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Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #6 : les girouettes à l'enterrement des contrats aidés

David Balcain est conseiller Pôle emploi dans le nord de la France. Au « Point », il raconte son quotidien, entre excès de bureaucratie et cruelles réalités

À la rentrée dernière, le gouvernement annonçait la baisse drastique des contrats aidés, en limitant leur recours. Ainsi, depuis cette décision d'Édouard Philippe, le secteur privé ne peut plus guère s'appuyer sur ce type de contrats.

Cette annonce ne m'a guère bouleversé. C'est que, peut-être, me suis-je trop habitué aux changements de stratégie politique en matière d'emploi. D'ailleurs, c'est par une note de service noyée au milieu des e-mails, et quelques mots en réunion que l'affaire a été actée dans nos rangs. Dans mon agence, il y a bien eu des petits remous sur des renouvellements qui n'ont pas pu avoir lieu ou sur des embauches contrariées, mais rien, vraiment rien, de significatif au milieu du tourbillon quotidien. C'est l'agitation de la société civile et du monde politique, relayés par les médias, qui a attiré mon attention.

Cette levée de boucliers est venue des mêmes qui, il y a encore quelques mois, critiquaient violemment ces contrats aidés ! De droite comme de gauche. De la CGT, dont le délégué au sein de ma propre agence, n'a cessé depuis des années de m'expliquer que ce sont des emplois précaires et mal payés, à la droite libérale qui n'a cessé de répéter qu'ils ne servaient à rien et coûtaient beaucoup d'argent à la collectivité.

Hypocrisie

Quelle hypocrisie, encore aujourd'hui, d'entendre toutes ces girouettes s'offusquer de cette décision. Mais alors, messieurs, mesdames, il aurait fallu les considérer, les reconnaître, les valoriser depuis des années ! Car ils étaient utiles : ces contrats aidés permettaient d'insérer des demandeurs d'emploi (DE) éloignés de l'emploi en contrepartie d'aides financières pour l'employeur. Pour nous, conseillers à l'emploi, ils sont parfois la seule solution efficace et rapide pour assurer la réinsertion d'un demandeur d'emploi, d'un travailleur handicapé, d'une mère célibataire, d'un jeune sans qualification ou « discriminé »… Ce sont des contrats que j'ai pu proposer à mes cas les plus « compliqués ». J'ai des dizaines d'exemples vécus. Heureusement que j'avais d'ailleurs les contrats aidés pour arriver à obtenir un premier emploi pour mes deux jeunes filles issues des minorités !

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Au sein même de nos agences, nous avons des contrats aidés (CAE), en général deux ou trois par agence. Jeunes ou seniors, il est rare qu'ils quittent l'agence sans avoir trouvé un emploi hors de nos murs. Certains quittent même leur emploi aidé avant son terme afin de profiter d'une opportunité, le seul fait d'être en emploi ayant décuplé leur confiance.


"Encore une fois, personne ne nous a consultés et nous sommes mis devant le fait accompli"


Que les emplois aidés dans le secteur marchand puissent créer des effets d'aubaine, c'est évident et constaté. Mais les contrats aidés dans le secteur public ou associatif ont une véritable utilité sociale, en particulier dans le domaine de la santé, de l'éducation ou l'associatif : agents des services hospitaliers (hygiène, nettoyage, service des repas), auxiliaire de vie en maison de retraite, secrétariat au sein d'une association. Ces emplois aidés viennent soulager les équipes débordées.

Il ne fallait pas les dénigrer comme cela a été fait par la majorité de la classe politique. Ni laisser penser qu'ils n'étaient que des emplois « bouche-trou », sans avenir. Nous, hommes et femmes de terrain, connaissons leur valeur et leur intérêt. Encore une fois, personne ne nous a consultés et nous sommes mis devant le fait accompli de la parole politique.


PAR DAVID BALCAIN

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