je t’expliquerai comment t’en passer… »

Fin de l’interlude psychologique

Au 20e mois de mes recherches, soit en novembre 2015, j’envoie un mail désespéré à mon Conseiller, lui demandant qu’il m’explique pourquoi je n’y arrive pas, je lui joins mes derniers CV en date, mes lettres de motivations, j’appelle clairement à l’aide (noir sur blanc) : des centaines de réponses à des offres d’emploi qui n’aboutissent pas, j’ai besoin de comprendre ! C’est quoi, mon problème ?

Sans réponse à ce courrier, je suis néanmoins convoqué « régulièrement » quelques semaines plus tard, mais uniquement dans le cadre de mon suivi. Le courrier n’est même pas évoqué. En contrepartie mon Conseiller, visiblement content de lui, m’invite à considérer le métier qu’il fait lui-même, celui de « Conseiller en emploi et insertion socioprofessionnelle », me sentant probablement dans une volonté forte de travailler avec l’Humain, et peut-être, soyons naïf, tant-qu’il-y-a-de-la-vie… un potentiel pour moi dans cette activité.

Rassuré sur le fait que ce métier intègrera une formation par Pôle-Emploi pour pouvoir se prétendre Conseiller — j’ai toujours peur des conséquences de l’incompétence, a fortiori de la mienne si je sais ne pas être capable d’exécuter ce que l’on me demande ! — j’aime suffisamment l’Humain, justement, la gestion sociale et le Service pour y entrevoir, pourquoi pas, un avenir certes différent de mes ambitions initiales, mais compatible avec mes goûts et je l’espère avec mon savoir-être, plutôt empathique, intuitif, pédagogue et consciencieux.

Muni de la fiche ROME imprimée à mon attention à l’issue de notre entretien, je vais donc dédier les prochaines actions à construire ma candidature de Conseiller en Emploi, et à travailler pour bien comprendre les compétences exigées, et les extraire de ma véritable expérience, produire une motivation adaptée, etc.

J’envoie un premier jet à mon Conseiller, à qui je fais désormais une confiance aveugle : il trouve en moi quelque chose de positif qui me permettrait d’être compatible avec un métier que j’aimerais pouvoir faire… Merci à Lui…

Les jours passent.

Je m’inquiète qu’il ait pu ne pas recevoir mon email — les arcanes des réseaux sont impénétrables — et lui envoie un second message, avec mes documents joints.

Les jours passent encore. Toujours pas de réaction.

Je lui écris depuis une seconde adresse, histoire de court-circuiter mon opérateur internet et retenter le contact. Je lui précise qu’habituellement, je reçois un accusé de réception automatique de Pôle-Emploi, mais que là, rien, et donc que je m’inquiète de notre capacité à communiquer…

Rien.

Je crée une troisième adresse et lui exprime à nouveau mon désarroi : déjà des semaines de passées, et alors qu’il m’incitait lui-même à me lancer dans l’exercice, je n’ai pas de réaction de sa part. J’ajoute qu’il ne me reste plus que le courrier postal pour tenter de le joindre.

Je reçois presque immédiatement une réponse, comme quoi mes mails arrivent…

« Je les ai bien reçus. Il y a encore beaucoup de travail ! Vous voulez que je vous inscrive à un stage de création de CV ? ». Message accompagné de la même fiche ROME remise physiquement, mais en PDF cette fois.

Je lui envoie un second jet. Sa seconde critique ne se fera pas attendre, telle le copié/collé de sa première : « Il y a encore beaucoup de travail ! Vous voulez que je vous inscrive à un stage de création de CV ? »

Je reçois, 3 mois après mon appel à l’aide par mail, et quelques semaines après notre dernier échange, une convocation à un atelier CV et autre Lettres de Motivation. Mon Conseiller vient de se rendre compte que je ne sais pas faire un CV, ni me présenter. Et pour cause : j’écris encore Curriculum Vitae en en-tête et j’envoie mes candidatures par La Poste…

Il était temps, non ? N’a-t-il donc jamais lu un seul de mes CV ? Pourquoi m’a-t-il félicité par le passé ? Uniquement parce que je l’informais de mes efforts de candidatures, il pouvait ainsi avoir la conscience tranquille et passer à autre chose ?

Comme un enfant qui rate sa roue pour la 10e fois à la plage ? « C’est bien, mon chéri, laisse maman lire son magazine… »

Ne serait-ce pas la première chose dont on doit s’assurer quand quelqu’un cherche un emploi pour la première fois en 20 ans et que l’on est soi-même Conseiller en Emploi ?

À suivre…



A LIRE AUSSI :

>> Premier épisode

 

Vis ma vie de chômeur à Pôle Emploi (3)

Troisième épisode des aventures d’Olivier à Pôle Emploi : découvrez le système de l’intérieur. Aujourd’hui, l’enfer des CV et des lettres de motivation.

25 mars 2016 – Premier atelier : CV

Je me suis rendu à mon atelier CV, j’étais en colère, plutôt furieux d’en n’être que là après près de 2 ans d’inscription.

Malheureusement, le prestataire ne vient pas. Je l’appelle grâce au numéro de téléphone qui est noté sur la convocation, on me dit qu’il est chez son médecin, et sur un ton de reproche agacé, qu’il a prévenu tous les candidats du report de l’atelier.

Une condescendance intuitive envers un chômeur qui n’écouterait pas sa messagerie ?

Ben oui, il les a prévenus tous mais pas moi. Et heureusement pour moi, pas non plus mon collègue-chercheur-d’emploi qui grenouille à mes côtés, stupéfait du retard de plus de 30mn que nous subissons alors ; si j’avais été seul, on aurait pu soulever le doute sur ma propre bonne foi… Même moi, j’aurais pu douter de mon téléphone… Parce que là aussi : menace de radiation en cas d’absence…

Un second RDV me sera donc donné plus tard, non sans avoir eu à convaincre qu’avec plus de 200 CV dans la nature, mon smartphone prend sa douche avec moi, et que, oui, les prestataires aussi peuvent mentir ou, au mieux, être persuadés d’avoir fait leur boulot…

4 avril 2016 – Happy Enrolment Day ! 2 ANS ! – Second atelier : Motivation

Entre-temps (quelques semaines de plus de perdues, 2 ans d’inscription à Pôle-Emploi aujourd’hui…), j’ai droit à l’atelier LDM. Acronyme interne pour Lettre de Motivation.

Pas de problème : le prestataire est présent.

Il distribue des fascicules en fonction de l’atelier : oui, nous sommes dans un atelier multi-disciplines où certains viennent pour leur CV, d’autres pour parfaire leur motivation, les derniers pour apprendre à se servir d’un traitement de texte (plutôt : pour se faire dactylographier leur CV…) ; nous sommes tous mélangés (une dizaine de personnes), donc pas question d’un magister, d’une présentation à voix haute ou autres interactions ; en outre le prestataire part et revient quand ça lui chante… « Je suis à côté, je reviens » sera son leitmotiv…

Première réflexion : pourquoi ne pas proposer les 2 ateliers d’une traite ? Je découvrirai d’ailleurs plus tard, lors du 4ème atelier, que c’est largement faisable dans le temps normalement dévolu à l’exercice… surtout pour distribuer des fascicules et partir boire un café… c’est tout de même censé durer une demi-journée complète, un atelier…

Seconde réflexion : pourquoi ne pas donner ces fascicules directement lors de l’inscription à Pôle-Emploi (même en PDF !) pour donner le plus rapidement possible les outils indispensables à la présentation professionnelle de notre époque, évitant peut-être pour la plupart d’entre nous, une cruelle perte de temps, et le surcoût d’ateliers stériles ?

Ces livrets sont produits par Pôle-Emploi mais sont distribués par des prestataires via un cofinancement européen (c’est écrit dessus), et ce au bout de 2 ans d’inscription…

Mais aujourd’hui je n’ai pas droit au fascicule sur les CV, uniquement celui de la LDM, et pour cause, je suis convoqué pour ma motivation uniquement… gagnons du temps… Cherchez l’erreur…

Mes coreligionnaires semblent en outre aussi motivés que ceux de la présentation des métiers de l’agriculture : « ouais, ils m’obligent à venir, moi je m’en fous, je touche le chômage encore 18 mois », dit l’une dès que le formateur s’absente, ce qui est assez rapide, d’ailleurs, le café étant sans doute presque froid…

Et autres échanges fort intéressants sur la condition humaine et enfin ce thème si classique : « Pourquoi doit-on travailler ? ».

Le prestataire semble pressé d’en finir, il nous dit bien de signer avant de partir (Wow, déjà 40mn !) car la signature signifie que l’on part avec la connaissance et que l’atelier a été efficace. Sans signature, un second atelier sera programmé pour parfaire nos lettres. Quelle honnêteté !

Il est néanmoins présent, lui. Mes collègues-chercheurs ont tous pris la fuite, comprenant qu’ils n’étaient pas obligés de comprendre (comme quoi un minimum de réflexion suffit parfois), mais qu’une simple signature manuscrite les rendrait à leurs vies numériques.

Seul avec l’animateur, un peu inquiet par la continuité de ma présence – est-ce donc si rare ? – j’ose évoquer ma réelle carrière, confronté à la problématique kantienne du mensonge ou de la vérité. Sa réponse est sans appel, Kant a raison : pas de mensonge !

Bon, ça ne va pas être simple, alors…

Après m’avoir donc appris à rédiger mes motivations en me donnant un livret édité par Pôle-Emploi digne, donc, d’un support d’auto-formation (je suis passé par l’AFPA, je connais bien l’auto-formation), l’animateur me suggère l’alternance pour retourner dans l’informatique. Conseil que je suivrai, d’ailleurs, dès le jour-même, m’inscrivant dans une école délivrant ce type de formations ; 3 mois plus tard, je n’ai toujours pas de retour malgré mes relances et 2 visites physiques, d’ailleurs, mais c’est une autre histoire.

8 avril 2016 – Troisième atelier : CV (en lieu et place du premier, que de temps perdu)

À l’instar du prestataire LDM, mon « Dieu du CV » est présent ici aussi.

Hélas, ici aussi c’est du multi : et hop ! Cette fois c’est une photocopie du livret sur « comment faire des CV », toujours édité par Pôle-Emploi mais « il n’y en a plus, désolé pour les photocopies, elles devraient être lisibles ».

J’avais noté que mes camarades venus pour les CV lors de mon précédent atelier avaient également reçu des photocopies. Décidément, il doit y avoir grève des imprimeurs ou une coupe de budget. Quant au PDF en ligne, il n’est toujours pas d’actualité : quel plaisir de se faire convoquer pour se faire remettre un document d’auto-formation photocopié… visant l’apprentissage de réponses à des offres d’emploi en ligne… Pas très écolo, Pôle-Emploi…

En 3 temps, je comprends rapidement que je n’aurai pas droit à une aide personnalisée en ce vendredi après-midi, veille des vacances scolaires sur l’académie Aix-Marseille (et oui, ne l’avais-je pas dit, l’histoire se passe près de Marseille, ça vous étonne ?…) :

1 « Je vous laisse mon mail, vous m’enverrez vos CV et je vous ferai un retour »
2 « Mais pas la semaine prochaine, je suis en congés »
3 « Tout le monde a signé ? »

À 15h30 nous sommes dehors. Une bonne demi-journée provençale bien remplie !

De retour à mon domicile, je m’atelle au CV, dont je dispose enfin des tenants et aboutissants, car si j’ai le réel besoin d’un argumentaire correctif interactif, l’auto-formation me convient parfaitement en amont. Je ronge mon frein pendant la semaine de congés du prestataire puis lui envoie mon CV pour critique.

Je reçois une réponse édifiante : « Il y a encore beaucoup de travail, voici un modèle pour vous inspirer », un document Word attaché vantant les mérites d’un commercial dont la simpliste carrière est totalement inadaptée à ma situation, et de surcroit doublon d’un des modèles présents dans le fascicule… beau travail de critique…

« 1+1 = 2. Tu comprends ? Non ? Je t’explique : 1+1 = 2. Tu comprends ? Non ? Mais si…… »

Je ré-exécute l’exercice et renvoie une version remaniée dont je commence à être fier.

Je n’ai jamais eu aucun retour supplémentaire de la part du prestataire.

24 mai 2016 – Quatrième atelier : CV, LDM et Utilisation du site Web de Pôle-Emploi (si, c’est possible, tout d’une traite !)

Plusieurs semaines et un mois plus tard, interpellant encore et toujours mon Conseiller en lui fournissant les évolutions de ma CV-thèque personnelle (près de 150 modèles à ce jour), incluant cette fois ma candidature en « Conseiller en emploi et insertion professionnelle », travaillée avec 2 brillants prestataires, je n’obtiens pour réponse qu’une nouvelle convocation à un nouvel atelier CV, motivée par le fait cette fois que « je n’ai pas les bonnes compétences pour être Conseiller en Emploi… «

C’est quand même lui qui m’a orienté vers ce poste, je suis perplexe, j’en déduis que je ne suis toujours pas au point sur le papier, car un argumentaire pareil ne m’aide que très peu. Les bonnes compétences où ? Dans ma carrière ? Sur mon CV ? Humaines ? Historiques ? Quelles compétences, d’ailleurs, évoque-t-on ici ? Un peu d’interactivité et d’explications eussent été bienvenues, mais non, j’obtiens encore une fois la même réponse avec la même fiche ROME liée au métier ciblé, en pièce jointe, et dont je dois m’inspirer.

Brrrr…. Je ne peux pas, d’un côté prétendre que je sais un truc en plagiant les compétences ROME pour coller au bousin, et à la fois ne pas raconter de bobard…

OK. J’ai désormais 45 ans. 2 ans de SUIVI et je suis toujours en stage CV.

L’impression d’être baladé. Je ne vois pourtant pas de mobile à mon Conseiller qui ferait qu’il cherche très activement à me faire perdre du temps… peut-être est-il, lui, toujours syndicaliste ?

Allons, pas de paranoïa… Non, ça doit faire partie de mon travail à moi : apprendre et non attendre que cela tombe tout cru… Et j’adhère, bien sûr, je me fiche du poisson sans la leçon de canne à pêche qui va avec, l’émancipation est une valeur forte chez moi…

Je retourne donc près du métier une centième fois…

Le formateur, un interne Pôle-Emploi cette fois, est – comment disent les jeunes, aujourd’hui ? Oui – le formateur est juste trop top. Énergique, il a réponse à tout.

Méfiance : ce n’est pas normal. Néanmoins, enfin de l’interactivité entre un formateur et des stagiaires ! Enfin un stage qui me semble utile ! Autour de moi, néanmoins, à part un quinquagénaire qui a déjà créé plein de boîtes dans sa vie et qui d’ailleurs devrait normalement avoir retrouvé un emploi (mais qui vient quand même), et une dame s’exprimant très mal en français qui semble chercher sincèrement à s’en sortir, je suis de nouveau en présence de membres de la Grande Loge des Je-m’en-foutistes (« P…. il m’a gavé, le formateur, heureusement qu’il était sympa… » – dixit un jeune éclairagiste qui n’a pas su répondre à la question dudit formateur : « Quelles sont selon vous les 3 compétences demandées à un bon éclairagiste ? »)…

Je fais le constat, néanmoins, en sa présence – celle du formateur, pas du prétendu éclairagiste – que ma lettre-de-motivation-thèque et ma CV-thèque sont correctes.

De toute façon, chaque personne en lien avec Pôle-Emploi qui a pu me Conseiller sur mes CV a exigé de moi une approche différente (sauf mon propre Conseiller qui s’est toujours contenté d’un « il y a encore du travail » et d’un transfert en « stage CV »). Manifestement, cette fois-ci, le formateur CV et moi-même avons la même approche intellectuelle de la recherche d’emploi, et j’ai donc une bonne note… puisque j’ai la bonne forme.

Ça me rappelle mes relations avec mes profs, à l’école, où les férus de méthode semi-globale ne juraient que par la reproduction face à la compréhension… et je n’avais pas une bonne mémoire.

Je remarque également que le support de formation fourni n’est pas le même que celui produit par Pôle-Emploi et distribué par ses prestataires… Étrange… « Je l’ai fait moi-même, ce support » nous dira le formateur.

Il insiste néanmoins sur la nécessité et l’utilité de recourir au site corporate de Pôle-Emploi pour mettre en ligne nos CV (5 au max, ce qui couvre à peu près mon propre éventail professionnel), créer des recherches par abonnement, postuler en ligne et surtout, obtenir des explications quant aux refus ou disqualifications, explications qui permettront d’avancer dans l’affinement de nos recherches et de la constitution des CV.

L’approche n’est pas absurde. Loin de là. Je m’engagerai sur l’exercice avec regain d’espoir.

Et tout à coup, à 15h25 précisément, il ajoute : « il me reste 5 mn pour vous présenter l’alimentaire ».

Il attire ainsi notre attention sur les recherches d’offres « ne demandant pas de compétences particulières », tout en bas de la liste de recherche par thèmes, « Les métiers alimentaires sont là », nous dit-il, un peu gêné, mais probablement conscient qu’il faut bien vivre, aussi.

Mon voisin quinqua-qui-a-bien-sûr-déjà-trouvé-du-boulot s’interroge : « Alimentaire, c’est les restaurants ? ». No comment.

À 15h30, nous sommes dehors. Encore un bel après-midi bien rempli au pays des cigales…

À suivre…




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Vis ma vie de chômeur à Pôle Emploi (4)

Avant-dernier épisode des aventures d’Olivier à Pôle Emploi : le système est-il efficace ?


Mes CV en ligne chez Pôle Emploi

De retour dans mes pénates, je m’attelle une fois de plus à la remise en forme de ma vie entière pour coller aux différents formulaires nécessaires aux 100% de complétion de mes CV.

Impossible de moduler, ici : on choisit ses compétences, expériences, langages de programmation et outils informatiques connus dans des listes de choix, résumant une vie de manière particulièrement triste. De la bonne G(P)EC, pour les connaisseurs…

Nul doute que l’exploitation de mon CV ne sera qu’informatique : un bon vieux « SELECT * FROM DEMANDEURS WHERE » avec mes critères bien à moi.

Et peut-être des pousse-boutons de l’autre côté…

À moi de trouver comment parler de mon métier avec les mots des autres pour réduire au mieux toutes les ambiguïtés que je flaire à pleine truffe (oui, j’ai un chien).

Je conçois néanmoins 3 CV dans un premier temps :

♦ Un technicien / réparateur / formateur en informatique PC (ma passion)
♦ Un développeur en VB / COBOL / SQL (hé ! j’ai 14 ans à rattraper maintenant…)
♦ Un assistant en RH efficace et loyal mais avec un passé atypique (le CV n’est même pas bidonné)

La possibilité de rendre les CV anonymes vis-à-vis du recruteur évite intelligemment les liens de cause à effet qui pourraient m’être préjudiciables à l’analyse poussée de mes 3 cibles, plutôt déconcertantes de la part d’un seul individu. Des nouvelles fonctionnalités qui me permettent aujourd’hui de laisser mon CV en ligne sur le site de Pôle-Emploi.

Je fais rapidement le tour. Très classique environnement de gestion, il s’agit d’un site qui tape à l’œil mais dont l’utilité est discutable pour de nombreuses raisons qu’instinctivement je ressens – professionnellement parlant : c’est mon métier, de produire des trucs comme ça !

Combien de fois ai-je eu à développer moi-même des applications de gestion avec une interface si jolie que l’on en oubliait la vacuité du fond (En informatique comme ailleurs, l’équation FOND + FORME = CONSTANTE se vérifie souvent, hélas) :

• ici aussi, lors des créations de profils, les listes de choix ont été pré-remplies (et sont imposées) par des non-spécialistes (de la réalité !), cadrées sur les célèbres codes ROME, dont la dialectique est si éloignée de cette réalité (même les employeurs qui « contrôlent » la Syntec, la Convention Collective de l’informatique, ne s’expriment pas comme ça…), imposant de choisir entre conseil et commerce, assistance ou réparation, rendant les recherches de profils stricts et fermés, ce qui pourrait se comprendre pour des métiers vus comme répétitifs, et même là, je saurais aisément démontrer moi-même qu’aucun métier au monde ne peut ainsi être modélisé de façon si rigide, sauf à devenir un employé-robot chez Adidas… Je joue le jeu quand même mais je n’ai déjà plus d’illusion… rien qu’en créant la fiche client, les futurs défauts de mise en relation SQL (le langage des bases de données) sont criants…

• Les recherches sont du même acabit, si ce n’est que les employeurs semblent bénéficier d’un outil de création d’annonces moins rigide sur certaines zones, ce qui rend du coup les mises en adéquation offre/demande encore plus hasardeuses : je me vois automatiquement proposer de la réparation de machines-outils où des diplômes que je n’ai pas sont exigés… balaises, les développeurs SQL : incompétence totale à produire des recherches intégrant inclusions et exclusions, du « classique travail d’informaticien débutant »… à moins que ce ne soit la maîtrise d’ouvrage Pôle-Emploi qui espère encore mieux modéliser le marché du travail en invitant à des carrières nouvelles… ou l’ESN qui a remporté haut-la-main l’appel d’offre de création de ce site politiquement miraculeux correct…
Bref un système expert conforme au bon vieux « SELECT * FROM DEMANDEURS WHERE… MAN IS PERFECT » auquel je fais cyniquement référence dans mon titre.

Je ne serai ainsi JAMAIS sélectionné pour « proposer des pommes à la vente » si je sais seulement « vendre des pommes sur les marchés ». Pratique, l’informatique. Il aurait peut-être fallu faire développer la « page demandeur » et la « page recruteur » par la même personne… Et imposer la même dialectique à chaque partie…

Un langage commun est toujours plus utile pour communiquer. Mais pour ça, il faut réfléchir et s’intéresser objectivement à la réalité, pas seulement vouloir montrer une vitrine…

Les offres « sans compétences exigées » ou métiers dits « alimentaires »

Un rapide coup d’œil à la liste de ces offres est suffisant pour se faire une idée :

• 80% concernent le service aux personnes âgées : aide au lever, au repas, à la toilette, ménage, promenade… disponible de 8h à 20h, 6/7 jours…
• Plus des trois quarts de ces offres exigent néanmoins des certificats d’aptitude et demandent une abnégation dont je ne dispose pas à moyen terme
• 10% concernent la manutention de colis avec nettoyage de son propre poste de travail
• La plupart exige néanmoins un Caces 1 et proposent de venir au poste à 3h du matin… on comprend le manque de candidats…
• 10% concernent la technicité de surface…
• Gloups…

Même pas caricatural, le rapport « temps de mise à disposition » sur « revenu horaire » est juste… ignoble. Avec les encouragements de Pôle-Emploi… ils doivent avoir des primes sur l’alimentaire…

1ère offre nécessitant l’arbitrage d’un conseiller (refusée)

Je n’ai pas attendu l’arbitrage de mon Conseiller pour envoyer des CV – fort heureusement – mais le principe de l’aide pour chaque offre à laquelle je vais postuler via le site « corporate » me paraît utile et constructif. Mon Conseiller aurait d’ailleurs pu m’en parler lui-même.

Au bout de quelques jours, je vois une première « annonce soumise à arbitrage » qui m’interpelle, il s’agit d’un poste de vendeur informatique qui nécessite une bonne connaissance des produits PC et une bonne capacité de conseil, je cherche un job depuis plus de 2 ans, je ne crache pas dans la soupe : même vendeur au SMIC (je gagnais 2800€ par mois dans ma vie d’avant), ça, c’est pile pour moi, à 10km de la maison, et en plus je serais heureux de le faire !

Je postule, forcément, mon Conseiller me connaissant bien, il transmettra ma candidature à l’entreprise, qui y verra une présélection à mon avantage…

Bon. Ça, c’est ce que je croyais en toute honnêteté naïveté.

En vrai, comme dit l’autre, j’ai reçu une réponse automatique : « Motif : refusé. »

Sous le choc de l’incompréhension – n’allez pas dire que je suis facilement choqué non plus – j’interpelle par mail mon Conseiller Pôle-Emploi sur l’analyse qui a été faite trop rapidement selon moi et lui reproche avec courtoisie, exercice difficile, un manque absolu d’aide dans la réponse automatique, je pensais que c’était lui le décideur, on dirait bien que non, et que, franchement : refusé n’aidera jamais personne à comprendre quoi que ce soit.

Une réponse presque immédiate m’est retournée, par mon Conseiller cette fois, me laissant supposer que c’est bien lui qui a cliqué sur Non, me précisant que je « n’ai pas d’expérience en commerce et que l’employeur en demande 6 mois. »

Il ajoute d’un double ton mi-provocateur, mi-interrogateur : « Avez-vous cette compétence ? ».

Bon.

Alors voilà, pour résumer : ça fait deux ans que l’on parle de moi, de mon passé, que je présente à nouveau :

• 6 années dans la promotion et la gestion immobilière
• 18 années dans une ESN dont la première activité pour ses consultants en mission est de vendre des produits et des services (même ma représentativité syndicale a été en progression positive sur ma « carrière »)
• 3 ans sur les marchés artisanaux comme passe-temps dominical d’une ancienne vie
• Je n’évoque même plus les 6 années à faire des extras dans des bars – le soir en plus de l’immobilier – avant de reprendre mes études à 25 ans.

Il est censé me connaître au bout de 2 ans, avoir un dossier un peu épais, et identifier dans ces expériences professionnelles une quelconque capacité commerciale, non ? Sa réponse résonne encore pendant que je m’assure que j’ai bien des compétences de commerce tout en rassemblant ce qui reste de mon cerveau : « Motif : refusé. »

Passablement écœuré par cette incompétence ou mauvaise volonté à faire l’effort de réfléchir si une adéquation peut être faite, je réponds néanmoins toujours le plus courtoisement possible, mets à jour mon CV en ligne pour faire apparaître cette compétence manifestement honteuse qu’est le commerce en 25 ans de succession d’entreprises à but commercial, et l’en informe dans les 4 minutes qui suivent. Je ne pensais pas nécessaire de le faire transparaître à ce point, mais OK, encore une fois, je joue le jeu, et en temps réel, s’il vous plaît…

Je n’aurais néanmoins pas de réponse de mon Conseiller, ni manifestement de repêchage sur l’annonce en question…

Interlude entre 2 offres nécessitant arbitrage d’un conseiller

Dès le lendemain, peut-être vexé de n’avoir su identifier mon potentiel la veille, mon Conseiller a jugé utile de m’envoyer une proposition d’emploi émise par les magasins LIDL pour un poste de magasinier à 110km de chez moi (3 mois aux Arcs sur Argens).

Au prix de l’essence, un demi-salaire passerait uniquement dans le trajet. Mais j’apprendrai à transporter des palettes de yaourts !

Il a néanmoins cru bon d’ajouter que je n’avais pas d’obligation de postuler (sympa !), que je ne serais pas radié si par hasard je ne considérais pas cette proposition comme alléchante, ce qui constitue presque un aveu en soi : « J’en ai une ! J’en ai une ! Vous voyez que je pense à vous ! ».

Avec le recul, mon Conseiller n’est peut-être pour rien dans la décision spécifique de me proposer cette offre. Seule la chronologie « offre refusée – proposition idiote – offre refusée » sur 3 jours consécutifs me donne l’impression d’un redoutable cynisme. D’autant plus que cette proposition n’est que la 4ème (en 2 ans) émanant des services de Pôle-Emploi. Pile aujourd’hui !

Coïncidence troublante, mais peut-être automatisée… je le souhaite de tout cœur pour lui…

Néanmoins, et n’ayant rien contre le magasin LIDL qui se trouve à 400m de chez moi, auquel j’avais d’ailleurs postulé sans réponse ni rancune au début des recherches d’emploi RH que je citais tantôt, j’ai par contre un problème existentiel, soit à utiliser la moitié de mon revenu pour me rendre à mon travail, soit à constater que Pôle-Emploi n’a aucun demandeur à proximité du magasin LIDL qui se trouve à 110km de chez moi, et qui s’est installé justement à cet endroit-là, probablement, parce qu’il y a du monde (des clients ?) autour…

Le plein emploi, aux Arcs sur Argens ? Dont non-acte.

2ème offre nécessitant arbitrage d’un conseiller (refusée)

Le jour suivant, une seconde « offre soumise à arbitrage du Conseiller » a attisé ma curiosité, cette fois vers une fonction d’assistant en ressources humaines, dans le cadre d’un contrat de professionnalisation, ou d’une alternance via le diplôme que j’aimerais pourtant obtenir (licence en RH), « débutants acceptés », seul ‘hic’ dans mon CV : je n’ai pas de GEA mais une VAE me l’accorderait probablement.

Mais cette fois je SAIS que c’est bien mon Conseiller qui arbitre, celui-là même qui, imprégné par mes CV il y a 2 jours à peine, me connaît désormais sur le bout des doigts et peut, s’il le souhaite, m’aider à convaincre que le diplôme demandé n’est qu’une « exigence de culture minimale », fournie lors d’une formation dont j’ai acquis les connaissances au long de ma carrière, la pratique et la motivation en plus… Je me souviens même de l’offre RH qu’il m’a lui-même faite parvenir et qui demandait une ancienneté au poste que je n’avais pas !

Je postule donc, avec le petit commentaire à l’attention personnelle de mon Conseiller bien renseigné, pour lui rappeler que, dépourvu du diplôme GEA, j’ai néanmoins 6 années d’expérience en comptabilité et gestion d’une agence immobilière, ainsi que la création de nombreux logiciels de gestion/paye/compta qui font de moi un expert largement assimilable à une compétence GEA… même le Droit des Sociétés n’est pas un secret pour moi…

Je ne recevrai qu’une réponse tout aussi emprunte du grand esprit d’initiative que m’a démontré mon Conseiller pendant ma (désormais) carrière à Pôle-Emploi : « Motif : Vous n’avez pas le diplôme demandé. »

Instantanément j’ai visualisé le fonctionnement d’une bête requête SQL : … WHERE DIPLOME = ‘GEA’ … et la sentence robotique de sa réponse : Pas moi.

Sans réflexion. Sans recherche de compatibilité. Sans prise en compte de motivation.

Un robot. Pourquoi ?

Rapide retro-ingénierie du service « arbitrage du conseiller »

Étant désormais en possession de 2 notifications de refus, par réflexe professionnel je m’amuse à les comparer : le constat n’est pas surprenant, mais les réflexions qui découlent en vrac dans mon esprit sont inquiétantes.

En effet et sans surprise, si le mail semble personnalisé, l’ensemble du message est similaire d’un mail à l’autre, à l’exception de zones dynamiques (dont le contenu est personnalisable) noyées dans un message voulu humain. Entre autre le motif du refus, correspondant au mieux à un clic sur pas les compétences ou sur pas le diplôme exigé, au pire sur une adéquation SQL stricte décidée par une règle de gestion automatisée et proposée au Conseiller qui n’aura à effectuer qu’une simple validation sur OK.

Malencontreusement mal positionné, ce dernier message – pourtant important – ressemble à s’y méprendre aux petites lignes présentes dans la plupart des messages émis par les grandes sociétés : copyright et autres numéro de SIRET, liens de contacts… Il est trapu et n’est donc pas lu.

J’en déduis une liste matinale à consulter par le Conseiller : untel postule à ça, un autre tel postule là-bas, le tout présenté en mode « maître/détail », c’est-à-dire une liste des demandes d’arbitrage prenant une partie de l’écran – on dira par habitude : à gauche ou en haut, comme des « dossiers Outlook » – et le détail de l’individu sélectionné, présenté sur l’autre partie de l’écran.

Il s’agit donc chaque matin pour chaque Conseiller d’arbitrer par un « clic » assassin, entre le café et le résumé du match de foot d’hier soir, les choix parfois pleins d’espoir de leurs « clients ».

Je ne sais pas pourquoi, mais je mettrais ma main à couper que cette liste n’est pas bien longue chaque jour…

Avec un peu de chance (pour les demandeurs d’emploi) il y a la possibilité d’accéder aux demandes de l’employeur et à la liste de compétences décrites dans les CV du demandeur. Sans chance (toujours pour les demandeurs, bien sûr), le travail est prémâché par des règles de gestion strictes, par exemple : « SI diplôme-exigé ET pas-diplôme ALORS refusé », c’est simple, c’est fatal et sans appel. Le Conseiller n’aura qu’à cliquer sur un quelconque bouton de validation pour confirmer que la Machine a vu juste… le fameux pousse-bouton dont je visualisais déjà l’existence à la simple création de mon profil.

Le reste n’est pas déductible puisque je n’ai pas obtenu d’autre réponse-type.

Si la vie était bien faite, avant de se contenter de cliquer sur OK, le Conseiller devrait pouvoir se dire : « tiens il n’y a pas ceci mais cela pourrait bien compenser », et surtout, prendre le temps de se poser la question en essuyant sa tâche de café. Ainsi, pourquoi pas, pouvoir dégoter une perle rare pour son client recruteur, cette fois…

Finalement, ni le recruteur, ni le demandeur ne jouiront, chez Pôle-Emploi, de ce potentiel de Service…

Pour conclure cette brève analyse inversée, n’ayant pas ressenti, chez mon propre Conseiller, une quelconque approche synthétique quant à la mise en adéquation de mes cibles de postes et de mes réelles compétences et motivations, j’ai peur de devoir déduire que la solution « Pas de chance ! » a été le choix mis en place pour la liste matinale des espoirs perdus d’avance…

Pourquoi une validation par un être humain en la personne du Conseiller est-elle nécessaire si la décision n’est que mécanique ?

De la G(P)EC sur-mesure (pléonasme), fidèle à la case près : le vrai visage du marché du travail vu par Pôle-Emploi ? Bentham et Mills se seraient-ils trompés ?

Ici, pas question de mettre en adéquation hasardeuse une tomate et de la sauce tomate : on trouvera bien de la sauce tomate en boîte. On n’a qu’à renvoyer la tomate à LIDL…

À quoi ça sert, alors, tout ça ?

Les offres ne nécessitant pas arbitrage d’un conseiller

Heureusement, la grande majorité des offres du site de Pôle-Emploi ne sont pas soumises à l’irresponsable validation dictatoriale du Conseiller en Emploi, guidé par un HAL (l’ordinateur de 2001, l’odyssée de l’espace) de plus en plus déresponsabilisant.

Non, la plupart du temps, le recruteur donne ses coordonnées ou passe par des professionnels de l’intérim avec des coordonnées directes.

Ouf ! Parfois on comprend la volonté de certains de confronter Pôle-Emploi à la libre concurrence…

Et bizarrement, maintenant que je zone 10 à 15 fois par jour sur le site corporate à la recherche de l’emploi de ma vie, postulant, tous azimuts mais directement, à chaque poste pour lequel je me sens capable d’être efficace en l’état (plus motivation personnalisée), je constate que la plupart des annonces présentes sur Pôle-Emploi sont émises par les sites partenaires ou sont redondantes, annonces que j’ai déjà effeuillées ailleurs bien plus tôt dans la journée, voire… dans la semaine…

Réactif, Pôle-Emploi ?

Tout confondu, les annonces de Service à la Personne sont les plus nombreuses chaque jour, ces mêmes annonces que, bizarrement par contre, on ne trouve nulle part ailleurs…

Pôle-Emploi, grand pourvoyeur d’un certain service à la personne ?

À suivre…




A LIRE AUSSI :

>> Premier épisode

>> Deuxième épisode

>> Troisième épisode


Vis ma vie de chômeur à Pôle Emploi (5)

Dernier épisode des aventures d’Olivier à Pole Emploi. Bilan de toutes ces années perdues dans la machine bureaucratique.

Synthèse

Je peux désormais établir les premières statistiques comparatives après plus d’un mois de présence de mes CV sur le site corporate (dont 15 refresh par jour pour être en haut des listes, et oui, ça se passe comme ça chez Pôle-Emploi…), et les autres sites sur lesquels je suis présent depuis un certain temps, et qui ne nécessitent, eux, aucun refresh : en moyenne la concurrence classique (Indeed, PacaJob, JobiJoba, Monster…) m’apporte 3 visites chaque semaine par CV, là où Pôle-Emploi brille avec zéro visite depuis ma mise en ligne.

Attention, je ne reproche pas l’absence de propositions, mais bien l’absence totale de simple visite sur au moins 2 des 3 CV qui correspondent à des besoins réels d’entreprises, et pour lesquels je vois, chaque jour, des annonces publiées pouvant correspondre à mes critères de base, ceux qui font que l’on va visualiser le CV, même pour se rendre compte qu’il n’est pas celui que l’on cherche, mais qui a le mérite de générer +1 au compteur de visites…

Interlude : dernier contact interactif en tant qu’allocataire

Ayant obtenu la proposition par le formateur interne, lors du 4e stage CV, de lui présenter mon travail à des fins de critique, et cette fois, des propositions de modifications, j’ai attendu son retour (2 semaines annoncées) de congés, et lui ai envoyé un petit message afin d’attirer son attention sur mes CV.

Je recevrai deux jours plus tard, au 21e jour de mise en ligne, une réponse courtoise, me disant que mes CV étaient biens. Chouette !

Il me suggère néanmoins de joindre mes vrais CV classiques aux CV Pôle-Emploi.

♦ À quoi ça sert de créer un CV pour y attacher un autre CV ? Je retourne sur le site corporate pour me prêter à l’exercice. Je n’en peux plus de cette logique…

Et là SURPRISE ! Mes 3 compteurs de visites, qui marquaient encore la veille à minuit un triste triple zéro, indiquent désormais ce matin 1 – 0 – 0. Quelqu’un est venu pendant la nuit ! Si c’est un recruteur, je suis bien content : c’est que je suis visible. Si c’est le formateur… il n’a jeté un œil qu’à 1 des 3 CV, me certifiant que les 3 étaient bons…

Je n’aime pas les coïncidences…

Je crée néanmoins 2 CV corporates supplémentaires, l’un pour du « support informatique » (de la bonne hot-line des familles), et le fameux CV de « Conseiller en Emploi et Insertion Professionnelle », plébiscité par mon propre Conseiller.

J’attache aux 5 CV corporates, comme suggéré, 5 CV classiques de ma composition. Ceux qui, justement, ne conviennent jamais et me conduisent systématiquement vers un nouvel atelier CV. J’avais bien besoin de ça.

Dès l’opération terminée, j’envoie une nouvelle demande au formateur zélé, cette fois explicitement, insistant sur le fait que j’ai vraiment besoin d’aide avant d’avoir à dormir dans ma voiture, et que je lui serais reconnaissant de critiquer ces 5 différents CV, puisque, après 2 années infructueuses, je cherche donc tous azimuts. Je présente également des excuses bien plates sur le temps qu’il devra affecter à mon cas, façon chantage affectif, au point où j’en suis…

Je verrai bien : 1. Si mes compteurs bougent de nouveau, et 2. Avec de la chance, si j’obtiens ENFIN une aide constructive de Pôle-Emploi…

Pour l’instant, mon compteur de visite est donc à : 1 – 0 – 0 – 0 – 0.

Quelques jours passent encore, puis nous sommes prévenus que le site présentera des perturbations pendant ce week-end du 18-19 juin. De fait, le site est inaccessible : Erreur 404. Carrément. Ça, c’est de la bonne gestion évolutive… Même les informaticiens s’en mêlent. Il ne pourra pas bosser, mon Conseiller, si le réseau est down. Bref, vivement lundi. Tout de même, je n’ai jamais vu un site web qui ferme 48h pour une évolution technique. Des magasins physiques ferment pour une rénovation, un inventaire ou un dimanche. Pas un site web, si ? Eh bien Pôle-Emploi oui.

Nous lirons dans la presse qu’une super mise à jour a été intégrée à l’attention des employeurs uniquement, afin de leur permettre d’utiliser l’outil plus intuitivement.

Résultat de ces 2 jours d’arrêt ? Rien de visible de mon côté.

Mais ma recherche sauvegardée « vendeur en informatique », me renvoie désormais une palanquée d’annonces plus farfelues les unes que les autres : vendre de la vaisselle et autre assurer du SAV de machines-outils en passant par vendeur chez Décathlon. Bref, tout sauf vendeur informatique.

De toute façon, mes compteurs de visites sont toujours à zéro sauf sur l’un des deux nouveaux CV. En effet, curieusement, lorsque j’ai mis en ligne mon CV « Conseiller en emploi », j’ai obtenu en moins de 2 heures 6 visites ! Et après plus rien. Zéro visite supplémentaire. Conclusion : il y a au plus 6 sociétés qui cherchent activement des Conseillers en Emploi. Les autres recruteurs attendraient-ils que les candidats affluent par eux-mêmes ? Après tout, il y a tellement de chômeurs, ils n’ont qu’à chercher le travail eux-mêmes, ça a été assez fatiguant de publier l’annonce pleine de fautes d’orthographe et d’incohérences grâce au nouveau panel employeur si flexible.

N’y-a-t-il donc que les recruteurs de Conseillers en emploi qui utilisent le site de Pôle-Emploi ? L’utilité du site corporate me paraît de plus en plus futile… d’autant plus que je n’ai toujours pas de réponse du Conseiller-zélé-qui-propose-des-corrections-ultérieures-pour-partir-plus-tôt, plus de 10 jours après mon appel à l’aide… Corrections qui, je le rappelle, étaient pour moi l’unique motivation à mettre en ligne ma vie sur le site-même de Pôle-Emploi…

Nous sommes maintenant le premier juillet, plus d’un mois a passé depuis que l’on m’a promis de l’aide sur mes CV. J’ai eu beau relancer le formateur, pas de réponse ni réaction.

Courage, chers Conseillers, vous allez bientôt pouvoir sortir la tête du trou : encore 14 jours et je sors officiellement des chiffres des demandeurs rémunérés.

40 jours après leur mises en ligne, le compteur de visites de mes CV est : 1 – 0 – 0 – 6 – 0.

Fin de l’interlude

Je repense au coup pourtant classique du gars qui voudra partir plus tôt le vendredi après-midi parce qu’il est en vacances le soir-même — alors que je n’ai, moi, que cet instant-là pour apprendre et comprendre comment faire des CV et tenter de changer ma vie — mais qui engrange les co-financements de l’Union Européenne sans vergogne, avec ma signature de chouette stage extorquée par ses promesses d’un suivi postérieur qu’il ne respectera pourtant pas.

À l’instar du temps perdu dans ces stages CV et autres stages confiés à des prestataires si peu engagés et si peu scrupuleux dans leurs actes professionnels, pompant activement les subventions sociales, je me dis qu’il doit bien y avoir une raison objective de vouloir me faire perdre mes journées sur le site de Pôle-Emploi, à l’aune de mon expérience et du comparatif présenté plus haut.

Car avec le recul, le dernier stage CV interne à Pôle-Emploi me fait penser à de la promotion. En effet, tout y est : culpabilisation de la non utilisation (même si on pointe ailleurs), présentation couleur et promotion dynamique, promesses d’un SAV CV, et une fois mordu, ce même sentiment que l’on ressent lorsque l’on s’est abonné à un truc que l’on avait déjà, mais en moins bien, et un SAV qui ne fonctionne pas… (Vous voyez que j’ai mes bases de commerce…)

De fait, si les annonces à arbitrer sont gérées par des robots à l’esprit manifestement dépourvu de liberté, et que les autres annonces sont trouvables par ailleurs… Why ?

À moins que l’ on ait besoin d’y montrer un trafic utilisateur digne de celui d’Amazon – trafic néanmoins artificiel car le site n’est finalement qu’un agrégateur ; mais trafic qui serait interprétable comme la preuve matérielle nécessaire pour que le Grand Décideur de ce projet de site web probablement pharaonique et coûteux (c’est nos taxes, ça aussi ?) puisse briller et justifier sa future promotion dans la droite lignée de Peter ?

Pour facturer encore plus les recruteurs qui finiront bien un jour à payer leurs annonces en proportion des parts de marché d’un Pôle-Emploi déjà livré à la concurrence et prétendument dépositaire d’un savoir-faire démontrable par ses gros graphiques de trafic ?

Remplacer à terme les Conseillers (majoritairement en CDD de 6 mois renouvelables) une fois le flow éprouvé par ces derniers, un peu à la façon du reCaptcha de Google qui confie à ses propres clients le soin d’enseigner la reconnaissance des bons caractères à ses ordinateurs ? La presse a parlé ces jours-ci de la future robotisation des Conseillers… n’est-ce pas déjà fait ? Pas assez bien peut-être… merci Adidas, pour tes idées lumineuses.

J’ai l’impression d’être confronté de nouveau aux raisons qui m’ont poussé à quitter mon précédent emploi : grenouillage, incompétence au poste, absence de prise de risques et donc d’engagement, d’analyse, de réflexion et donc de production, privilège de la facilité, ignorance des sujets abordés, négation des réalités, maintien de son propre confort et je-m’en-foutisme. Une vitrine, rien qu’une vitrine dans une organisation sans contrôle, vouée à distribuer des allocations jusqu’à la lie, qui se contente des retours naturels ou « alimentaires » vers l’emploi pour toute statistique présentable de l’utilité individuelle du Conseiller en Emploi, celui-là même qui sera pourtant prêt à user de toute l’énergie disponible pour maintenir les choses en état… (J’ai aussi côtoyé les sections syndicales de Pôle-Emploi dans ma vie d’avant…)

J’ai aujourd’hui, en partie grâce à l’inertie plombante de la méthode Pôle-Emploi et à son manque cruel d’analyse et donc d’utilité dans le cadre du suivi individualisé, un trou professionnel de 14 ans, et à 45 ans, j’arrive en fin de droits et donc au RSA, dont la seule évocation fait trembler tous ceux qui se savent capables et veulent travailler. Il ne me reste plus qu’à partir de moi-même pour enfin être ajouté au nombre des sorties naturelles et combler de bonheur mon Conseiller qui pourra enfin graver cette nouvelle croix au-dessus de son écran… et peut-être même m’intégrer à ses 13% d’efficacité dénoncée par la Cour des Comptes, au vu du nombre d’actions effectuées pour mon seul cas…

En outre il paraît presque inutile de faire remarquer que, dans de telles conditions, le turn-over naturel ne vient que du fait que, au bout d’un moment, tout-un-chacun-chômeur retrouvera un emploi parce qu’il faudra bien vivre !

Par du travail non déclaré, des petits boulots avilissants timidement aiguillés lors d’un critique 4e atelier CV, quelle que soit la méthode de survie trouvée, ce turn-over existe surtout parce que tout-un-chacun-en-question s’en sortira par lui-même ou sera mécaniquement radié de la liste comptabilisable des allocataires visibles et gênants, ayant atteint sa lie, comme ce sera mon cas dans quelques jours.

En aucune manière ce turn-over, ici normalement gratifiant, ne viendra, hélas, d’une quelconque tentative de mise en adéquation plus élaborée que les y autorisent des règles de gestion aussi simplistes, inadaptées et strictes, programmées par le Grand Décideur. Ces moins de 15% de retour à l’emploi imputables à Pôle-Emploi, dossier dénoncé, donc, par la Cour des Comptes il n’y a pas si longtemps, sont semble-t-il tristement compréhensibles…

Et quand on pense à l’avenir déjà tracé de toute population salariée à qui on demande, un jour, de se contenter d’appuyer sur des boutons en guise de contrôle ou d’arbitrage, population qui l’acceptera en pensant son travail simplifié (c’est bien pratique, l’informatique !), déplaçant inexorablement d’un cran supplémentaire la paresse individuelle en trouvant probablement désormais fatiguant d’ajouter quelques mots afin d’éviter un « Motif : refusé » si peu constructif et si démonstratif de manque de volonté…

Enfin ! Même les hôtes de caisse comprennent vite le danger de la douchette, malgré leur mal de dos ! Encore une histoire de cordonnier mal chaussé et de lorgnette à petit bout… N’ont-ils pas, chez Pôle-Emploi, le souci de la valeur ajoutée pour justifier et maintenir un jour leur propre existence et légitimité ?

Il existe dans le domaine de la hot-line, un savoir-faire qui conduit les problèmes les plus simples à être priorisés sur les problèmes complexes, indépendamment de la chronologie de réception des appels. Ce processus vise à réduire le nombre de mécontents à l’instant T : la majorité des problèmes étant simples et résolus rapidement, seulement quelques-uns se plaindront, donnant l’illusion d’un service efficient, alors que les problèmes complexes ne sont pas traités… faute de compétence ?

Honnêtement, même en prenant les chiffres officiels du taux de clients, (c’est le terme utilisé), par Conseiller, paru récemment, soit 116 personnes à gérer en moyenne, et si tous mes collègues demandeurs d’emploi bénéficient du même traitement que moi (qui ne suis visiblement pas prioritaire pour un sou, mais quid des copains motivés ?), alors dès le premier mardi midi du mois, je pense que mon Conseiller a fini SON MOIS DE TRAVAIL…

Une explication serait que le turn-over mensuel (et donc du travail d’accueil en plus) sur un total brut de 116 dossiers est tellement important que ça empêcherait tout suivi effectif ? Mais dans ce cas cela serait un signe d’implosion du marché du travail (et à périmètre constant, oui, un signe d’explosion également). Personne n’a pourtant évoqué ce phénomène-là…

Next…

Puisqu’il est donc manifeste que le turn-over n’est pas explosif, combien de temps, du vrai temps, accorde-t-on à chacun des 116 dossiers, sur la durée de leur inscription ? Quelle priorisation fait-on d’une situation à l’autre, d’une urgence à l’autre, lorsque l’on est suivi ?

À 140h brutes (4x35h) de travail par mois :

♦ vu l’absence de réussite de nombre d’entre nous, ne nécessitant vraisemblablement un besoin de réflexion que sur un pourcentage faible (les fameux 15% constatés), et par effet mécanique, la relative autonomie de 85% restants,
♦ vu le peu d’annonces corporates Pôle-Emploi exigeant un arbitrage du Conseiller, croisé avec le peu de temps manifeste accordé à leurs traitements,
♦ vue la capacité qu’à chaque demandeur de se débrouiller seul en postulant directement auprès des recruteurs, ne générant donc pas de travail d’arbitrage supplémentaire pour le Conseiller,
♦ vu la délégation systématiquement appliquée pour le seul vrai travail d’émancipation du demandeur d’emploi (projet professionnel, CV, lettres de motivation et utilisation de l’outil informatique),
♦ vu la constructivité pitoyable des réponses automatisées mises en place pour le bien-être du Conseiller qui n’exécute plus aujourd’hui qu’un job de hot-liner de niveau 1 (« il y a encore beaucoup de travail, voulez-vous que je vous inscrive……… »),
♦ vu pour ma pomme que les promesses d’un SAV CV n’engagent que ceux qui y croient,
♦ vu, enfin, le petit nombre de demandeurs à réclamer un suivi, et donc à générer 1h de travail tous les 3 ou 6 mois. Pas plus en travail préparatoire puisque je constate systématiquement que j’ai besoin de rappeler ma situation – même un médecin traitant a plus de mémoire, et il a nettement plus de 116 clients, lui…

Où sont passées mes minutes d’investissement suivi personnalisé, pourtant choix de contrat entre Pôle-Emploi et moi, contrat qui serait mis à mal à la moindre incartade de MA part (menaces de radiation sur chaque courrier) mais qui n’est visiblement pas respecté par l’une des 2 parties qui n’est pas moi ?

Quand on constate que le Conseiller en Emploi est aussi peu engagé dans son propre métier – pourtant hautement et moralement responsable, comme instituteur ou curé de village, (mauvais exemple), et que l’on n’a qu’une vision aussi ténue de sa propre condition à venir, je sais désormais que, pour nous autres les demandeurs d’emplois capables et désireux de travailler, nous ne pourrons jamais compter que sur nous-mêmes.

Épilogue

Le Canard enchaîné a publié le 2 août 2016 un article amusant terrifiant sur la pression exercée sur Pôle-Emploi afin de placer 500.000 demandeurs d’emploi en formation. Il est même écrit que certains Conseillers peinent à trouver des volontaires et doivent se souvenir de ceux qui ont exprimé un besoin de formation.




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