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Le roman du chômage et de la relégation

François Roux raconte la chute et la rédemption d'un personnage touché par le chômage | David Ignaszewski-Koboy / Reuters

Le chômage n’est pas seulement l’absence de travail. C’est aussi une violente mise à l’écart. Dans son roman, "Tout ce dont on rêvait", François Roux en donne une description clinique.

Même si le chômage est au centre du livre, François Roux n’en fait pas un livre politique ou social. Il signe d’abord un vrai roman avec des personnages, des atmosphères et des histoires. Un roman qui est bien celui d’une époque marquée par la crainte de perdre son emploi.

Le chômage, Nicolas n’avait jamais vraiment pensé que cela lui tomberait dessus. Il se sentait protégé par son statut de cadre supérieur et son parcours professionnel. Jusqu’au jour où… Il n’a pas vu venir la restructuration. Et pourtant, même sans emploi, il n’est pas le plus malheureux. Les indemnités sont appréciables, et avec son expérience et son réseau professionnel, il ne doute pas que ce ne sera qu’une mauvaise passe.

Seulement, tout se déglingue très vite. Il ne vient pas seulement de perdre un travail, mais aussi un statut social, sa place sur l’échiquier. La glissade impressionne. Le château de cartes d’une vie bien installée s’écroule. Il a droit à tout. Aux amis qui s’éloignent, comme on prend ses distances avec un malade. Au stage de remise en condition et de motivation qui n’est qu’une vaste mascarade.

« Il rendit les armes »

« Le plus pénible maintenant, c’était d’être seul chez soi, tout le temps, à ne rien faire, ou presque », écrit François Roux. Et encore, ce n’est que le début. L’auteur raconte, avec justesse, toutes ces étapes avec des mots qui en disent bien plus long que les statistiques mensuelles de Pôle emploi. Quelques mois plus tard : « Il rendit les armes, acceptant de se défaire de son identité et de se fondre dans celle que les autres attendaient qu’il endosse, c’est-à-dire celle d’un chômeur de longue durée. »

À ce stade, le lecteur redoute le pire, l’inéluctable, le geste fatal et sans retour. D’ailleurs, Nicolas le frôle, et y échappe on ne sait trop comment. Son histoire ne va pas, pour autant, s’arrêter là. Nicolas reprendra sa place dans la société des hommes. C’est aussi toute la grâce de ce roman d’apporter, malgré tout, une touche d’espoir.


Didier GOURIN


Tout ce dont on rêvait, Albin Michel, 325 p., 20 €.





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