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UNE MISSION "FLASH" PROPOSE D'INSTAURER UNE "OFFRE ALTERNATIVE" PRIVÉE À PÔLE EMPLOI

Le député Les Républicains Stéphane Viry rend mardi les conclusions de sa mission flash sur Pôle emploi. Il juge nécessaire de "cesser l'hémorragie d'effectifs" au sein de l'opérateur public et envisage la structuration d'une offre concurrente privée permettant l'instauration d'une "saine émulation".

Pôle emploi fête ses 10 ans. Issu de la fusion entre l'ANPE et les Assédic, l'opérateur public est critiqué de toutes parts, alors qu'il y avait toujours, selon le ministère du Travail, 3,7 millions de chômeurs lors du dernier trimestre de 2018 (5,9 si l'on compte les inscrits dans les catégories A, B et C).

Mardi, le député Les Républicains Stéphane Viry dressera, en rendant les conclusions de sa mission "flash", le "diagnostic de la situation actuelle de Pôle emploi".

Dans ses conclusions, l'élu dénonce l'"impasse" qui consiste à "faire sans cesse plus ou mieux avec moins" et propose la structuration d'une offre privée concurrente, ce qui incitera selon lui Pôle emploi à "innover" pour mettre fin au chômage de masse.

 Triple remise en cause

Pôle emploi, dont la mission est notamment l'accompagnement des chômeurs et leur indemnisation, a été créé en pleine "crise financière et économique mondiale de 2008" : "L'inscription du chômage de masse dans la durée" a rendu difficile l'exercice de sa fonction, écrit Stéphane Viry.


Au 3e trimestre 2008, 3,3 millions de demandeurs d'emploi relevant des catégories A, B et C étaient inscrits à Pôle emploi ; ils étaient 5,9 millions en 2018.
Communication de la mission flash


L'opérateur, dont le budget s'élève à 5,4 milliards d'euros en 2019, est triplement mis en cause.

Par ses agents tout d'abord : "Le dixième anniversaire de Pôle emploi a coïncidé avec une grève suivie par 30% des agents", explique Stéphane Viry dans sa communication. Les agents entendaient "protester contre les diminutions d'effectifs" et "la détérioration des conditions de travail et du service rendu aux usagers".

Les usagers, eux aussi, critiquent le service, estimant que "Pôle emploi 'ne permet pas de retrouver un emploi'". L'opérateur public est également mis en cause par les entreprises, qui "déplorent que Pôle emploi leur propose des profils ne correspondant pas aux postes à pourvoir".

Réorganisation

Pourtant, assure Stéphane Viry, "Pôle emploi a démontré sa capacité à se moderniser pour améliorer le service rendu aux usagers" et cela "en s'adaptant pour que ces derniers pâtissent le moins possible de la pénurie pérenne de moyens et de personnel".

Réorientation des "conseillers 'emploi' sur les demandeurs les moins autonomes", différenciation des suivis, publication de "600.000 offres d'emploi en moyenne par jour" sur internet, "transformation du mode de management", "pilotage par les résultats",...

Ces réorganisations, jugées "globalement positives" par les personnes auditionnées, sont toutefois "parfois appliquées à marche forcée" : "Comment peut-on tenir dans la durée la politique qui consiste à viser toujours plus avec moins de moyens ?", s'interroge l'élu Les Républicains des Vosges.

Manque de moyens

Face à la hausse nette du nombre de demandeurs d'emploi en dix ans, "les moyens budgétaires et surtout humains de Pôle emploi n'ont pas évolué en proportion - loin s'en faut", affirme Stéphane Viry.

Ainsi, "depuis le début du quinquennat, les effectifs diminuent", relève l'élu :


Le plafond d'emploi a été diminué de 297 équivalents temps plein travaillé (ETPT) entre 2017 et 2018, et de 400 ETPT entre 2018 et 2019.
Communication de la mission flash


"L'élargissement continu des missions et des publics bénéficiaires de Pôle emploi" aggrave la situation : "L'ouverture de l'indemnisation du chômage aux salariés démissionnaires et aux indépendants (...) mobilisera à elle seule, selon les estimations (...) entre 300 et 400 ETPT."

Portefeuilles de demandeurs d'emploi

Alors qu'à la création de Pôle emploi, "on avait annoncé aux personnels des portefeuilles de 60 demandeurs d'emploi par conseiller", les chiffres de décembre 2018 traduisent une autre réalité. En moyenne, un conseiller en modalité "suivi" (modalité d'accompagnement la moins poussée) accompagne 349 demandeurs d'emploi. En Nouvelle-Aquitaine, les conseillers en gèrent même 400 en moyenne !

Résultat, "en 2016, les deux tiers des demandeurs d'emploi inscrits dans un accompagnement 'suivi' n'ont pas eu d'entretien avec leur conseiller référent quatre mois après leur inscription à Pôle emploi".

Les conseillers des équipes dédiées aux entreprises manquent de temps pour "prospecter" : "Par souci d’efficacité, ils se tournent souvent vers les grandes entreprises, au détriment des plus petites ou de celles ayant des difficultés de recrutement sur des métiers en tension."

Au final, écrit le député, Pôle emploi, "opérateur moderne, plutôt réactif et agile", ne permet pas un "taux de retour durable à l'emploi" suffisant :


Ainsi, 18 mois après l'inscription à Pôle emploi, à peine plus d'une personne sur deux (55%) a retrouvé un emploi durable.
Communication de la mission flash


Ouverture au privé

Stéphane Viry propose donc de "consolider" Pôle emploi en "corrigeant les dysfonctionnements observés" : "La question des moyens est à mes yeux cruciale", explique l'élu, qui estime "indispensable de cesser l'hémorragie d'effectifs".


Peut-on réellement espérer voir le chômage diminuer sans accorder des moyens supplémentaires à Pôle emploi ?
Communication de la mission flash


Le député Les Républicains avance d'autres pistes : "audit exhaustif" sur le recours à la sous-traitance par Pôle emploi, ouverture du conseil d'administration de Pôle emploi à "davantage d'experts du recrutement ou du monde de l'expertise"...

"Le recours aux opérateurs privés ne devrait plus être un tabou", ajoute Stéphane Viry, qui évoque la possibilité de leur "laisser leur chance notamment pour les activités que Pôle emploi ne peut assurer dans de bonnes conditions".

L'élu va plus loin : il estime que "tout le monde serait gagnant" si l'"on offrait la possibilité de se structurer pour proposer une offre alternative à celle proposée par Pôle emploi". Selon lui, les opérateurs privés "ouvriront de nouvelles opportunités aux demandeurs d'emplois" en créant notamment une "saine émulation" entre les acteurs.


Maxence Kagni


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